Posted on: 11 janvier 2021 Posted by: manonquenehen Comments: 0

La course au scoop, le manque d’analyse, l’information qui arrive de plus en plus rapidement, de manière quasi-instantanée, autant de facteurs qui mènent à la prolifération de fausses informations. Celles-ci sont ensuite relayées sur les réseaux sociaux et il devient difficile de les identifier.

 Les fake news de 2020 sur le coronavirus

 L’année 2020 n’a pas fait exception à la règle et a eu son lot de fausses informations. Période oblige, les plus grosses fake news ont porté sur la covid-19. Voici la liste des principales fausses informations qui ont circulé.

Les ondes 5G sont responsables de la pandémie de Covid-19 :

Le virus SARS-CoV-2 serait transmis par les ondes de rayonnement de la 5G. La théorie a été particulièrement répandue aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Elle a également commencé à être partagée en France fin mars pour atteindre un pic en avril. Autre faux argument relayé : les ondes de la 5G pourraient affaiblir le système immunitaire, favorisant l’infection par le coronavirus. Cette infox a conduit un petit groupe d’individus à incendier des équipements 5G (pylônes électriques) et à menacer des ingénieurs et employés dans plusieurs villes d’Angleterre. Selon NewsGuard, une société qui analyse la crédibilité de sites d’information en Europe et aux États-Unis, cette théorie est apparue pour la première fois en janvier 2020 sur le blog français « Les Moutons Enragés ».

Le coronavirus est un virus sorti d’un laboratoire chinois contenant de « l’ADN de VIH » :

Cette fausse théorie suggère que le coronavirus contient des « insertions de VIH » qui prouvent que le virus a bien été créé artificiellement en laboratoire. C’est la deuxième fake news la plus relayée sur le web en France après les théories sur la 5G. Récompensé en 2008 d’un prix Nobel de médecine pour sa découverte du virus du sida, le virologue français Luc Montagnier émet alors une hypothèse controversée sur l’origine de la Covid-19. Dans un entretien au site « Pourquoi docteur ? », le professeur explique qu’il ne croit pas que la Covid-19 provienne d’une contamination dans un marché aux animaux sauvages de Wuhan. « C’est une belle légende, ce n’est pas possible. Le virus sort d’un laboratoire de Wuhan » affirme-t-il. « Le laboratoire de la ville de Wuhan s’est spécialisé sur ces coronavirus depuis le début des années 2000. Ils ont une expertise dans ce domaine » déclare-t-il. Le professeur explique avoir analysé « dans les moindres détails » la séquence avec son collègue mathématicien Jean-Claude Perrez. « On n’a pas été les premiers, puisqu’un groupe de chercheurs indiens a essayé de publier une étude qui montre que le génome complet de ce coronavirus a des séquences d’un autre virus, qui est le VIH, le virus du sida » explique-t-il. Cette théorie provient initialement d’un article de recherche publié sur le site « BioRxiv.org », qui permet à des chercheurs de partager des études scientifiques avant consultation par un comité scientifique et leurs pairs. Les auteurs ont toutefois retiré l’étude seulement deux jours après sa publication sur le site. En fait, ces séquences « similaires au VIH » se retrouvent dans de très nombreux autres virus, parfois de manière beaucoup plus marquée que pour le nouveau coronavirus.

La pulvérisation d’alcool ou de chlore sur le corps peut tuer le coronavirus :

« Vaporiser de l’alcool ou du chlore sur tout le corps ne tuera pas les virus qui ont déjà pénétré dans votre corps » rappelle l’Organisation Mondiale de la Santé, qui a dédié une page internet aux « idées reçues » sur le coronavirus. « La pulvérisation de ces substances peut être nocive pour les vêtements ou les muqueuses (c’est-à-dire les yeux, la bouche) ». Il en va de même pour l’eau de Javel. L’utilisation de ce type de produits n’est toutefois pas proscrite dans la crise sanitaire actuelle. L’OMS explique ainsi que « l’alcool et le chlore peuvent tous deux être utiles pour désinfecter les surfaces, mais ils doivent être utilisés en suivant les recommandations appropriées ».

Bill Gates veut implanter des « puces » électroniques via des vaccins, pour « marquer » et géolocaliser la population afin de la contrôler :

Cette affirmation, très relayée, avec des variantes est infondée : Bill Gates n’a rien évoqué de tel et les publications mélangent des sujets différents. Ces allégations mélangent divers projets et recherches liés de près ou de loin à Bill Gates, à sa fondation, aux certificats numériques et à la vaccination. Le milliardaire américain est d’ailleurs le sujet régulier de fake news et la cible de théories du complot. La crise du coronavirus a renforcé sa présence dans l’univers des infox : La pandémie de Covid-19 aurait été prédite lors d’une simulation de la fondation Bill et Melinda Gates,  ou encore un laboratoire financé par Bill Gates aurait breveté le coronavirus. En résumé, pour élaborer leurs allégations, les publications accusant Bill Gates de vouloir « pucer » la population piochent dans divers projets, recherches et engagements liés de près ou de loin à Bill Gates et à l’identité numérique et/ou la vaccination. Elles interprètent certaines déclarations et certains projets de façon erronée, mélangent des concepts différents, pour aboutir à des accusations infondées, qui pour beaucoup d’entre elles servent de tremplin aux positions anti-vaccins.

De fortes doses de Vitamine C constituent un traitement efficace contre la COVID-19 :

Contrairement aux rumeurs qui ont circulé depuis plusieurs semaines, il n’est pas possible d’affirmer en l’état que l’administration à haute dose de vitamine C a un impact sur la maladie. A l’origine de cette fausse information, la publication d’une vidéo d’un médecin sino-américain nommé Richard Cheng qui expliquait début mars comment une Chinoise âgée de 71 ans aurait survécu au Covid-19 au Wuhan, sans contaminer ses proches, en prenant de la vitamine C à haute dose, en complément d’autres traitements. Selon lui, la patiente aurait consommé près de 10 grammes par jour durant son hospitalisation, soit plus de 90 fois la dose recommandée. Aucune étude n’a prouvé l’efficacité de la vitamine C pour combattre de virus, bien qu’elle augmente l’immunité des personnes.

Boire de l’alcool protège contre le Covid-19 :

Cette affirmation s’est tellement répandue que plusieurs accidents graves ont été rapportés dans le monde. Mais c’est évidemment faux, « une consommation d’alcool fréquente ou excessive peut augmenter les risques pour votre santé » rappelle sobrement l’Organisation Mondiale de la Santé sur son site internet. Le coronavirus est une maladie respiratoire et l’alcool ne la « tue » pas. A fortiori, boire ou s’appliquer sur le corps du gel hydroalcoolique ou de l’alcool médical est un geste extrêmement dangereux. Dans une conférence de presse du président, Donald Trump avait même suggéré aux médecins de « travailler » sur la possibilité d’ingérer un produit pour « désinfecter » le corps, avant de se rétracter et de dire qu’il s’agissait en réalité d’un « sarcasme ».

Retenir sa respiration pendant plus de 10 secondes permet de savoir si l’on est contaminé :

Pas du tout ! « Les symptômes les plus fréquents du coronavirus sont la toux sèche, la fatigue et la fièvre » détaille l’OMS. « Certaines personnes peuvent développer des formes plus graves de la maladie, comme une pneumonie. Le meilleur moyen de savoir si vous avez attrapé le virus est d’en obtenir la confirmation par un test de laboratoire ». On ne peut donc pas le confirmer soi-même avec cet exercice de respiration (La Covid n’est pas une forme de hoquet !).

D’autres fake news, encore plus loufoques, ont poussé comme des champignons sur les réseaux sociaux. Parmi eux, il faut citer le fait que l’ail pouvait guérir de la Covid, que passer des objets au micro-onde les désinfecte, que la cocaïne serait un remède contre le virus, ou encore que ce dernier pourrait être transmis dans la nourriture chinoise…

La fake news, un procédé pas si récent avec, parfois, des conséquences irréversibles !

 Le Sida, créé en laboratoire par les Etats-Unis :

Le gouvernement américain serait à l’origine du VIH, le virus du Sida, inoculé en Afrique dès 1977 pour anéantir la population noire selon certaines versions, ou dans le but d’exterminer les homosexuels selon d’autres. Il existe même une variante de cette infox qui explique que le Sida n’est pas la conséquence du VIH mais une maladie due au stress. Mais pas de panique, des sites (à peine louches) vous proposent des médecines alternatives pour en guérir (ouf !).

Rothschild contrôle le monde :

La famille Rothschild serait à la tête de la quasi-totalité des banques centrales de la planète. Cette fausse information a circulé abondamment sur les réseaux sociaux et a été relayée par des sites antisémites ou encore conspirationnistes. Problème ? Les banques centrales ne sont pas des banques commerciales. « La particularité d’une banque centrale, c’est qu’elle peut imprimer des billets » explique Mathieu Plane, économiste à l’OFCE (Observatoire Français des Conjonctures Economiques). « Cette légitimité ne peut être acquise que par les banques centrales, et donc par les États. En aucun cas une banque commerciale ne peut détenir une banque centrale », ajoute-t-il. BNP Paribas avait également relayé cette fake news avant de revenir sur sa déclaration et de présenter ses excuses.

Un trafic d’enfants dans une pizzeria, Hillary Clinton complice :

L’affaire appelée le « Pizzagate » est partie des partisans de Donald Trump qui ont partagé sur Reddit, Twitter et d’obscurs sites d’extrême droite comme « The Vigilant Citizen », de fausses informations selon lesquelles l’ancien directeur de campagne de Clinton, John Podesta, ferait partie d’un réseau pédophile qui utiliserait une pizzeria de Washington comme quartier général. Hillary Clinton serait complice.  Cette théorie du complot a émergé sur internet en novembre 2016. En réaction, un homme de Caroline du Nord a voyagé jusqu’à la pizzeria pour enquêter sur la conspiration et a tiré au fusil d’assaut à l’intérieur du restaurant. Le propriétaire du restaurant et les employés ont également reçu des menaces de mort venant de conspirationnistes. Cette fausse information a rapidement été réfutée par les services de police et les médias américains.

Les Martiens débarquent sur terre :

Cette fausse nouvelle est sans doute l’une des plus frappantes et des plus spectaculaires. Le 30 octobre 1938, le réalisateur, auteur et producteur Orson Welles travaillait sur la station de radio américaine CBS. Dans les années 30, la radio était le média le plus puissant et le plus écouté aux USA car la télévision n’en était qu’à ses balbutiements. Orson Welles annonçait alors que les Martiens avaient débarqué dans le New Jersey ! S’ensuivit une panique et un grand nombre d’auditeurs s’enfuirent de New York par la route, persuadés que l’armée martienne avait envahi la Terre ! En fait, il s’agissait d’une adaptation radiophonique du roman « La Guerre des Mondes » de H.G Wells par la troupe de théâtre d’Orson Welles, le Mercury Theatre relatant effectivement une invasion extraterrestre de notre planète.

Le charnier de 4000 morts de Timisoara :

A la veille de Noël, alors que le dictateur Nicolae Ceausescu est arrêté après une semaine de manifestations, le public occidental découvre avec horreur des corps, certains mutilés, attribués aux exactions de la Securitate (police politique roumaine). Les images tournent en boucle sur les chaînes de télévision et à la Une de la presse étrangère, dont les envoyés spéciaux sont arrivés par dizaines dans le pays jusqu’alors fermé au monde par le régime. C’est dans le cimetière des indigents de Timisoara qu’ils ont découvert ces dépouilles alignées au sol, présentées comme la preuve de la répression sanglante du soulèvement. La révolution roumaine a fait un millier de morts dans le pays, dont une centaine à Timisoara. Mais à la fin de l’année 1989, le chiffre de 4 630 victimes pour la seule ville de Timisoara est repris par la presse internationale qui évoque aussi l’existence de multiples charniers. Il faudra attendre le mois de janvier pour que le bilan se précise et que la supercherie du cimetière soit mise au jour : les cadavres étaient ceux de personnes mortes avant les événements, puis sortis de terre.

Les centrales à charbon allemandes responsables de la pollution en France :

Des observateurs ont accusé l’Allemagne d’être à l’origine de la pollution de ces dernières semaines en France. Une affirmation largement démentie par les faits. De nombreux médias français accusèrent les émissions polluantes des centrales à charbon allemandes d’être responsables des pics de pollution en France. L’Allemagne avait, alors, fait le choix d’abandonner son programme nucléaire et de rouvrir ses centrales à charbon… pourtant extrêmement polluantes. Cette grave pollution vient de l’émission massive de particules très toxiques, en particulier pour notre système respiratoire. Ces inconvénients majeurs de l’utilisation du charbon rendaient d’autant plus cohérentes les accusations médiatiques contre la pollution en provenance d’Allemagne.  Or comme a révélé « Le Monde », cette information était fausse. En effet, l’augmentation du pic de pollution en Ile-de-France, pourtant accréditée par de nombreux experts, avait une origine locale. Cette rumeur était issue du site « Les Econoclastes » puis avait été reprise sans vérification par de nombreux médias et « experts ».

Les bébés massacrés par l’armée de Saddam Hussein :

En 1990, les troupes du président irakien Saddam Hussein s’emparent du Koweït. Le 10 octobre de cette même année, une adolescente koweïtienne se présentait à la tribune du Congrès américain à Washington (USA), des trémolos dans la voix et des larmes pleins les yeux, pour raconter une histoire qui horrifia les membres présents. Ces images, relayées par les médias, scandalisèrent les populations du monde entier. Cette nouvelle horrible précipita l’intervention américaine en Irak déjà prévue par le président des États-Unis George W. Bush (sans doute une « coïncidence » !). Cette jeune fille, du nom de Nayirah, jurait avoir vu, de ses yeux, les soldats irakiens pénétrer dans la maternité de Koweït City, la capitale de cet émirat. Puis, ils auraient arraché les bébés de leurs couveuses pour les laisser mourir sur le sol ! En fait, cette Koweïtienne « apeurée » était la fille de l’ambassadeur du Koweït aux États-Unis et son récit n’était qu’un mensonge ! Comme le rappelle « Le Point », cette manipulation, organisée par les gouvernements américain et koweïtien, fit basculer l’opinion américaine en faveur d’une intervention des soldats américains en Irak ! La Guerre du Golfe s’ensuivit en janvier 1991 pour apporter la « démocratie » en Irak qui vit, depuis, un chaos permanent. Une fois de plus, les médias du monde entier diffusèrent cette fausse nouvelle sans prendre la peine de la vérifier.

Les armes de destruction massive de l’Irak :

En 2003, Washington et Londres avaient affirmé que l’Irak de Saddam Hussein détenait clandestinement d’importants stocks d’armes de destruction massive.  Et sans attendre le résultat d’une enquête de l’ONU, ils avaient lancé une très longue guerre en Irak. Mais les preuves étaient fausses.

La France n’est pas épargnée par le phénomène

 Le Pacte de Marrakech pour envahir l’Europe de migrants :

Elle vient de la droite extrême et s’est répandue en France via les pages Facebook de certains gilets jaunes. Ce texte de l’ONU, signé par Emmanuel Macron lors d’une conférence intergouvernementale à Marrakech, est non contraignant mais l’extrême droite le présente comme le préambule à une « submersion » migratoire. Il contient des propositions pour aider les pays à faire face à l’immigration (avec par exemple des propositions pour des échanges d’expertises ou d’informations, ou encore l’intégration des migrants). Maxime Nicolle, dans un échange vidéo avec Eric Drouet, figures emblématiques des gilets jaunes déclare alors : « L’ONU, ils veulent signer un pacte pour accueillir 480 millions de migrants sur huit pays différents ». La graine est alors plantée.

L’arabe est obligatoire à l’école :

Ici aussi l’histoire part d’un décret. Celui-ci portait sur l’enseignement de la langue arabe dans les écoles élémentaires en France. Sur les réseaux sociaux, cette information a été mêlée à des interprétations identitaires et à des publications parodiques au point d’être parfois transformée, laissant croire à l’instauration d’un cours d’arabe obligatoire à l’école. Ce n’était pas le cas. Le texte indiquait explicitement que cet enseignement, qui entre dans le cadre d’activités complémentaires mises en place à hauteur d’1h30 par semaine, était « facultatif ». Il n’a donc aucun caractère obligatoire. Pourtant, la fake news a été largement reprise dans les sphères d’extrême-droite, ainsi que par Les Républicains, à travers Xavier Bertrand.

Des roms en camionnette blanche enlèvent des enfants :

Une vingtaine d’individus ont agressé des membres de la communauté rom  après la diffusion de fausses rumeurs d’enlèvements de femmes et enfants. Pendant plusieurs semaines, la rumeur a semé la panique en Ile-de-France : des enfants et des jeunes femmes de la région seraient kidnappés par des individus bulgares ou roms, à bord d’une camionnette, la plupart du temps blanche. La fake news est démentie à maintes reprises par la police et les élus locaux. Malgré cela, cette fausse information a été largement relayée sur les réseaux sociaux (Snapchat, Twitter et Facebook) dans les départements des Hauts-de-Seine, de Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne, du Val d’Oise, et des Yvelines. A tel point que 19 personnes ont été placées en garde à vue pour des faits de violences volontaires, dégradations par incendie et participation avec arme à un attroupement.

La masturbation obligatoire à l’école :

Une rumeur absurde, et le net s’enflamme. La fake news selon laquelle l’Education nationale s’apprêtait à enseigner différentes pratiques sexuelles aux élèves français, dès l’âge de 4 ans a été partagée en masse. Tout a commencé lorsque Marlène Schiappa, la secrétaire d’État à l’égalité entre les femmes et les hommes, a annoncé qu’elle comptait envoyer une circulaire à tous les recteurs de France pour renforcer l’éducation sexuelle à l’école. Cette loi de 2001, peu connue a laissé le champ libre aux interprétations les plus farfelues. Résultat : certains profitent des peurs des parents pour propager des fake news. C’est le cas de la page Facebook « Roubaix news », qui a publié des photos de documents censés émaner de l’Education nationale. Ceux-ci mentionnaient, entre autres, à côté d’une case « 5 ans », l’objectif « faire l’expérience des premières amitiés sincères et relations amoureuses avec des êtres du même sexe ou de l’autre sexe ». En à peine une journée, le post a été partagé des dizaines de milliers de fois. Ces pages (dont le sens a été largement détourné), provenaient en réalité d’un dossier publié en 2008 à destination des enseignants suisses. De plus, les thématiques abordées sont notamment celles de l’intimité, des différences morphologiques, de la reproduction et de l’égalité entre les filles et les garçons. Les cours sont assurés par les professeurs et sont inclus dans les programmes.

La France n’a plus de Constitution :

« Tout le gouvernement est illégal car la France n’a plus de Constitution. » La rumeur, née en 2016, postule que notre pays serait devenu, dans le plus grand secret, une dictature, a circulé sur les réseaux sociaux et a connu une nouvelle vie au sein du mouvement des « gilets jaunes ». Sur YouTube, plusieurs vidéos affichant plus de deux cent mille partages énoncent la même théorie. Il s’agit en fait d’une analyse juridique assez fumeuse, qui prend pour source un décret controversé signé par Manuel Valls, alors premier ministre. Ce décret instituait une inspection générale de la justice, sous tutelle du ministère et chargée d’apprécier « l’activité, le fonctionnement et la performance des juridictions ». Puisqu’il consacre une incursion du pouvoir exécutif dans le domaine du judiciaire, il aboutirait donc à la fin de la séparation des pouvoirs. Partant de là les propagateurs de cette fausse information estiment que la Constitution de la 5ème République, qui prévoit cette séparation, a ipso facto cessé d’exister. Ce qui ne tient pas la route ? La Constitution est un texte fondamental, supérieur aux lois et décrets, qui ne peuvent donc pas la modifier, mais doivent au contraire se conformer à son esprit. D’ailleurs, le Conseil d’Etat, a annulé le décret en question en mars 2018, au motif qu’il ne respectait pas l’indépendance de la Cour de cassation.

Pour éviter les fake news, la première chose est de croiser ses informations et surtout de prendre du recul et d’analyser ce qui nous est présenté. De plus, il ne faut pas oublier que les réseaux sociaux ne sont pas parole d’évangile et que certaines personnes sans scrupules, n’hésitent pas à déformer ou détourner des informations à des fins personnelles ou pour appuyer des théories loufoques !

« Se demander si les choses sont vraies avant de se demander ce que nous en pensons est un exercice qui finit par paraître ingénu, tant il est passé de mode » Alessandro Baricco (écrivain, musicologue et homme de théâtre italien)

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