Posted on: 8 février 2021 Posted by: manonquenehen Comments: 0

Les « tatas » font grève depuis la rentrée pour dénoncer les conditions de travail et le manque d’effectif nécessaire afin d’assurer la sécurité des enfants et le protocole sanitaire, mis en place pour faire face à la covid-19.

Pourquoi tant de grèves ?

La CGT dénonce « le manque d’effectifs dans les écoles, la pénibilité au travail, et la sécurité des enfants remise en question par un manque d’encadrement ». La mairie parle de son côté d’un « recrutement de 250 agents pour compenser les départs à la retraite dans les écoles et les crèches et du recrutement de 150 agents de surveillance interclasses début 2019 ».

Les syndicats justifient ces grèves par le fait que « La crise sanitaire a exacerbé les besoins et les manques dénoncés depuis des années par les syndicats ».

Au cœur des revendications, l’encadrement de la pause du midi. « Marseille affiche encore le taux le plus faible de France : 1 adulte pour 50 enfants en élémentaire, au lieu de 1 pour 14 à Rennes, à titre d’exemple ». « Parfois plus de 220 enfants se retrouvent sous la responsabilité de trois adultes ! » poursuivent-ils. Le protocole renforcé durant le temps des repas, pour tenir compte des mesures sanitaires rend son application « intenable dans la plupart des écoles marseillaises ».

Comment les parents gèrent la situation ?

Au départ, pragmatiques, la colère gronde aujourd’hui chez les parents d’élèves des écoles marseillaises. Entre casse-tête organisationnel et mise en danger de personnes vulnérables pour pallier aux manques des cantines, la situation devient de plus en plus pesante.

Ce midi, une manifestation était d’ailleurs organisée par les délégués de parents d’élèves de l’école Castel Roc. Située dans le 10ème arrondissement de Marseille, cette école, qui comprend maternelle et élémentaire est une victime des grèves, parmi les plus touchées de la ville. En effet, depuis le début de l’année, des dizaines de journées de grèves ont impacté le quotidien et le rythme des enfants. Depuis maintenant dix jours, la cantine n’est plus accessible.

A l’initiative des délégués de parents d’élèves, et majoritairement suivis par les familles, un pique-nique a été organisé dans le parc qui borde l’école. Cette école compte 475 élèves répartis en 7 classes de maternelle et 11 classes d’élémentaire. La cantine gère alors 220 rationnaires en maternelle et 285 en élémentaire, ce qui fait 80 enfants par service.

Les parents s’organisent tant bien que mal. Des groupes de discussions sont mis en place et les enfants dont les parents ne peuvent se libérer de leurs obligations professionnelles sont confiés à d’autres parents, qui assurent des repas collectifs. Les enfants passent donc de mains en mains, chaque midi, pour pouvoir se restaurer et reprendre des forces pour les cours de l’après-midi. Les grands-parents, pourtant personnes à risque face au virus, sont mis à contribution forcée et renoncent aux consignes sanitaires pour le bien des enfants.

Interrogée, Véronique, 62 ans explique qu’il est « inadmissible de prendre des enfants en otage ». Selon elle, « les enfants n’ont pas le temps de manger sereinement ». Estelle, 42 ans comprend « les problématiques liées au protocole sanitaire » et demande qu’une « entreprise privée soit mandatée pour soutenir les tatas dans leur travail et surtout dans le ménage des salles ». « Au départ, nous avons cherché à comprendre l’origine de ces grèves mais maintenant stop. La municipalité doit prendre ses responsabilités en tant qu’employeur », explique Elodie, 38 ans, déléguée de parents d’élèves et mère de deux enfants. Camille et Léa expliquent également que « rien n’est mis en place pour nous faciliter la tâche. Les jours de grèves sont affichés le jour pour le lendemain ». Une situation, qui, selon les parents et leurs proches, ne peut plus durer.

Qu’attend la municipalité pour prendre des décisions ?

Justement, ce lundi 08 février 2021, a eu lieu le premier conseil municipal de l’année. Les écoles publiques et les crèches municipales étaient au cœur des débats. L’objectif ? Assurer la continuité du service au sein des crèches municipales et des écoles publiques. Pour se faire un travail a été effectué autour de l’approbation de l’accord visant à assurer la continuité des services publics d’accueil des enfants de moins de trois ans, et de restauration collective et scolaire de la Ville de Marseille en cas de grève des agents publics participant directement à leur exécution. Cet accord a été signé par plusieurs organisations syndicales qui représentent environ 70% du personnel. Ce protocole devrait permettre aux personnels et aux parents de mieux s’organiser en cas de grève. Une délibération exceptionnelle a été rajoutée pour la création d’une commission d’enquête sur les écoles. La municipalité se targue également du fait que 330 nouveaux agents d’accueil ont été recrutés ainsi que 370 vacataires au sein des écoles publiques et des crèches municipales.

La municipalité a également demandé l’intervention de la société Sodexo, qui a mis en place un système de panier « pique-nique » pour les enfants. Mais là encore, le manque de budget se ressent. En effet, les paniers repas, décrits par les enfants créent le scandale chez les parents. Pour cause ? Ils contiennent une salade en boîte, du pain, un fromage, un jus de fruit, un petit gâteau et une pomme. Les enfants n’ont donc pas droit à un repas chaud, ni à des produits de qualité, alors même qu’ils sont en plein développement physique et psychique. Interrogée, la Direction France de Sodexo n’a pas souhaité s’exprimer.

Un bafouement du droit de grève par la nouvelle municipalité ?

Le texte prévoit un service minimum pour maintenir la restauration des élèves et n’autorise la grève des agents des écoles que si elle démarre « dès leur première prise de service et jusqu’à son terme ». La municipalité espère ainsi limiter les effets de la grève sur les fermetures de cantines, voire d’écoles. « Le maire nous a proposé de transiger sur une demi-journée de service mais cela excluait de fait le temps de cantine pour les agents qui embauchent tôt », constate Yannis Darrieux, secrétaire général FSU. « Notre syndicat a fait du refus de ce protocole une position de principe nationale », a-t-il ajouté.

Quelles sont les réactions face à ces décisions ?

« C’est le plus bas de France, et cela ne correspond même pas à la norme Afnor qui préconise un adulte pour 12 enfants de maternelle, et 24 enfants en primaire », dénonce Cécile Baron, membre du collectif des écoles de Marseille. Pour elle, cet accord, pas plus que le précédent, n’est une réponse adaptée : « Ce n’est pas en cachant les problèmes qu’on les résout. Si les agents n’ont plus la possibilité de dénoncer le fait que nos enfants ne sont pas en sécurité pendant la pause méridienne, c’est loin de me rassurer ! La grève, les agents ne la font pas par plaisir. »

« Ce n’est pas un bon message diffusé aux agents, estime aussi Yannis Darieux, secrétaire général FSU ville de Marseille, qui a refusé de signer le protocole. Il manque 2 à 3 agents en moyenne par école, le problème il vient de là, c’est entre 1.000 et 1.500 agents qu’il faudrait recruter ». Pour le moment, la ville informe que 445 agents ont été recrutés, tout statut confondu et 128 autres embauches sont à venir.

La municipalité doit donc prendre ses responsabilités et tout mettre en œuvre afin de permettre une prise en charge optimale des enfants pendant la pause déjeuner. Il faut donc espérer que ces problématiques soient, pour la nouvelle Mairie marseillaise, une priorité !

« C’est un drôle de pays, la France, où les négociations ont toujours lieu après le déclenchement des grèves et non avant » Françoise Giroud (journaliste, écrivaine et femme politique française)

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