Posted on: 3 janvier 2021 Posted by: manonquenehen Comments: 0

Maire de Marseille depuis le 4 juillet 2020 dernier, Michèle Rubirola a quitté le navire aujourd’hui. Retour sur cette démission qui a créé la surprise générale.

Qui est Michèle Rubirola ?

Petite-fille d’immigrés arrivés de Naples et de Catalogne, Michèle Rubirola est née à Marseille. Son père travaillait à la Caisse Primaire d’Assurance Maladie et sa mère à l’Union pour le Recouvrement de la Sécurité Sociale et des Allocations Familiales (URSSAF).
C’est sa grand-mère paternelle, une napolitaine, qui l’élève au Rouet, un quartier du 8ème arrondissement de Marseille.
Sportive, elle intègre la première équipe mixte de football de l’Olympique de Marseille, qu’elle quitte « en raison de son trop jeune âge » au profit de la pratique du basket-ball.

En 1966, elle intègre le lycée Montgrand alors réservé aux jeunes filles et y obtient son baccalauréat en 1973. Elle quitte le foyer familial à 17 ans sachant qu’à cette époque l’âge de majorité était à 21 ans, pour vivre de manière indépendante. Elle suit des études de médecine au sein de la faculté des sciences médicales et paramédicales de Marseille de l’université d’Aix-Marseille.

Dans les années 70, elle adhère aux combats des mouvements altermondialistes, écologistes, et antimilitaristes. Féministe, elle milite pour la libéralisation de l’avortement et la contraception.Elle est mère de deux filles et d’un garçon. Son mari exerce des fonctions administratives dans un centre de soins.

Michèle Rubirola devient médecin généraliste à la fin de ses études et exerce dans le 6e arrondissement de Marseille.
Elle est responsable d’un programme d’éducation thérapeutique pour des malades chroniques en situation de vulnérabilité sociale, au centre de prévention de l’Assurance maladie, dans les quartiers nord. À partir du début des années 2000, elle travaille en tant que médecin à la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM) des Bouches-du-Rhône.

En parallèle de sa profession de médecin, elle est membre d’Europe Écologie Les Verts. Elle est conseillère départementale des Bouches-du-Rhône à partir de 2015. Aux élections municipales de 2020 à Marseille, elle est tête de liste du Printemps marseillais, une alliance de collectifs de citoyens, de partis et de mouvements de gauche.

Élue maire de la ville le 4 juillet 2020, elle est la première femme à occuper cette fonction à Marseille.

Un mandat après l’ère Gaudin

Jean-Claude Gaudin est né le 8 octobre 1939 à Marseille. Il a été le maire de Marseille de 1995 à 2020. Retour sur son parcours politique…
Implanté dans les Bouches-du-Rhône, il est président du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) de 1986 à 1998, maire de Marseille de 1995 à 2020 et président de la métropole d’Aix-Marseille-Provence entre 2015 et 2018.

Il est député de 1978 à 1989, sénateur entre 1989 et 2017 et à plusieurs reprises vice-président du Sénat. De 1995 à 1997, il est ministre de l’Aménagement du territoire, de la Ville et de l’Intégration dans le second gouvernement Juppé.

Sur le plan partisan, il appartient à plusieurs partis de centre droit, notamment l’UDF, dont il préside un temps le groupe à l’Assemblée nationale. Dans les années 1980, il conclut une alliance avec le Front national pour prendre la présidence de la région PACA. Par la suite, il est vice-président de l’UMP et président du groupe UMP au Sénat.

Il fût indissociable de la vie Marseille pendant 25 ans, avec tout ce que cela peut engendrer de meilleur comme de pire pour une ville importante comme la ville de Marseille.

Il devient maire de Marseille après avoir conduit une liste d’union UDF-RPR. Le responsable départemental du RPR, Renaud Muselier, devient alors premier adjoint au maire.

Le 15 septembre 2000, il devient président de la nouvelle communauté urbaine Marseille Provence Métropole, qui compte 18 communes et 980 000 habitants.

En 2001, il est réélu maire de Marseille. Il préside alors l’Association des communautés urbaines de France de 2002 à 2003.
En 2008, la liste qu’il conduit l’emporte pour la troisième fois consécutive, devant le socialiste Jean-Noël Guérini et le Front national. A cette époque, la droite perd le premier secteur de la ville (où Patrick Mennucci bat Jean Roatta) et sa majorité se trouve ainsi réduite à 51 sièges au lieu de 61. Le 17 avril suivant, Renaud Muselier est battu par le socialiste Eugène Caselli lors de l’élection à la présidence de la Communauté urbaine. De par son statut de maire de la ville-centre, Jean-Claude Gaudin en devient vice-président à partir du 31 mai 2008

En novembre 2013, Jean-Claude Gaudin annonce sa candidature aux élections municipales de 2014. Il fait valoir son bilan depuis 1995 : baisse du chômage de 8%, 6000 logements construits chaque année contre 1 500 en 1995, augmentation exponentielle du nombre de croisiéristes et construction du musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée.

Lui sont alors reproché plusieurs faits : la sous-estimation des violences des quartiers nord, les retards pris dans les projets de transport et de propreté, son changement d’avis concernant l’ouverture du casino dans la ville et la privatisation du stade Vélodrome.
Un temps données battues, les listes de Jean-Claude Gaudin l’emportent dans six des huit secteurs de Marseille, recueillant 43 % contre 29 % pour celles du socialiste Patrick Mennucci et 25 % pour le candidat FN Stéphane Ravier. Ce score lui permet d’être élu maire de Marseille pour un quatrième mandat.

Jean-Claude Gaudin a contribué à l’installation de la métropole d’Aix-Marseille-Provence, dont il devient président en 2015. Cette élection étant contestée devant les tribunaux par les opposants à la mise en place de l’intercommunalité, il démissionne pour être réélu président en 2016. Il quitte la présidence de la métropole en septembre 2018, invoquant son âge et l’intention du gouvernement de fusionner les métropoles et départements. Il apportera alors son soutien à Martine Vassal, qui lui succèdera.

En novembre 2018, l’effondrement de plusieurs immeubles vétustes rue d’Aubagne, qui provoque la mort de huit personnes, lui est reproché. Ce drame ne lui sera jamais réellement pardonné par les habitants.

Cumul des mandats jusqu’à plus soif, clientélisme, inefficacité : ce scandale symbolise un système à bout de souffle et illustre ce que les baronnies locales peuvent faire de pire. Sans parler de son cabinet noir qui verrouille tout depuis des années, de mèche avec la presse locale et surtout le quotidien « La Provence », alors que Jean-Pierre Chanal y était journaliste.

On lui connaît également ses larmes de crocodile qui lui ont permis de se sortir de plus d’une situation délicate. De plus, le bilan financier de ses 25 ans de mandat est catastrophique : des taxes d’habitation exorbitantes, une dette impressionnante, une ville qui s’effondre (215 immeubles évacués), des écoles délabrées, un secteur privé amorphe, un port de commerce déclassé (107e place mondiale pour le trafic conteneurs), un hôpital public accusant 1 milliard de dette, une fracture nord/sud pas comblée, sans parler du narco-banditisme sanglant des cités.

Dès juin 2017, il annonce qu’il ne se représentera pas à la mairie de Marseille lors des élections municipales de 2020 et soutient la candidature de Martine Vassal face à Bruno Gilles.
Michèle Rubirola et le Printemps marseillais sont alors élus à la mairie après que des scandales liés au premier tour des élections aient éclaté et éclaboussé une fois de plus l’image de la droite marseillaise.

Son élection marque la fin du « règne » Gaudin et un virage à gauche pour la cité phocéenne.

Après 5 mois de mandat, Rubirola quitte le navire…

C’est un coup dur pour la ville de Marseille. En effet, les marseillais et marseillaises qui ont voté pour un profond renouvellement avec un changement de cap radical pour la ville, voient leur maire démissionné de son poste, cinq mois seulement après son élection.
La rumeur d’un départ anticipé courait depuis plusieurs semaines, mais Madame Rubirola l’avait une nouvelle fois personnellement démentie au journal « le Monde », jeudi 10 décembre dernier.

Dans une conférence de presse à l’hôtel de ville, Michèle Rubirola a annoncé aujourd’hui qu’elle ne souhaitait plus assumer son mandat. Elle a précisé son souhait de voir Benoît Payan, son premier adjoint qui reprendra les rennes de la mairie de Marseille.

L’ex-maire de la cité phocéenne a donné les raisons de son départ qui seraient liées à son état de santé, fragilisé depuis l’été dernier. « J’ai connu dès l’été les premières difficultés liées à ma santé. (…) Ces épreuves limitent l’énergie que je peux mobiliser » a-t-elle expliqué. « Je suis médecin urgentiste, je suis un excellent médecin. Il y a en médecine les spécialistes du temps long et les urgentistes. Je suis de la première catégorie. Et c’est de la seconde dont nous avons besoin » a-t-elle poursuivi en soulignant les défis immenses qui se dressent devant l’une des communes les plus pauvres de France, où se conjuguent crise sanitaire, crise sociale et crise financière.

Son « élection a permis de tourner une page pour Marseille (…) le Printemps marseillais est un collectif et les citoyens ont choisi ce collectif plus qu’un visage (…) je n’ai jamais cherché le pouvoir pour lui-même. Nous avons été élus pour transformer notre ville et je crois en ce projet plus qu’à mon titre » précise-t-elle.

Elle avoue qu’elle « mesure ce que décision peut avoir d’étonnant », tout en se targuant que le projet est sur les rails. « C’est un choix en responsabilité et en conscience (…) de l’intérêt supérieur des marseillais et marseillaises » explique-t-elle.
Pour justifier sa candidature malgré ses problèmes de santé, elle explique qu’elle ne pouvait avoir conscience des « conditions inédites avec la crise sanitaire, économique et sociale » qui touche Marseille, de ses « problèmes de santé » et son « intervention chirurgicale de septembre » et de « l’état de la collectivité avec une situation financière catastrophique et un patrimoine dégradé ». Elle explique que « Marseille est près de sombrer ».

« Je serai toujours avec mon équipe. Je veux donner toutes les chances à ma ville de se relever et de rayonner. C’est pour les marseillais et marseillaises que je fais ce choix » a-t-elle ajouté pour rassurer sur l’avenir de la politique marseillaise.

Une succession qui n’est pas encore confirmée

Bien que Benoit Payan apparaisse comme le favori pour lui succéder, l’équilibre de la coalition Printemps marseillais, qui réunit des élus du Parti Socialiste, du Parti Communiste, d’Europe écologie les verts et de nombreuses autres formations de gauche, ainsi que des citoyens non encartés et des soutiens de Samia Ghali, est fragile. C’est la personnalité de Mme Rubirola qui était le ciment de ce regroupement politique. En son absence, d’autres candidatures pourraient intervenir.

Un conseil municipal doit se tenir lundi 21 décembre, celui-ci pourrait être le théâtre de l’élection d’un nouveau maire par les 101 conseillers municipaux marseillais. Affaire à suivre…

Un mandat qui n’a pas été réellement brigué

Élue en juin, la maire écologiste s’interrogeait encore en octobre sur son rôle et laissait alors souvent la main à son premier adjoint, Benoît Payan.

Trois mois et demi après son élection, l’écologiste Michèle Rubirola n’a toujours pas de bureau. La maire de Marseille déteste le mobilier de ses prédécesseurs, et n’a pas envie de s’asseoir devant un lourd décor Louis-Philippe.

En coulisse, le poids pris par Monsieur Payan et le peu d’entrain mis par la maire à marquer son territoire, troublaient de plus en plus les membres de la majorité municipale. Absente près d’un mois, de la mi-septembre à la mi-octobre, pour subir une intervention chirurgicale, elle avait, depuis son retour de convalescence, affirmé sa détermination à tenir son rôle. Quatre semaines durant, Monsieur Payan l’avait remplacée, comme un maire par intérim.

Dans un portrait publié le 14 octobre dernier dans « Le Monde », une petite phrase lancée à l’ancien ministre socialiste François Lamy, avait retenu l’attention. Elle avait alors lâché : “Tu es au courant que je ne reste que trois mois ?”.

Au vu des circonstances et des délais, il est légitime de se demander si Madame Rubirola n’a pas utilisé son image afin de permettre à Benoît Payan d’accéder à la mairie, malgré le manque de sympathie qu’il inspire au peuple marseillais.

Si l’ex-maire de Marseille avance des raisons de santé pour justifier sa démission, il est clair qu’elle n’a jamais réussi à se faire aux responsabilités et devoirs imposés par la fonction.

« On peut toujours plus que ce que l’on croit pouvoir » Joseph Kessel (écrivain)

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