Posted on: 3 janvier 2021 Posted by: manonquenehen Comments: 0

Il y a quelques semaines, l’Arménie a accepté un plan proposé par la Russie, qui leur est très défavorable, mais elle n’avait guère le choix. Quelles sont les conséquences de cette décision sur le peuple arménien et sur la géopolitique mondiale ?

Petit rappel historique

Le Haut-Karabagh est une république autoproclamée de Transcaucasie. En 2015, sa population est estimée à 148 917 habitants pour une superficie de 11 430 km2. Sa capitale et plus grande ville est Stepanakert.

Pendant la période soviétique, l’oblast autonome du Haut-Karabagh (4388 km2) est majoritairement peuplée d’Arméniens (95 %) et est intégrée à la république socialiste soviétique d’Azerbaïdjan, mais les territoires l’entourant, aujourd’hui dans l’État autoproclamé (6742 km2), sont peuplés de Kurdes et d’Azéris depuis déplacés. Depuis la dislocation de l’Union soviétique, le Haut-Karabagh lutte pour son indépendance ou son rattachement à l’Arménie et, le 2 septembre 1991, déclare son indépendance, qui n’est reconnue par aucun État membre de l’ONU. Le 12 mai 1994, un cessez-le-feu est finalement signé, avantageant l’Arménie, en permettant à son armée d’occuper une partie du Haut-Karabagh. Depuis, Arméniens et Azéris se font face de part et d’autre de la frontière, théâtre fréquent d’escarmouches entre les deux camps.

En 2020, la guerre reprend de plus belle entre les deux pays. L’Azerbaïdjan étant bien décidé à reprendre le contrôle du Haut-Karabagh. Un accord de cessez-le-feu est signé le 10 novembre 2020, actant la perte de 3/4 du territoire par les arméniens au profit des Azerbaïdjanais.

Comment se déroule l’exode arménien ?

Les arméniens ont dû fuir le territoire du Haut-Karabagh, qui se voit rétrocédé à l’Azerbaïdjan, comme le prévoit un accord de paix léonin signé le 9 novembre 2020. Ils ont donc dû quitter leurs maisons, leurs terres et tout ce qu’ils possédaient. Les images sont choquantes… Ils brûlent leurs maisons ou les démantèlent pour ne rien laisser à l’ennemi qui devra tout reconstruire avant de s’installer. Les arméniens partent pour la plupart avec leurs défunts, qu’ils ont déterrés.

Pour eux, il n’est pas question de laisser la sépulture de leurs proches aux mains des Azéris, auxquels doit être transféré ce territoire avant le 25 novembre, selon les termes de l’accord de paix négocié par la Russie pour mettre fin à six semaines de combats dans la région du Haut-Karabakh.

Quelles sont les conséquences géopolitiques ?

L’Azerbaïdjan, la Russie et la Turquie sont, pour l’heure, les trois vainqueurs du cessez-le-feu conclu avec l’Arménie. Mais Erevan n’est pas seul dans cette triple défaite, c’est aussi celle de la diplomatie occidentale.
L’Azerbaïdjan, qui, outre son gain en territoire, repousse sine die la fixation d’un statut. La Russie, conceptrice et garante de l’accord, rééquilibre sa position pro-arménienne de l’époque Eltsine. Elle regagne une présence militaire dans ce pays, du moins à sa bordure, à travers la force d’interposition de 2 000 hommes, qu’elle place sur la ligne de cessez-le-feu. La Turquie, enfin, reçoit un prix symbolique : la création d’un centre russo-turc d’observation du cessez-le-feu. Mais surtout elle réalise un objectif historique : la création d’un corridor entre l’Azerbaïdjan et le Nakhitchevan (province azerbaïdjanaise enclavée entre l’Arménie et la Turquie), qui crée une continuité entre les deux «frères» turcophones.
L’Arménie était seule dans les combats mais ne sera pas seule dans la défaite. En effet, l’Occident est aussi du côté des perdants. Le «groupe de Minsk», copiloté par Washington et Paris avec Moscou, émanation de l’Organisation des nations unies (ONU), via l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), pour conduire le processus de paix, a été écarté, ce qui était l’un des buts de Recep Tayyip Erdogan et une satisfaction secrète pour Vladimir Poutine. Les dépendances de l’Arménie à l’égard de la Russie sont lourdes, militaires, mais aussi économiques, sociales et encore accrues par le cessez-le-feu.

Et maintenant ?

L’idée est de développer les deux tiers du Karabakh restés à l’Arménie et que l’Azerbaïdjan n’est pas en situation de contester pour l’instant. Après l’aide urgente à la reconstruction, il faudra redynamiser les coopérations locales et transférer celles qui avaient pour sites les zones conquises par Bakou.
Les arméniens ne reconnaissent pas ce cessez-le-feu comme une défaite. Et psychologiquement il faut les comprendre. Pourquoi leurs frères et leurs fils sont-ils morts ? Cette idée est insoutenable pour ce peuple, victime de génocides dans le passé. Pour rappel, 2300 soldats arméniens ont perdu la vie dans les combats pour défendre leur territoire au Haut-Karabagh. Ils se sentent d’ailleurs abandonnés par la Russie et Vladimir Poutine. En effet, le Président Russe est resté à l’écart de ce conflit, donnant uniquement comme ligne rouge aux Azerbaïdjanais, la frontière arménienne.
De son côté, Emmanuel Macron a demandé de travailler à un « règlement politique durable » qui « préserve les intérêts de l’Arménie » et « demande fermement à la Turquie de mettre fin à ses provocations » dans ce conflit. La France se dit soutenir l’Arménie et a envoyé une mission médicale sur place.

« Face à un conflit, la seule victoire que l’on puisse remporter c’est la paix » Abel Yanguel (poète centrafricain)

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