Posted on: 20 janvier 2021 Posted by: manonquenehen Comments: 0

Depuis plusieurs mois, les étudiants doivent s’adapter aux exigences sanitaires engendrées par la Covid-19. Entre désarroi et solitude, zoom sur cette génération sacrifiée au nom des mesures sanitaires.

Quels sont les chiffres ?

Les derniers chiffres du baromètre* sur la santé mentale des étudiants pendant le confinement :

– 46% des étudiants estiment que le confinement est risqué pour leur santé mentale

– 56% ont des troubles du sommeil depuis le début de la crise du Covid-19

– 72% déclarent se sentir déprimés et avoir quelques coups de blues

– 33% ont enfreint les règles du confinement ou envisagent de le faire pour préserver leur équilibre psychologique

– Une part non négligeable des jeunes consomme de l’alcool (18%) et fume (14%) plus qu’à l’accoutumée

(*Echantillon de 632 personnes âgées de 18 ans à 30 ans, membres de la communauté #MoiJeune.  L’échantillon a été constitué́ selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d’âge, du statut d’activité, de catégorie d’agglomération et de région de résidence).

Un étudiant en médecine à la faculté de Nancy a été retrouvé mort le 4 octobre 2020. Au mois de novembre, deux étudiants se sont tués, à Nice et à Montpellier. Des drames venus rappeler ceux survenus plus tôt dans l’année à Montpellier et à La Rochelle.

Mardi 12 janvier dernier, une étudiante lyonnaise a menacé de se défenestrer, avant d’être rapidement prise en charge, quelques jours après la tentative de suicide d’un autre étudiant à Villeurbanne (métropole de Lyon). Ce dernier s’est jeté de la fenêtre de sa chambre universitaire. Les circonstances de son geste n’ont pas été communiquées. Le jeune homme est, depuis, entre la vie et la mort.

De nombreux facteurs réunis pour arriver à une détresse sans précédent

Le confinement est un facteur d’ennui, d’inquiétude et de stress face à l’inconnu de la situation ayant une incidence sur le moral des étudiants. Un grand nombre se retrouve en situation précaire : logement exiguë, solitude, éloignement de la famille, manque de ressources financières…

La perte de contact avec les amis et les proches et l’obligation de faire une croix sur ses libertés ont introduit un nouveau rapport au quotidien pour les étudiants. A cet isolement s’ajoute une angoisse permanente nourrie par la crainte de contracter le virus.

Les étudiants, dont les cours se maintiennent à distance, font face à de nombreuses contraintes telles que les problèmes d’équipements numériques ou encore le flou concernant leurs perspectives d’avenir (stage, validation de leur année, tenue de leurs examens ou concours…).

Les laissés pour compte de cette crise sanitaire…

Le mal-être des étudiants est préoccupant, mais le gouvernement semble trop occupé à gérer la campagne de vaccination pour regarder de près la situation. Le syndicat étudiant de l’ENS Lyon s’est d’ailleurs adressé au gouvernement à travers un tweet : « Il faut d’urgence agir pour le bien-être des étudiant(e)s. Cela ne peut durer, des vies sont en jeu : RÉAGISSEZ ».

Léa, étudiante, témoigne : « J’avais un job de serveuse, pour ne pas être un poids pour ma famille. Au premier confinement, tout s’est arrêté ». Boursière, elle a récemment bénéficié d’une aide de 150 euros, toutefois insuffisante. Pour payer son loyer et « privilégier l’achat de livres scolaires », elle avoue ne manger parfois « qu’une seule fois par jour ». Après avoir « bien tenue plusieurs mois », la jeune femme s’est finalement vue « diagnostiquer une dépression » avant de « presque tout lâcher » au cours de l’hiver.

Les étudiants partagent leur détresse sur les réseaux sociaux avec le hashtag #EtudiantsFantômes

Plus de 70 000 tweets ont été postés avec le hashtag #EtudiantsFantômes. Ce sont des messages de témoignages et d’appels à l’aide pour la plupart. « J’ai décroché la fac depuis novembre, car je n’arrive pas à suivre le même rythme type présentiel mais seule chez moi, avec des accès parcellaires aux BU. Le moindre essai de travail universitaire me provoque des crises de panique. Je fais partie des #EtudiantsFantomes », explique ainsi Marlène. « Je vais commencer un second semestre avec une administration qui ne répond ni au mail, ni au téléphone. Sans savoir comment se passeront exactement les cours, puis les examens. En voyant mes camarades tomber un à un », a également écrit une autre étudiante sur le réseau social. Un étudiant partage également ses problématiques : « Merci pour ce compte qui nous fait sentir moins seul. Je suis en situation de détresse, je ne fais que pleurer depuis trois jours. Depuis des mois, je vois que je vais mal : je ne bouge plus de chez moi, je n’ai aucune force physique, je mange tous les jours le même repas, j’ai beaucoup de mal à me concentrer, même regarder la télévision c’est compliqué. Je mettais tout ça sur le compte de la flemme puisque rester chez soi depuis presque un an, ça entraîne une routine et la flemme ».

Quelles sont les réactions du gouvernement ?

Le malaise des jeunes face à la crise et des étudiants en particulier a été au cœur d’un débat à l’Assemblée nationale où la députée de La Réunion Karine Lebon (GDR) a interpellé la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal : « Les étudiants sont les grands oubliés de la crise sanitaire, alors qu’ils doivent étudier dans une solitude inouïe surtout lorsqu’ils viennent des Outre-mer », a d’abord rappelé la députée qui a ajouté que « plus de 50 % des étudiants [étaient] inquiets pour leur santé mentale et selon une étude de la Fage menée avec Ipsos, 23 % des étudiants ont eu des pensées suicidaires ». Pour répondre à cette urgence, le gouvernement a annoncé la création d’un chèque psychologique. Le but de ce dispositif est de permettre aux étudiants de pouvoir consulter des psychologues libéraux. Des précisions seront apportées la semaine prochaine. Une mesure qui paraît bien dérisoire face à la situation plus que critique. Heïdi Soupault, étudiante à Sciences Po Strasbourg, évoquait dans une lettre au président largement médiatisée son « impression d’être morte » et de n’avoir « plus de rêves ». Emmanuel Macron lui a répondu vendredi qu’« il va falloir encore tenir quelques semaines ». « Cette épidémie vous vole beaucoup », a-t-il reconnu dans ce courrier. « C’est dur d’avoir 20 ans en 2020 : ce n’était pas une simple formule ».

Un malaise qui se développe telle une gangrène dans le monde étudiant. Bien qu’il faille l’admettre, ce mal-être chez les jeunes en formation ou en début de carrière existe depuis de nombreuses années. En effet, la situation de l’emploi en France est critique et ce constat a pu être effectué bien avant l’apparition de la Covid-19. Les étudiants sont poussés vers des études longues, aiguillés dans des voies de garage qui ne leur permettent pas de trouver un emploi à la hauteur de leurs exigences. Les organismes d’orientation sont dépassés et obsolètes, les agences d’emplois sont hors réalité et incapables de fournir l’aide nécessaire pour les personnes diplômées. De plus, Parcoursup avait déjà creusé les inégalités et injustices entre les étudiants. Un bien triste constat qui ne risque pas de s’arranger en abandonnant les étudiants à leur sort. Il serait temps que le gouvernement pense à l’avenir du pays et de ses compétences humaines et intellectuelles !

« Ça coûte vachement cher les études ! Et pourtant, moi je faisais gaffe. J’étais un de ceux qui étudiait le moins » Coluche (comédien)

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