Posted on: 28 janvier 2021 Posted by: manonquenehen Comments: 0

Yannick Bestaven a franchi, jeudi 28 janvier au petit matin, la ligne d’arrivée aux Sables-d’Olonne après 80 jours, 13 heures, 59 minutes et 46 secondes en course. Le skipper Maître Coq IV l’emporte, grâce aux 10h15 de compensation dont il bénéficiait pour avoir participé au sauvetage de Kevin Escoffier.

Qu’est-ce que le Vendée Globe ?

Le Vendée Globe est une course à la voile, autour du monde, en solitaire, sans escale et sans assistance, sur des voiliers monocoques 60 pieds IMOCA. Cette course française réputée se déroule tous les quatre ans depuis la 2ème édition. Le départ a lieu au mois de novembre aux Sables-d’Olonne en Vendée (France) et le retour a lieu au même endroit, en général vers la fin du mois de janvier pour les premiers. D’après une idée originale de Titouan Lamazou, elle a été créée par le navigateur Philippe Jeantot, avec l’aide de Philippe de Villiers. La première édition a eu lieu en 1989.

Pour l’anecdote, un seul marin (Michel Desjoyeaux), a réussi à gagner la course deux fois, en 2001 et 2009. Un bateau a également gagné deux fois PRB 3 en 2001 avec Michel Desjoyeaux et en 2005 avec Vincent Riou. Le record de la circumnavigation la plus rapide dans cette épreuve est détenu par Armel Le Cléac’h3, vainqueur de l’édition 2016-2017 en 74 jours, 3 heures, 35 minutes et 46 secondes.

Comment s’explique cet engouement des français pour la voile en solitaire ?

Le Vendée Globe a été créé en 1989 à l’initiative de Philippe Jeantot, avec le soutien de Philippe de Villiers, président du Conseil général de la Vendée. Cette course au large est inspirée du Golden Globe Challenge de 1968 et du BOC Challenge (depuis 1973) auquel participa Philippe Jeantot.

La course à la voile répond à un engouement particulier en France à partir des années 1960 (Tabarly, Moitessier), autour de l’exploit solitaire et de la « voile spectacle », avec des bateaux open, de très grandes tailles, coûteux et construits spécialement pour ces courses. Ce type d’événement sportif est plus adapté à la médiatisation et au sponsoring en France, au contraire des courses internationales les plus célèbres.

Au fil des années, l’implication de l’industrie nautique française devient de plus en plus importante, suivie d’importants financements par les sponsors (banques, assurances, industries alimentaires…). Le Vendée Globe représente ainsi d’énormes enjeux économiques pour la région, l’industrie nautique (soit 6 à 10 % de l’industrie vendéenne), le port et la ville des Sables d’Olonne (attractivité et tourisme).

Boudé par les participants d’autres nations, le Vendée Globe reste la course la plus médiatisée en France, où elle apparaît comme l’évènement majeur de la voile sportive, auprès des passionnés de voile et du grand public. Les retombées médiatiques sont ainsi analysées comme importantes et bénéfiques pour les principaux sponsors, qui investissent de 2 à 4 millions d’euros pour chaque participant (budget sur 3 ans, pour le bateau, l’équipe et la communication). Le Vendée Globe est ainsi très populaire en France et véhicule des valeurs jugées positives, se démarquant d’autres compétitions de voile telles que la Coupe de l’America ou la voile olympique) ignorées des Français. Le Vendée Globe est ainsi suivi par des milliers de journalistes et donne lieu en France à des centaines d’heures de télévision et radio, et des milliers d’articles dans la presse. Étant la seule course à la voile autour du monde en solitaire et sans escale, le Vendée Globe est parfois décrit dans les médias français comme « L’Everest des mers ». 

L’impact technique du Vendée Globe est plus difficile à analyser. Mais l’implication des architectes et de l’industrie nautique française dans la conception de bateaux destinés à la course autour du monde a créé un indéniable savoir-faire technique pour les classes open.

Un Vendée Globe qui a manqué de disparaître

En 2004, la société de Philippe Jeantot est placée en liquidation judiciaire. Le Vendée globe est menacé. Mais c’était sans compter sur les Vendéens, qui, emmenés par Philippe de Villiers, se sont battus pour sa survie et sont d’ailleurs parvenus à éviter un arrêt de la course. Depuis, la course est gérée par une SEM, dont le capital est majoritairement contrôlé par le département, auquel sont associées les principales entreprises vendéennes, la ville des Sables-d’Olonne, le Conseil régional et la Chambre de Commerce et d’Industrie.

Les évènements marquants de cette course mythique

Parmi les plus grands évènements du Vendée Globe, voici ceux qui auraient facilement pu tourner au drame.

Le 25 décembre 1996, a eu lieu le naufrage de Raphaël Dinelli. Il chavire et perd le mât de son voilier dans l’Océan Indien, au Sud de l’Australie. Le bateau, abîmé, se remplit progressivement d’eau et commence à couler. Raphaël Dinelli, debout sur le pont de son bateau, lutte 36 heures durant dans une eau à 3 degrés. L’anglais Pete Goss, concurrent le plus proche, se déroute et navigue contre le vent dans une mer épouvantable avant de récupérer Raphaël Dinelli le 27 décembre.

Le dimanche 5 janvier 1997, Thierry Dubois et Tony Bullimore chavirent également alors qu’ils naviguent à 2 500 kilomètres au Sud de l’Australie, dans une mer tempétueuse et des nœuds de vent de 65 à 70. La goélette Exide Challenger chavire et reste à l’envers ; son skipper, Tony Bullimore, actionne le signal de détresse de sa balise Argos et trouve refuge dans une poche d’air de son bateau, sans lumière ni vivres. Thierry Dubois, hors-course à la suite d’un arrêt technique en Afrique du Sud 15 jours auparavant, chavire également et démâte, mais le bateau parvient à se redresser. Il va alors actionner sa balise en position « alerte ». Ce n’est que le lundi 6 janvier qu’Amnesty International est retourné par une vague et demeure à l’envers. Thierry Dubois sort de son bateau et est repéré par un avion de la marine australienne qui lui largue un radeau de survie, le sien n’ayant pas fonctionné. Le bateau de Bullimore est également repéré, sans signe de vie. Les deux navigateurs sont secourus le 9 janvier par la frégate Adelaïde qui va les ramener à Fremantle.

Le 7 janvier 1997, le voilier de Gerry Roufs disparaît des radars. Sa balise, alors deuxième derrière Christophe Auguin, cesse d’émettre. Une terrible tempête fait rage sur le Pacifique. Le dernier message de Gerry témoigne de la violence des éléments : « Les vagues ne sont plus des vagues, elles sont hautes comme les Alpes ». Isabelle Autissier, hors-course après avoir été contrainte à faire escale au Cap pour réparer son safran endommagé, navigue dans la même zone. Les deux navigateurs échangent des messages de soutien, jusqu’à ce que Gerry Roufs cesse de répondre : « C’est la guerre… Mer énorme… Gerry introuvable… Je crains un chavirage pour Gerry… ». Isabelle Autissier entame des recherches sur zone et son bateau chavire à plusieurs reprises dans des vents atteignant 80 nœuds. Affaiblie, elle doit se résoudre à reprendre sa route après y avoir été autorisée par la direction de la course. Cette décision lui sera reprochée par l’organisateur de cette dernière, Philippe Jeantot. Des cargos sont déroutés et Marc Thiercelin et Hervé Laurent quadrillent eux aussi la zone, sans succès. La coque retournée de Groupe LG 2 est retrouvée le 16 juillet 1997 et formellement identifiée le 29 août au large du Chili. Des morceaux de l’épave du voilier ont été retrouvés sur l’île Atalaya, située au sud du Chili. Le corps de Gerry Roufs ne sera jamais retrouvé.

Retour sur les moments marquants de la course de cette année

Le demi-tour et le second départ de Didac Costa

Quelques heures après le départ de la course, Didac Costa a été contraint de faire demi-tour vers les Sables d’Olonne en raison de l’inondation du compartiment moteur de son bateau. Comme le règlement le lui permet, le marin espagnol s’est fait assister, notamment par les pompiers du port vendéen. Didac Costa a ensuite repris la mer quatre jours après le départ officiel.

L’abandon de Tanguy de Lamotte

Le 28 novembre, le skipper français est le premier marin à officiellement abandonner la course après une longue remontée depuis le Cap-Vert. Mais au large des Sables d’Olonne, de Lamotte effectue de curieuses manœuvres en mer. On finit par comprendre : il dessine un cœur en hommage à son sponsor, Initiatives cœur. Beau geste du coureur.

La descente folle dans l’Hémisphère Sud

C’est le jour où l’expression « Formule 1 des mers » a pris tout son sens. Le 24 novembre, Alex Thomson a franchi le cap de Bonne-Espérance, synonyme de passage de l’Océan Atlantique à l’Océan Indien. Le Gallois pulvérise ainsi de cinq jours le record établi quatre ans auparavant par Armel Le Cléac’h.

Le sauvetage de Kito de Pavant

Le 6 décembre dernier l’inquiétude a plané sur le Vendée Globe. En effet, Kito de Pavant a signalé une voie d’eau sur son bateau. Le skipper a  alors rapidement envoyé un signal de détresse et a attendu les secours au large des îles Kerguelen. Secouru le lendemain par un navire ravitailleur, le Marion Dufresne, Kito de Pavant s’est vu dans l’obligation d’abandonner son bateau en mer.

La remontée d’Alex Thomson

Alors qu’Armel Le Cléac’h vire avec plus de 700 milles d’avance sur Alex Thomson au Cap Horn, on se dit que le Français va vivre une remontée de l’Atlantique tranquille jusqu’aux Sables d’Olonne. Que nenni ! Malgré un foil de moins, le Gallois bombe et remonte sur Le Cléac’h, pris dans un anticyclone au large de l’Uruguay. La course est alors relancée avant le passage de l’Equateur.

Le sprint final

Cette édition du Vendée Globe aura fait vibrer les amateurs jusqu’au bout. Alex Thomson, s’est offert un record de distance parcourue en 24h avec 994 km laissés derrière son bateau. Le Gallois est ainsi revenu à une trentaine de milles de Le Cléac’h.

L’accident malheureux de Boris Herrmann

En lice pour la victoire, Boris Herrmann a heurté un bateau de pêche. Le skipper allemand de Seaexplorer-Yacht Club de Monaco a heurté un bateau de pêche alors qu’il se trouvait à 160 kilomètres de la ligne d’arrivée aux Sables-d’Olonne. Un accident qui lui aura coûté la victoire, lui qui devait bénéficier d’une compensation horaire de six heures après avoir participé au sauvetage de Kevin Escoffier.

Yannick Bestaven remporte la 9ème édition du Vendée Globe

Un final inédit et haletant

Pour la première fois de l’histoire de la course, le premier à toucher terre n’est pas le gagnant. Le skipper de 48 ans a été déclaré vainqueur de la compétition ce jour avant l’aube malgré son arrivée en troisième place. Les compensations de temps dont il bénéficiait pour avoir participé au sauvetage de Kevin Escoffier ont fait la différence. « J’ai l’impression de vivre un rêve, d’halluciner », a réagi le skipper à son arrivée. Charlie Dalin (Apivia) a été le premier à boucler le tour du monde mercredi à 20h35, suivi de Louis Burton (Bureau Vallée 2) quatre heures plus tard, mais ils terminent respectivement deuxième et troisième du tour du monde en solitaire.

Yannick Bestaven, quant à lui, a franchi la ligne d’arrivée dans une mer agitée à 4 heures 19 minutes et 46 secondes. Il est donc arrivé 7 heures, 53 minutes et 59 secondes derrière Charlie Dalin.

Le sauvetage d’Escoffier octroi la victoire au skippeur

Après le sauvetage de Kevin Escoffier, le jury du Vendée Globe avait décidé qu’une fois la ligne d’arrivée franchie, le temps de course de Yannick Bestaven serait décompté de 10 heures et 15 minutes.

Le 8 novembre dernier, 33 skippers avaient pris le départ. Huit ont abandonné durant cette course, marquée par une météo difficile. Ce Vendée Globe n’aura pas permis de battre le record de 74 jours et 3 heures établi en 2017 par Armel Le Cléac’h. En revanche, cette course restera gravée par le choix de Yannick Bestaven de dérouter son bateau afin de venir en aide à Kevin Escoffier, en perdition dans l’océan Indien. C’est donc avec une émotion particulière que Yannick Bestaven et Kevin Escoffier se sont retrouvés aux Sables-d’Olonne. Une fois le pied à terre, les deux navigateurs se sont enlacés, les larmes aux yeux. « Tu m’as donné les larmes, vraiment. Je suis super content pour toi. Ça, c’était une course de marins, dans le Sud, t’as charbonné », a lâché le skipper PRB. « Ça fait plaisir de te voir », lui a répondu le vainqueur. « On se boit une bière tout à l’heure, plusieurs même ! ». Preuve, s’il en fallait, que le Vendée Globe est avant tout une histoire humaine !

« La compétition sportive est une parabole qui illustre parfaitement la grande course de la vie » Claude Lelouch (réalisateur français)

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