Posted on: 15 janvier 2021 Posted by: manonquenehen Comments: 0

Depuis 2013, les troupes françaises sont présentes sur le territoire malien. Des soldats se font tuer régulièrement sur place. Explications de la présence française et des conflits en cours, sur place.

 En résumé

La guerre du Mali est un conflit armé qui a commencé en 2012, à la suite d’une insurrection de groupes salafistes, djihadistes et indépendantistes pro-Azawad. Elle s’inscrit dans le contexte de la guerre du Sahel et des rébellions touarègues contre l’État malien. Le conflit était alors une des conséquences de la guerre civile libyenne : après le renversement du régime de Kadhafi, des arsenaux militaires ont été pillés par des groupes armés, tandis que des mercenaires touaregs au service de la Jamahiriya arabe libyenne ont fui vers le Sahara pour rejoindre des mouvements rebelles avec armes et bagages.

Le 17 janvier 2012, les rebelles touaregs du MNLA (indépendantiste) et d’Ansar Dine (salafiste) déclenchent la cinquième rébellion touarègue contre le Mali, rejoints ensuite par les djihadistes d’AQMI et du MUJAO, ils prennent Aguel’hoc, Ménaka et Tessalit. À la suite de ces défaites, une partie de l’armée malienne tente un coup d’État qui va provoquer des affrontements entre « bérets verts » et « bérets rouges » et désorganiser les opérations au Nord. Les rebelles profitent alors de cette situation pour s’emparer de Kidal, Tombouctou et Gao. Le 6 avril, le MNLA annonce la fin de son offensive et proclame l’indépendance de l’Azawad. Les combats ont alors déjà totalisé des centaines de morts et des centaines de milliers de réfugiés.

Par la suite, les groupes armés se déchirent à leur tour. Les divergences entre le MNLA et Ansar Dine brisent leur alliance et en juin, les indépendantistes sont chassés de Gao par le MUJAO et AQMI et doivent abandonner Tombouctou. En novembre, le MNLA tente une contre-attaque, mais il est repoussé près d’Ansongo, puis il perd le contrôle de Ménaka.

Fin 2012, les négociations échouent et en janvier 2013, les djihadistes lancent une offensive sur Ségou et Mopti, dans le centre du Mali. Cette attaque provoque l’entrée en guerre de la France, avec le lancement de l’opération Serval, ainsi que de plusieurs pays africains de la CEDEAO dans le cadre de la MISMA. En quelques jours, les islamistes sont repoussés à Konna et Diabaly, puis les villes de Gao et de Tombouctou sont reprises. Les forces djihadistes en déroute abandonnent les villes, dont certaines comme Kidal sont reprises par le MNLA, et se retranchent dans l’Adrar Tigharghar, situé dans l’Adrar des Ifoghas. En mars, Tigharghar, la principale base djihadiste au Mali, est conquise au terme d’une offensive franco-tchadienne.

De nombreux combattants islamistes décident alors de déserter, changer de camp ou fuir à l’étranger. D’autres, en revanche, poursuivent la guérilla, posent des mines et mènent des attentats. Des affrontements ponctuels opposent également le gouvernement malien aux indépendantistes, qui refusent la venue de l’armée malienne dans la région de Kidal. Le 18 juin 2013, après deux semaines de négociations, le gouvernement de transition malien et les rebelles du MNLA, du HCUA et du MAA signent un accord de cessez-le-feu qui permet le retour des autorités maliennes à Kidal et la tenue de l’élection présidentielle le 28 juillet 2013 dans le nord du pays.

De son côté, l’ONU prend le relais de la MISMA et met en place la MINUSMA, tandis que l’Union européenne engage la mission de formation de l’Union européenne au Mali.

Les différentes opérations françaises au Mali

Au cours de l’année 2019, les troupes françaises de la force Barkhane poursuivent leurs opérations et remportent quelques succès tactiques dans la région de Mopti et la région de Tombouctou.

Entre le 4 et le 9 janvier, une vingtaine de djihadistes sont tués ou faits prisonniers lors d’une opération dans la forêt de Serma, près de la ville de Boni.

Le 10 janvier, une quinzaine d’autres sont tués dans des frappes aériennes françaises près de Dialloubé.

Le 13 février, les frappes de deux Mirage dans la forêt de Garamoukaw, près du village de Kofel, dans la commune de Dialloubé, infligent à nouveau des pertes.

Le 21 février, les forces françaises interceptent trois véhicules au nord de Tombouctou et tuent onze djihadistes, dont Djamel Okacha (numéro deux du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) et Abou Iyadh (fondateur du groupe djihadiste tunisien Ansar al-Charia).

Le 23 février, une quinzaine d’hommes de la katiba Macina sont tués par une frappe aérienne française près de Dialloubé. Début avril, estimant que la situation est stabilisée dans la région de Ménaka, l’armée française redéploie une partie de ses forces dans le Gourma, au sud du fleuve Niger et établit un nouveau camp à Gossi.

Du 25 mars au 11 avril, 700 soldats français et 150 soldats maliens ratissent les forêts de Foulsaré et Serma, tuant ou capturant une trentaine de djihadistes. Un officier français est cependant tué par un engin explosif au cours de l’opération.

Lors d’une attaque française menée dans la forêt d’Azambara les 13 et 14 juin, 18 djihadistes de État islamique dans le Grand Sahara sont tués et cinq autres faits prisonniers, dans le cadre de l’Opération Aconit.

Le 17 juillet, l’État islamique perd encore une dizaine d’hommes dans une opération française après une embuscade contre l’armée malienne près du village de Fafa, au sud d’Ansongo.

Du 1er au 17 novembre, les Français et les forces du G5 Sahel mènent une opération dans les régions de Boulikessi, Déou et Boula, au Mali et au Burkina Faso, où 24 djihadistes sont tués ou faits prisonniers.

Le 25 novembre, lors d’une opération dans la région de Ménaka, un hélicoptère Tigre entre accidentellement en collision avec un hélicoptère Cougar, provoquant la mort de 13 soldats français.

Dans la nuit du 14 au 15 décembre, des hélicoptères abattent une dizaine d’hommes de l’État Islamique dans la région de Ménaka.

Dans la nuit du 20 au 21 décembre, les forces françaises tuent 40 djihadistes lors d’une opération contre un campement de la katiba Macina dans la forêt de Wagadou.

Les affrontements entre l’armée malienne et les rebelles touaregs et arabes reprennent en mai 2014. Les Maliens sont vaincus à Kidal et chassés de la ville par les rebelles, qui reprennent le contrôle de la quasi-totalité de la région de Kidal et de la plus grande partie de la région de Gao.

Rassemblées au sein d’une alliance appelée la Plateforme des mouvements du 14 juin 2014 d’Alger, des milices loyalistes passent alors à l’offensive contre les rebelles, désormais regroupés au sein de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA).

Après plusieurs mois de combats, un accord de paix, l’Accord d’Alger, est conclu et signé le 15 mai et le 20 juin 2015. Cependant, les djihadistes poursuivent leurs attaques, les accords de paix sont violés à de nombreuses reprises et des violences ethniques prennent de plus en plus d’ampleur.

Pourquoi la France est-elle toujours présente au Mali malgré le cessez-le-feu ?

Le 11 janvier 2013, François Hollande annonçait que la France allait envoyer son armée au Mali pour faire « face à l’agression terroriste qui menace toute l’Afrique de l’Ouest ».

Si la crainte immédiate de la prise de Bamako par les djihadistes et l’instauration d’un État islamique au Sahel sont désormais écartées, la situation s’enlise quelque peu. La France n’arrive pas à passer la main à l’armée malienne pour sécuriser le pays. L’incapacité de l’État à endiguer la violence djihadiste a entrainé des réponses de la part de milices d’autodéfense. Dans un pays où la misère et le chômage règnent, les djihadistes n’ont pas de mal à recruter parmi les plus déshérités. Les attentats contre les forces militaires en présence se multiplient.

« Sans la France, ce serait bien pire » : c’est en substance l’argument avancé par l’armée et par le chef de l’État. Dans cette région grande comme l’Europe, l’objectif est évidemment de contenir la menace, d’affaiblir l’ennemi, de renforcer les autorités locales. L’armée dit obtenir des progrès en ce sens, le but demeure donc inchangé malgré ce drame. L’objectif consiste en effet à lutter là-bas au Sahel pour éviter des attentats sur le sol français.

Quelles sont les pertes dans les rangs français ?

Au 9 janvier 2021, les pertes totales s’élevaient à 55 militaires (54 hommes et 1 femme), dont 8 officiers, 2 officiers mariniers, 18 sous-officiers et 27 militaires du rang. Toutes ces vies perdues dans un conflit que peu de français comprennent.

Que va-t-il se passer dans les mois et années à venir ?

La France est dans un déni total face aux réalités sahéliennes. La Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et de l’armée française est fascinée par les groupes armés touaregs qui prétendaient être disposés à lutter contre les groupes dits djihadistes en échange d’un soutien en faveur de l’indépendance de l’Azawad. Le problème majeur est que l’offensive militaire contre l’armée malienne en 2012 avait été lancée par le MNLA et que c’est le ralliement des groupes dits djihadistes à cette offensive – en particulier Ansar Dine d’Iyad Ag Ghali – qui a provoqué la déroute totale de l’armée malienne. Comment la France pouvait donc prétendre sauver l’intégrité territoriale du Mali en affichant une proximité avec le MNLA, ennemi de l’État malien ?

De plus, la transformation de l’opération « Serval » en opération « Barkhane » afin de lutter contre le terrorisme dans le Sahel a compliqué les relations et interventions sur place. En effet, une présence militaire étrangère durable finit toujours par être considérée comme une armée d’occupation. Pour entériner cette situation plus que bancale, la France apparait comme un soutien indéfectible du régime d’Ibrahim Boubacar Keïta, de plus en plus rejeté par la population pour cause de corruption et d’incurie généralisées. Aux dernières nouvelles, la présidence française a récemment déclaré ne plus s’opposer à des négociations entre ses partenaires sahéliens et certains groupes djihadistes, refusant néanmoins catégoriquement de discuter avec les chefs d’Al-Qaïda ou de l’État islamique. « Avec les terroristes, on ne discute pas. On combat », avait tranché Emmanuel Macron.

La France, une fois de plus, prend des décisions dans sa politique extérieure qui a des conséquences humaines graves, sans réellement savoir où elle va et comment elle y va. Peut-être n’apprenons-nous pas assez de nos erreurs passées…

« En regardant la terre de loin, vous réalisez qu’elle est trop petite pour qu’il y ait un conflit et juste assez grande pour une coopération » Youri Gagarine (premier homme à avoir effectué un vol dans l’espace)

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