Posted on: 3 janvier 2021 Posted by: manonquenehen Comments: 0

Le Maroc est devenu le dernier pays de la Ligue arabe à accepter de normaliser ses relations avec Israël dans le cadre d’un accord négocié avec l’aide des États-Unis. Explications sur ces accords et lumière sur la situation palestinienne.

En quoi consistent les accords d’Abraham ?

Les accords d’Abraham sont deux traités de paix entre Israël et les Émirats arabes unis d’une part et entre Israël et Bahreïn d’autre part. Ils ont été signés le 15 septembre 2020 à la Maison-Blanche à Washington, accompagnés d’une déclaration tripartite signée également par le président américain en tant que témoin.

Ces accords témoignent d’une évolution stratégique des États du Golfe accentuant, dans le contexte géopolitique global du Moyen-Orient, la césure entre les États sunnites et l’Iran chiite. De plus, ils traduisent la faiblesse des Palestiniens pour obtenir que se concrétise la solution à deux États : un État israélien et un État palestinien comprenant une partie de la Cisjordanie, la bande de Gaza et Jérusalem-Est. Cette répartition de territoire est pourtant soutenue par la plus grande partie de la communauté internationale.

Par ces accords, les Émirats arabes unis et Bahreïn sont les troisième et quatrième pays arabes, après l’Égypte en 1979 et la Jordanie en 1994, à normaliser leurs relations avec Israël et les premiers pays du golfe persique à le faire. D’un enjeu géopolitique important, cet accord acte notamment la suspension des plans d’annexion de territoires occupés en Cisjordanie et Judée-Samarie. Cet accord fut établi grâce à d’intenses mais néanmoins discrètes tractations diplomatiques entre plusieurs États.

Parallèlement à ces accords, les États-Unis se sont engagés à vendre des avions de chasse furtifs F35 aux Émirats arabes unis, malgré l’opposition israélienne finalement levée en octobre 2020. Cela laisse paraître que ces accords sont aussi l’aboutissement d’une coalition anti-iranienne.

Le Soudan fait également partie des pays qui ont accepté de normaliser ses relations avec Israël. Le Soudan rejoint ainsi les Emirats Arabes Unis et le Bahrein pour dessiner une nouvelle entente régionale face à l’Iran.

Le Maroc devient alors le sixième pays à trouver un accord avec Israël. Dans le cadre de celui-ci, les États-Unis ont accepté de reconnaître la revendication du Maroc sur la région contestée du Sahara occidental. A noter que cette région fait l’objet d’un conflit entre le Maroc et le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, qui cherche à établir un État indépendant.

Qu’est ce qui change, en pratique ?

Les accords d’Abraham, du nom du patriarche des trois religions monothéistes, regroupent :

– Une déclaration trilatérale entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn, nommée « Déclaration des Accords d’Abraham (Abraham Accords Declaration) » à laquelle le président américain Donald Trump appose sa signature en tant que témoin.
– Un « traité de paix » bilatéral entre Israël et les Émirats arabes unis.
– Une « déclaration de paix » bilatérale entre Israël et Bahreïn.

Ces accords ont été imprimés en trois langues : anglais, arabe et hébreu.

La « Déclaration des Accords d’Abraham » promeut le dialogue interreligieux et interculturel entre les trois religions abrahamiques et toute l’humanité. Elle proclame également la liberté de religion.Cette normalisation des relations avec Israël implique une collaboration culturelle mais va bien plus loin, en laissant place à la création de relations économiques.

Le traité de paix israélo-égyptien : les éléments principaux du traité sont la reconnaissance réciproque des deux pays, la fin de l’état de guerre qui existait depuis 1948 et le retrait israélien des forces militaires et des implantations civiles (notamment Yamit et Taba) de la péninsule du Sinaï occupée par Israël depuis 1967. Les négociations ont commencé sur la base de l’armistice de février 1949 signé à Rhodes.

Le traité assure également la libre circulation des navires israéliens dans le canal de Suez et la reconnaissance du détroit de Tiran et du golfe d’Aqaba comme voies de navigation internationales.

Le traité de paix israélo-jordanien : le traité de paix israélo-jordanien (surnommé également accords de Wadi Araba) est un traité signé entre l’État d’Israël et le Royaume hachémite de Jordanie, le 26 octobre 1994 dans la ville frontière de Wadi Araba. Les relations entre les deux pays sont ainsi normalisées et les contestations de territoires sont résolues par ce traité.

Ce traité pose plusieurs règles concernant plusieurs sujets. Le fleuve Jourdain est pris pour frontière naturelle entre les deux pays, toute évolution de son cours entraînant nécessairement une révision automatique des frontières. Il met en place une normalisation totale avec l’établissement de relations diplomatiques et l’ouverture d’ambassades pour délivrer des visas de tourisme, l’ouverture d’une ligne aérienne, la liberté d’accès aux ports maritimes et l’établissement d’une zone de libre-échange et d’une zone industrielle dans l’Arava. Des efforts pour interdire les propagandes hostiles par des lois sont prévus.

Concernant le sujet de la sécurité et de la défense, il implique un respect réciproque de la souveraineté et du territoire de l’autre ainsi qu’une coopération contre le terrorisme et pour lutter contre des attaques menaçant le voisin.

Sur la question de Jérusalem, la Jordanie doit jouer un rôle privilégié de garante des lieux saints musulmans dans de futures négociations de paix israélo-palestiniennes. Le statut de la partie de la ville sous contrôle militaire israélien depuis 1967, est réservé

Afin de partager équitablement l’eau du Jourdain et de la région d’Arava, Israël s’engage à fournir 50 millions de m3 d’eau par an à la Jordanie et de partager la rivière Yarmouk pour que les Jordaniens en contrôlent les trois-quarts. Les deux pays doivent développer d’autres sources d’eau et des réservoirs et s’entraider en périodes de sécheresse.

Sur le sujet des réfugiés palestiniens, Israël et la Jordanie doivent coopérer pour réconforter les réfugiés et œuvrer dans un comité avec l’Égypte et les Palestiniens pour trouver une solution.

Le traité de paix entre les Émirats arabes unis et Israël : il dispose que les deux États établiront des accords bilatéraux de coopération dans de nombreux domaines, parmi lesquels : la finance et l’investissement, l’aviation civile, les relations commerciales et économiques, la santé, la science, la technologie et les utilisations pacifiques de l’espace extra-atmosphérique, l’énergie, les arrangements maritimes, l’agriculture et l’eau.
Le traité mentionne que les deux parties « s’engagent à prendre les mesures nécessaires pour empêcher toute activité terroriste ou hostile l’un contre l’autre sur ou depuis leurs territoires respectifs, ainsi qu’à refuser tout soutien à de telles activités à l’étranger ou à autoriser un tel soutien sur ou depuis leurs territoires respectifs ». En revanche, à ce stade, ce traité ne constitue pas un pacte complet d’assistance et de sécurité mutuelle.

La déclaration de paix entre Bahreïn et Israël : outre l’établissement de relations diplomatiques, commerciales, économiques et culturelles, la déclaration entre Israël et Bahreïn mentionne l’engagement des deux parties à « une solution juste, complète, et durable au conflit israélo-palestinien ».

Une fierté pour Donald Trump

L’accord entre Israël, Bahreïn et les Emirats sauve le bilan diplomatique de Donald Trump ! Ce parrainage américain est tombé à point nommé après les revers accumulés par l’administration Trump sur une série de dossiers internationaux. La percée provoquée par la normalisation entre les Emirats arabes unis et Israël, en août, a permis d’éclipser l’humiliation subie par Washington aux Nations unies à propos de l’Iran. Les Etats-Unis ont fait presque l’unanimité contre eux au Conseil de sécurité en voulant rétablir les sanctions onusiennes par un mécanisme prévu par l’accord international sur le nucléaire iranien dont ils se sont retirés en 2018.

L’effet prévu sur l’Iran n’est pas au rendez-vous

La « pression maximale » contre Téhéran, tout en plongeant l’Iran dans une profonde crise économique accompagnée d’un raidissement du régime, n’a pas produit pour l’instant les résultats escomptés. Au contraire, la République islamique ayant repris ses activités d’enrichissement d’uranium en riposte à la volte-face américaine, elle est aujourd’hui plus proche d’une capacité nucléaire militaire qu’avant l’entrée en fonction de Donald Trump.

Une trahison pour la Palestine

Dans un communiqué mardi soir, relayé par l’agence de presse palestinienne Wafa, le président palestinien Mahmoud Abbas a répondu : « Il n’y aura aucune paix, sécurité ou stabilité pour quiconque dans la région sans la fin de l’occupation et le respect des pleins droits du peuple palestinien.”

Après des manifestations plus tôt dans la journée dans les villes cisjordaniennes de Naplouse, Jénine, Tulkarm et Hébron, des centaines de palestiniens se sont rassemblés mardi soir dans la ville occupée de Ramallah, en Cisjordanie « dénonçant la signature des accords de normalisation avec Israël, et affirmant leur soutien aux autorités palestiniennes dirigées par le président Mahmoud Abbas pour sa défense des droits des Palestiniens », indique Wafa dans un autre article.

Deux roquettes ont été tirées depuis la bande de Gaza vers Israël. L’une a été interceptée par le bouclier antimissile israélien, et l’autre s’est abattue sur la ville d’Ashdod faisant au moins deux blessés légers, d’après l’armée israélienne. Celle-ci a répliqué en bombardant des sites de la bande de Gaza.

Les Palestiniens dénoncent un coup de poignard dans le dos de la part de ces pays accusés de pactiser avec l’État hébreu sans attendre la naissance de leur État. Quelques dizaines de militants palestiniens ont manifesté à l’extérieur de la Maison-Blanche pendant la cérémonie.

Officiellement, l’accord entre les Émirats et Israël prévoit une suspension de l’annexion des territoires palestiniens. Mais officieusement, la cause palestinienne est bien sûr très affaiblie par ces accords. Elle n’a pas réellement de défenseurs : même l’Europe est absente et n’a fait aucune déclaration commune forte.

Un avenir incertain pour l’Algérie

De l’autre côté de la frontière, en revanche, les conséquences pourraient être beaucoup moins heureuses. Pour le quotidien algérien El Khabar, « la décision de Trump menace les relations algéro-américaines ».
Sarah Yerkes, membre du programme Moyen-Orient du Carnegie Endowment for International Peace, et dont les propos ont été initialement publiés dans le New York Times, soutient que « la décision du président américain Donald Trump de soutenir la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental est susceptible de provoquer des frictions avec l’Algérie et de compromettre gravement les relations » entre les deux pays.
L’Algérie craignait la reconnaissance de la marocanité du Sahara par les USA, c’est chose faite. L’Algérie patriotique, pour sa part, s’inquiète davantage de « l’officialisation du couple Maroc-Israël », une décision par laquelle « l’ennemi s’approche de l’Algérie » explique le 360 dans son article.

Un ennemi commun : Téhéran

L’Iran condamne l’accord Israël-Emirats, une «stupidité stratégique». Selon Téhéran, cette nouvelle alliance va renforcer « l’axe de la résistance » pro-iranien dans la région.
« Avant, la Ligue arabe avait pour objectif de retirer Israël de la carte. Mais aujourd’hui, les pays de la Ligue arabe et Israël ont un ennemi commun : l’Iran et ses alliés, le djihad et l’État islamique » explique Henrique Cymerman Benarroch, journaliste israélien d’origine portugaise et espagnole qui travaille comme correspondant au Moyen-Orient. Par ces déclarations, il indique très clairement que la menace de la République islamique est toujours présente au Moyen-Orient et que les États sont prêts à coopérer pour éviter un déséquilibre géopolitique des pouvoirs.
Les relations diplomatiques dans cette région du monde sont complexes et ce, depuis des siècles. Il n’est donc pas certain que ces accords aboutissent à une paix sur le long terme, surtout tant que certains pays seront lésés par cet accord de la ligue arabe.

« La tolérance est une vertu qui rend la paix possible » Kofi Annan (Diplomate et économiste ghanéen)

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