Posted on: 3 janvier 2021 Posted by: manonquenehen Comments: 0

Il y a cinq ans, deux attentats avaient lieu à 48 heures d’intervalle. Ces deux attaques avaient marqué la France et les français. Aujourd’hui, la justice rend son verdict.

Retour sur les attentats de Charly Hebdo

L’attentat contre Charlie Hebdo est une attaque terroriste islamiste perpétrée contre le journal satirique le 7 janvier 2015 à Paris, jour de la sortie du numéro 1 177 de l’hebdomadaire. C’est le premier et le plus meurtrier des trois attentats de janvier 2015 en France.

Vers 11 h 30, les frères Chérif et Saïd Kouachi entrent dans les locaux du journal armés de fusils d’assaut. Ils assassinent onze personnes, dont huit membres de la rédaction.

Les victimes de la tuerie dans le bâtiment sont Frédéric Boisseau, un responsable des opérations de la société Sodexo chargée de la maintenance du bâtiment, les cinq dessinateurs que sont Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinski, la psychanalyste Elsa Cayat, l’économiste Bernard Maris, le correcteur Mustapha Ourrad, le policier Franck Brinsolaro qui assurait la protection de Charb et Michel Renaud, cofondateur du festival « Rendez-vous du carnet de voyage », invité à assister à la conférence de rédaction.

Un gardien de la paix, Ahmed Merabet, est tué sur le boulevard Richard-Lenoir par l’un des deux criminels au cours de leur fuite.

Le bilan final est de douze personnes assassinées et de onze blessées, dont quatre grièvement.Les deux auteurs du massacre sont tués deux jours plus tard au nord de Paris, par les membres du GIGN, qu’ils attaquaient au fusil d’assaut en sortant de l’imprimerie où ils s’étaient retranchés.

Les assassins se réclamaient d’Al-Qaïda dans la péninsule Arabique (AQPA). Cette même cellule d’Al-Qaïda a d’ailleurs revendiqué officiellement l’attentat par la suite.

Le numéro 1 178 de Charlie Hebdo, publié le 14 janvier, est alors tiré à près de huit millions d’exemplaires et l’intégralité des recettes du premier million a été versée aux familles des victimes.

Parallèlement, un complice des frères Kouachi, Amedy Coulibaly, assassine Clarissa Jean-Philippe, une policière municipale à Montrouge le 8 janvier de cette même année.

Retour sur l’attentat de l’Hyper Cacher

La prise d’otages du magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes à Paris est une attaque terroriste islamiste et antisémite, perpétrée le 9 janvier 2015. C’est le dernier de cette vague de trois attentats qui ont eu lieu début janvier 2015, en France.

L’auteur de l’attaque, Amedy Coulibaly, est déjà recherché par la police pour l’assassinat, commis la veille, d’une policière municipale de Montrouge : il s’introduit dans une supérette casher de la porte de Vincennes en étant lourdement armé. Il tue immédiatement trois personnes et en prend en otage dix-sept autres, dont l’un sera également tué, portant à quatre le nombre des morts.
Le preneur d’otages se réclame de l’État islamique et demande la libération des deux frères Kouachi qui, au même moment, sont assiégés par la Gendarmerie à Dammartin-en-Goële après avoir tué douze personnes dans l’attentat contre Charlie Hebdo.

La prise d’otages dure plus de quatre heures. Elle se termine par un assaut mené par les policiers du RAID et de la BRI, durant lequel aucun otage n’est tué. Le terroriste est abattu alors qu’il ouvre le feu sur les forces de l’ordre. Trois policiers et un otage sont blessés. Deux jours après le massacre au siège de Charlie Hebdo, cette nouvelle attaque terroriste vient s’ajouter à une émotion publique déjà considérable en France.

Une vive émotion s’empare du pays

Le retentissement de ces événements est considérable, aussi bien en France qu’à l’étranger. Des manifestations de soutien ont lieu dans de nombreuses villes de France et dans le monde. Quarante-quatre chefs d’État et de gouvernement participent à Paris à une « marche républicaine » le dimanche 11 janvier 2015, qui rassemble plus d’un million et demi de personnes, tandis que sur deux journées, plus de quatre millions de Français défilent sur tout le territoire.

Interrogée, Marion, jeune femme de 31 ans se rappelle de l’émotion ressentie au moment des attaques. « J’étais en Australie à ce moment-là. Je n’y croyais pas, personne n’y croyait. Il était impossible d’imaginer que la France soit touchée de cette manière et que l’on s’attaque à la presse et sa liberté d’expression. L’émotion était vive, même dans ce pays qui est à l’autre bout du monde » explique-t-elle.

Michèle, 62 ans, a également été « choquée de voir ce que l’homme était capable de faire ». « Je me suis demandée dans quel monde on vivait. Comment peut-on manquer d’humour au point de tuer pour des caricatures. J’ai ressenti de la tristesse pour l’entourage de toutes ces personnes. Je pense qu’une situation pareille ne peut que marquer à vie ceux qui restent. J’ai tout de suite pensé à mes lectures de jeunesse qui mettaient en exergue la liberté intellectuelle avec des revues telles que Ricky Banlieue, Hara-Kiri, Actuel ou encore l’Écho des Savanes… » confie-t-elle.

Un verdict très attendu…

Aujourd’hui la justice rend sa décision. Commencé il y a plus de trois mois, le procès des attentats contre la rédaction de Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes touche à sa fin. Après 54 jours d’audience et un mois de suspension à cause du Coronavirus, les magistrats professionnels se sont retirés lundi après-midi pour décider du sort des 14 accusés, dont seulement 11 ont comparu lors de ce procès.

Dans un long exposé, le juge a expliqué leur degré de complicité et la cour a rendu son verdict :

– Les frères Kouachi et Amedy Coulibaly ont agi en « coaction ». La cour estime qu’ils sont « co-auteurs » des attentats commis en janvier 2015.
– Ali Riza Polat a apporté « une aide logistique déterminante à Coulibaly. (..) La cour a établi qu’il avait des connaissances suffisantes des intentions de ce dernier ». Il est déclaré coupable des chefs de complicité d’assassinat. En revanche, il est acquitté du chef d’association malfaiteur terroriste criminelle. En état de récidive légale, il écope de 30 ans de prison avec une peine de sûreté des deux tiers.
– Mohamed Fares, Abdelaziz Abbad, Metin Karasular et Miguel Martinez sont reconnus coupables d’association de malfaiteurs, sans la qualification terroriste. Mohamed Fares écope de 8 ans de prison. Abdelaziz Abbad, en état de récidive légale est condamné à 10 ans de réclusion criminelle. Metin Karasular est condamné à 8 ans de prison. Miguel Martinez, en état de récidive légale écope de 7 ans de prison.
– Michel Catino n’avait « pas de contact spécifique avec Amedy Coulinaly (…) ni aucune conviction radicale ». « La cour n’a relevé chez Michel Catino aucune adhésion à une entreprise terroriste ». Il est condamné à 5 ans de prison.
– Mohamed Belhoucine, en état de récidive légale est condamné à la perpétuité, assorti d’une peine de sûreté de 22 ans. Concernant Mehdi Belhoucine il y a une extinction de l’action publique. A noter que Les frères Mohamed et Mehdi Belhoucine ont été vraisemblablement tués lors de combats en zone irako-syrienne.
– Hayat Boumeddiene, veuve d’Amedy Coulibaly, a été reconnue coupable d’association de malfaiteurs terroriste et de financement du terrorisme. Elle est condamnée à 30 ans de réclusion criminelle, avec une peine de sûreté des deux tiers.
– Claude Hermant, quant à lui, a été condamné à huit ans de prison dans une procédure portant sur un trafic d’armes plus large mais n’a donc pas été poursuivi dans ce dossier.
– Nezar Mickaël Pastor Alwatik, témoin du mariage d’Amedy Coulibaly « partageait l’idéologie jihadiste » de ce dernier. Le juge souligne que les deux hommes avaient des « liens d’amitiés étroits ». L’accusé connaissait donc son « projet criminel », estime la cour, même si elle reconnait qu’il ne connaissait peut-être « pas les détails ». En récidive légale il est condamné à 18 ans de prison avec peine de sûreté des deux tiers.
– Willy Prevost « a apporté un soutien logistique à Amedy Coulibaly » pour la réalisation des attentats de janvier 2015. La cour rejette la thèse que cette aide aurait été réalisée « sous la pression d’Amedy Coulibaly » mais, au contraire, reconnait que les deux hommes entretenaient « une relation déséquilibrée depuis plusieurs années ». Il est condamné à 13 années de réclusion criminelle.
– Christophe Raumel, « ne fréquentait que très peu Amedy Coulibaly et uniquement par l’intermédiaire de Willy Prevost », affirme le président. Néanmoins, ce dernier a participé à l’achat de deux couteaux, d’un taser et d’un véhicule. Il a également « stocké chez lui tout ou une partie de ce matériel ». Il écope de 4 ans de prison.
– Amar Ramdani a pris une part active dans l’escroquerie automobile en 2014 qui a permis de financer une partie des actions terroristes. Un rappel de « la relation tissée » entre l’accusé et Amedy Coulibaly à la maison d’arrêt de Villepinte a été effectué. Il a également été souligné que « La relation a perduré, les contacts étaient nombreux ». Amar Ramdani fréquentait « d’autres profils similaires ». Il avait « pleinement conscience » du projet de Coulibaly, sans en connaître les détails. En état de récidive légale, il est condamné à 20 ans de prison avec une peine de sûreté des deux tiers.
– Said Maklouf a été « très proche d’Amar Ramdani, avec de nombreux allers-retours dans la région lilloise ensemble. Ces séjours peuvent être rapprochés des livraisons d’armes qui ont ensuite été trouvées en possession d’Amedy Coulibaly. Il a ainsi apporté une aide logistique incontestable », toutefois, « il n’y a pas de preuve qu’il connaissait les projets d’Amedy Coulibaly ». Il écope de 8 ans d’emprisonnement.

A noter que la cour a écarté la qualification terroriste pour six des accusés présents. L’avocat de Charlie Hebdo, à la sortie du tribunal a expliqué que « c’était le procès d’une nébuleuse plus ou moins proche des terroristes, ce que dit cette décision, c’est que sans cette nébuleuse, il n’y a pas d’attentat ».

« Les actes de terrorisme ne peuvent jamais se justifier, quelque raison que l’on puisse faire valoir » Kofi Annan (septième secrétaire général des Nations unies)

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