Posted on: 2 janvier 2021 Posted by: manonquenehen Comments: 0

Les relations entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan sont principalement marquées par des différends territoriaux qui concernent le Haut-Karabagh, objet d’une guerre jusqu’en 1994 et à nouveau depuis 2020, ainsi que par l’enclave du Nakhitchevan.Comment la situation en est-elle arrivée à ce point de non-retour entre les deux pays ?

Pour rappel, les républiques démocratiques d’Arménie et d’Azerbaïdjan ont eu des relations difficiles pendant la brève période pendant laquelle les deux Etats ont été indépendants (de 1918 à 1921), avec notamment une guerre arméno-azerbaïdjanaise. Elles sont ensuite soviétisées puis intégrées au sein de la République socialiste fédérative soviétique de Transcaucasie jusqu’en 1936. Les deux pays ne redeviennent souverains qu’en 1991.En 1988, les Arméniens du Nagorny Karabagh se déclarent en sécession. Mais c’est à la chute de l’URSS que la situation s’envenime. La «guerre du Haut-Karabagh» fera alors près de 30.000 morts. Un cessez-le-feu précaire, signé en 1994 avec l’intervention de la Russie, ne cesse d’être régulièrement violé depuis.

D’où provient ce conflit ?

Le conflit du Haut-Karabagh ne date pas de l’époque soviétique mais a précédé le découpage du territoire par Staline dans les années 1920. En effet, en 1921, Staline décide d’accorder à l’Azerbaïdjan deux territoires historiquement peuplés d’arméniens : Le Nakhitchevan et le Haut-Karabagh. Ce découpage effectué par Staline était donc, dès le départ, voué à être contesté. A noter que la Russie est alors alliée avec l’Arménie et la Turquie avec l’Azerbaïdjan.

La guerre d’indépendance de Mustafa Kémal a ensuite conduit les Turcs aux portes de Etandis: l’Arménie n’avait alors été sauvée que par le choix, contraint, de la soviétisation. Ses frontières extérieures avaient été définitivement fixées par le traité de Kars (1921), tandis qu’une pragmatique entente soviéto-turque dictait à Staline, alors Commissaire soviétique aux nationalités, des arbitrages favorables à la nouvelle république soviétique d’Azerbaïdjan. Celle-ci obtiendrait bientôt le rattachement à son territoire d’une exclave au peuplement encore mixte à l’époque, le Nakhitchevan, et d’une enclave, au peuplement majoritairement arménien, le Haut-Karabagh.

En 1988, éclate la guerre du Haut-Karabagh, appelée en Arménie guerre de libération de l’Artsakh, dans l’enclave ethnique du Haut-Karabagh, en Azerbaïdjan du sud-ouest, entre les Arméniens de l’enclave, alliés à la république d’Arménie, et la république d’Azerbaïdjan. La demande d’union avec l’Arménie, qui s’est développée vers la fin des années 1980, a débuté pacifiquement mais, ensuite, avec la désintégration de l’Union soviétique, le mouvement devient un conflit violent entre les deux groupes ethniques, aboutissant ainsi à des allégations de nettoyage ethnique par les deux camps. En 1991, ce territoire du Haut-Karabagh s’autoproclame indépendant. Cela va créer de nouveaux conflits, dans lesquels la Turquie va prendre part. En effet, les autorités arméniennes dénoncent alors l’intervention d’avions turcs dans les combats qui font rage dans la ville de Vardenis, en Arménie.

En 1994, un cessez-le-feu est finalement signé, avantageant l’Arménie, en permettant à son armée d’occuper une partie du Haut-Karabagh. Depuis, Arméniens et Azéris se font face de part et d’autre de la frontière, théâtre fréquent d’escarmouches entre les deux camps.

Quels sont les facteurs récents de ces hostilités ?

Le 3 septembre 2012, le président azerbaïdjanais, Ilham Aliev, gracie, promeut, offre une maison et verse des arriérés de salaire à l’officier Ramil Safarov. Cela met le feu aux poudres puisque ce dernier avait été condamné à perpétuité en Hongrie en 2004 (et y avait passé huit ans en prison) pour avoir décapité à la hache la même année un militaire arménien, l’officier Gurgen Margaryan, pendant son sommeil alors qu’il participait à un stage de langue organisé par l’OTAN à Budapest.

En réponse, le président arménien Serge Sarkissian se dit alors prêt à une “nouvelle guerre” si l’Arménie y était contrainte.Début avril 2016, des combats ont lieu entre soldats karabakhiotes et azerbaïdjanais sur fond de conflit latent concernant le Haut-Karabagh.

Comment la situation a dégénéré depuis juillet 2020 ?

En juillet, des affrontements avaient en effet brièvement éclaté, causant la mort d’une vingtaine de soldats dans les deux camps. Si la tension était quelque peu descendue au cours du mois d’août, cela n’a pas empêché une recrudescence des incidents frontaliers à partir de début septembre, aboutissant à la situation actuelle.

Les combats de grande envergure qui se déroulent aujourd’hui seraient également dus à l’influence croissante de la Turquie qui est devenue le principal allié de l’Azerbaïdjan. L’aide militaire turque à destination de l’armée azérie se serait considérablement accrue ces derniers mois, avec la présence d’instructeurs turcs chargés de former et de conseiller les militaires de Bakou, ainsi que la livraison de matériel sophistiqué permettant de défier l’armée arménienne.

Les arméniens sont-ils toujours soutenus par la Russie ?

Si l’Arménie est historiquement très liée à la Russie, il semble que le président Poutine hésite à leur témoigner un réel soutien. Les autorités russes ont ainsi simplement appelé ce week-end les deux belligérants à s’entendre pour signer un “cessez-le-feu immédiat”.

Et maintenant ?

L’Azerbaïdjan fête la capitulation de son rival arménien, l’Arménie pleure une défaite historique. Au milieu, il y a la Russie qui a obtenu l’arrêt des combats dans le Haut-Karabagh. C’est le président russe Vladimir Poutine qui a négocié, voire imposé le cessez-le-feu signé hier soir. L’Azerbaïdjan récupère une partie du Haut-Karabagh, dont la deuxième ville, Chouchi. Les séparatistes arméniens gardent le contrôle de la capitale Stepanakert et d’un étroit corridor qui les relie à l’Arménie. 2000 soldats russes vont être déployés sur place pour faire respecter le cessez-le-feu. A Erevan la capitale arménienne, des centaines de personnes ont crié leur colère hier soir contre le Premier ministre Nikol Pachinian, accusé d’avoir trahi son pays en signant le cessez-le-feu.

“Tout conflit mal traité laisse des séquelles durant de longues années” Simon Bignicourt (Philosophe français)

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