Posted on: 1 février 2021 Posted by: manonquenehen Comments: 0

Depuis plusieurs mois, les relations entre supporters et les membres du club ne sont plus au beau fixe. Jacques-Henri Eyraud est vivement critiqué par la plupart des supporters du club et samedi, la Commanderie a été prise d’assaut par ces derniers, venus montrer leur mécontentement.

Une rage qui ne date pas d’hier

La colère des fans de l’Olympique de Marseille ne surgit pas de nulle part, elle s’explique par une série d’événements depuis 2016, avec le rachat du club par l’Américain Frank McCourt, ainsi que la nomination au poste de président Jacques-Henri Eyraud. Après une période d’un enthousiasme certain, de nombreux supporters ont finalement été déçus par la trajectoire sportive de l’OM. Contrairement à l’objectif affiché par l’actionnaire lors de son arrivée de « concurrencer directement le PSG », le club marseillais n’a en effet réussi à se qualifier pour la Ligue des champions qu’à partir de la saison 2020-2021.

Attachés à la plus prestigieuse des compétitions européennes, dont ils sont les seuls vainqueurs en France à ce jour, les Olympiens ont fait pâle figure. Sur la scène nationale, ce n’est pas mieux ! Un temps à la lutte pour les premières places du championnat, les Marseillais viennent d’essuyer trois défaites consécutives. Privés de stade par la pandémie de Covid-19, les supporters affichent leur colère dans un stade Vélodrome vide.

Hors du terrain, la situation n’est guère plus reluisante. Les médias sportifs se font l’écho d’une brouille entre Florian Thauvin et Dimitri Payet, deux des vedettes de l’équipe, tandis que l’entraîneur André Villas-Boas annonce avec plusieurs mois d’avance son départ à la fin de la saison, laissant entrevoir une fin d’exercice en roue libre. Jacques-Henri Eyraud n’est pas en reste : dans un extrait d’une vidéo-conférence tenue en décembre, il estime préjudiciable pour l’entreprise OM de compter en son sein trop de Marseillais ou de supporters du club. De quoi provoquer l’ire de nombreux supporters à son encontre.

Des banderoles de plus en plus explicites

La réception de Rennes, samedi à 21 heures, a donné aux groupes de supporters marseillais l’occasion d’exprimer leur colère. « Les Parisiens, cassez-vous », « Les Olympiens vous haïssent », « Direction, c’est la fin », ou encore « JHE (Jacques-Henri Eyraud), Marseille te vomit »… De nombreuses banderoles, particulièrement vindicatives, sont également installées sur des ponts autoroutiers, des ronds-points et même sur la Corniche surplombant la Méditerranée.

Un appel à manifester devant la Commanderie

Les supporters décident alors de ne pas en rester là. L’Equipe rapporte que les différents groupes se sont mis d’accord sur le principe d’une manifestation devant le centre d’entraînement du club lors d’une réunion organisée mardi. Le quotidien sportif ajoute que le dirigeant des South Winners, plus important groupe de supporters avec 7 000 adhérents, a ainsi appelé vendredi sur les réseaux sociaux « toutes les personnes concernées par la situation désastreuse » de l’OM à se rendre le lendemain devant le local de son association pour une « grosse surprise » visant à « restituer le club aux Marseillais ».

Les supporters les plus remontés passent à l’action en début d’après-midi. Arrivés en cortège derrière une immense banderole sur laquelle on pouvait lire « Cassez-vous » et portant des drapeaux « Dirigeants dehors », quelques 300 fans se massent devant les grilles du centre d’entraînement de La Commanderie, dans le 12ème arrondissement de Marseille.

Certains des manifestants allument alors pétards, feux d’artifice et fumigènes et les lancent au-delà des murs d’enceinte, provoquant l’incendie de plusieurs arbres. En passant par des champs appartenant à une communauté religieuse, un groupe de plusieurs dizaines de personnes pénètre ensuite dans l’enceinte du centre « y compris dans le bâtiment du groupe professionnel », selon l’OM.

Ils auraient alors dégradé l’intérieur des locaux et lancé des pierres vers le bus des joueurs. Quelques joueurs, accompagnés de l’entraîneur André Villas-Boas, ont tenté de ramener les supporters les plus virulents à la raison, en vain. Le coach marseillais est visé par des bouteilles d’eau et le défenseur Alvaro Gonzalez a même été légèrement touché par un projectile, rapporte L’Equipe. Ce dernier a, par la suite, publié un message sur son compte Twitter pour rassurer les fans sur son état de santé.

Face aux supporters se trouvent les membres de la sécurité du club, épaulés par des policiers venus en renfort après avoir été prévenus d’une possible manifestation, ajoute le quotidien sportif. Vingt-cinq interpellations ont lieu parmi les supporters, et sept policiers sont légèrement blessés. Le calme est revenu en milieu d’après-midi et seuls d’innombrables débris de pétards, quelques graffitis contre la direction du club et trois cyprès calcinés devant la grille d’entrée témoignent de l’intensité du coup de force des supporters olympiens.

Le match contre Rennes reporté

L’OM a décidé de contacter la Ligue de football professionnel pour faire le point sur la situation. Le club marseillais a assuré que ses joueurs étaient choqués par les événements vécus au centre d’entraînement. La LFP a pris en compte cette demande de report et le Stade rennais l’a acceptée. La date de ce report est, pour le moment, encore inconnue.

Des réactions vives parmi le staff de l’Olympique de Marseille

Du côté de l’OM, la réaction est catégorique. « C’est la sidération pour nous tous, salariés, staff, joueurs. On ne s’attendait pas à voir toute cette horde sauvage arriver et tout détruire. Je crois qu’on a aussi évité le pire. Ce que j’ai vu fait peur, très peur. Un drame aurait pu se produire », a déclaré dans la soirée le président du club marseillais Jacques-Henri Eyraud, interrogé sur Canal +.

Quelques minutes plus tôt, son club avait publié un communiqué dans lequel il dénonçait une « inacceptable attaque » et « un déchaînement de violence injustifiable », tout en annonçant plusieurs dépôts de plaintes à venir. Dimanche matin, 18 personnes étaient toujours en garde à vue.

L’homme d’affaires américain Frank McCourt, propriétaire de l’OM, a de son côté dénoncé dimanche les agissements de « groupuscules de voyous », avant de réaffirmer son « engagement pour l’OM et les Marseillais ». Dans son communiqué diffusé par le site internet de l’OM, il va même jusqu’à comparer les incidents de samedi à ceux qui se sont produits début janvier au Capitole, à Washington, lors de la fin du mandat du président américain Donald Trump.

Bernard Tapie a également pris la parole pour dénoncer ces actions violentes

« Je suis abasourdi et fondamentalement triste ». Dans une interview accordée à France 2 dimanche 31 janvier, Bernard Tapie ne cache pas son dépit. L’ancien président du club s’en est également pris, dans La Provence, aux supporters qui ont saccagé une partie des locaux de leur équipe favorite. « Leur frustration et cette colère, on la comprend, mais on ne peut l’accepter de cette façon. Ce n’est pas possible », écrit-il. Avant d’appeler l’actuelle direction du club marseillais à « entendre » la colère des supporters, et de préciser, à Laurent Delahousse : « Un peu de modestie [de la part des dirigeants], et un peu plus d’écoute, ça ne ferait pas de mal ».

André Villas-Boas exprime son envie de partir lors d’une conférence de presse

Ce mardi après-midi, André Villas-Boas s’est présenté en conférence de presse. Le technicien portugais en a profité pour lâcher une petite bombe puisqu’il a annoncé qu’il avait posé sa démission. « Le mercato a fini avec l’arrivée d’un nouveau joueur, une décision pas prise par moi, je n’ai rien à voir avec cette décision. Je l’ai apprise par la presse le matin au réveil. C’est précisément un joueur sur lequel j’ai dit non. Ce n’a jamais été un joueur dans notre liste. Et il a fini par venir, je n’étais pas pour. J’ai présenté ma démission à la direction à cause de ça. Sans rien voler de la part de l’OM sur mon contrat. Je ne suis pas d’accord avec la politique sportive et cette prise de décision par rapport aux besoins de l’équipe et au joueur qui est arrivé. J’ai pris la décision de présenter ma démission à la direction. Je ne veux rien de l’OM ni de Frank McCourt, je veux seulement partir à cause d’un différend sur la politique sportive. C’est dommage qu’on arrive à ce point-là ». Peu après, RMC Sport a dévoilé qu’après cette sortie coup de poing, la direction de l’Olympique de Marseille avait accepté la démission d’AVB. Mais il est précisé que Frank McCourt doit encore accepter de laisser partir un technicien qu’il apprécie. Villas-Boas a aussi le soutien de ses joueurs qui voudraient terminer l’exercice 2020-21 sous ses ordres précise RMC. La suite au prochain épisode.

La semaine à venir s’annonce pour le moins agitée. Outre les vives tensions autour du club, le prochain match programmé au Vélodrome, le dimanche 7 février, est le choc face à l’éternel rival : le Paris Saint-Germain. Quid des décisions qui seront alors prises par le club pour éviter tout débordement. Si les joueurs se donnent les moyens de jouer au ballon et de mouiller le maillot, une réconciliation sera peut-être envisageable. A contrario, si l’OM perd son match contre le PSG, il faudra de toute évidence s’attendre à de nouvelles actions de la part des supporters en colère…

« Je ne joue pas contre une équipe en particulier. Je joue pour me battre contre l’idée de perdre » Éric Cantona (ancien joueur de l’Olympique de Marseille)

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