Posted on: 10 février 2021 Posted by: manonquenehen Comments: 0

La rupture d’un glacier himalayen est à l’origine d’une crue dévastatrice dans le nord de l’Inde. Cette catastrophe naturelle, intervenue quelques jours avant le vote de la loi climat en France, était un désastre prévisible selon les experts. En cause, le changement climatique, mais aussi le développement incontrôlé des infrastructures.

En résumé

Dimanche 7 février, dans le nord de l’Inde, un glacier de l’Himalaya s’est détaché et a glissé dans la rivière Dhauliganga, provoquant une rapide montée des eaux. La crue a tout emporté sur son passage dans cette étroite vallée, y compris un barrage, des ponts et des routes, selon les images prises par des habitants terrifiés. « Il y avait un nuage de poussière quand l’eau est passée. La terre tremblait comme lors d’un séisme », a déclaré un habitant.

Des dizaines d’employés des deux centrales électriques installées sur le barrage de Richiganga sont portés disparus, ainsi que des habitants de la région, emportés par les eaux alors qu’ils s’occupaient de leur bétail, d’après les autorités.

Les chiffres

D’après les derniers chiffres cette catastrophe aurait fait au moins 26 morts et 170 disparus, dans cette région de l’Inde. Une vingtaine d’employés se sont retrouvés coincés dans un tunnel, mais 12 ont été secourus. La route principale ayant été emportée, le tunnel est rempli de boue et de roches. Les secouristes ont dû utiliser des cordes pour réussir à atteindre l’entrée. Des centaines de militaires et paramilitaires, ainsi que des hélicoptères et des avions militaires, ont été mobilisés dans la région.

Les causes

Selon les experts scientifiques, cela devait se produire un jour ou l’autre. Il faut dire que les grands fleuves qui parcourent l’Asie, du Gange en Inde à l’Indus au Pakistan, en passant par le Yangtze et le Mékong, dont la source est en Chine, sont de plus en plus menacés par le développement tous azimuts des infrastructures.

Il est encore trop tôt pour établir ce qui a pu fragiliser le glacier, mais les soupçons se portent vers les centrales hydroélectriques construites dans une région à risque sismique élevé. « Les projets de développement font vraiment peser un risque sur les cours d’eau, en y déversant des débris ou des rejets liquides, ou en y prélevant du sable et des pierres », souligne Himanshu Thakkar, de l’organisation Barrages, cours d’eau et habitants (SANDARP), un réseau d’associations d’Asie du Sud-Est. 

« Cette région est très vulnérable, et il n’est pas approprié d’y construire des centrales les unes après les autres », poursuit le spécialiste. « Il n’y pas eu ici de préparatifs adéquats, comme des études d’impact, ou une étude géologique ». Pour Patricia Adams, directrice exécutive de l’ONG environnementale canadienne Probe International, construire un barrage dans un tel environnement est dangereux, puisqu’il rend les pentes instables et cause des glissements de terrain.

Le gouvernement qui, au départ, rejetait toute faute, évoque à présent un éventuel phénomène de vidange brutale d’un lac glaciaire. « Cette tragédie était imprévisible », a déclaré Trivendra Singh Rawat. « Si l’incident s’était produit le soir, après les heures de travail, la situation n’aurait pas été aussi grave, car les ouvriers et les travailleurs des chantiers et des environs auraient été chez eux ». Quelle logique !

En 2013, des inondations dévastatrices dues à la mousson avaient tué 6 000 personnes dans l’Uttarakhand, entraînant des appels à revoir les projets de développement prévus dans cet État et plus particulièrement dans les zones isolées, comme celle du barrage de Rishi Ganga. Uma Bharti, ancienne ministre des ressources hydrauliques, a précisé avoir demandé, lorsqu’elle était au gouvernement, le gel des projets hydroélectriques dans les régions himalayennes « sensibles », telles que celles du Gange et de ses affluents.

Pour Vimlendhu Jha, fondateur de l’ONG de défense de l’environnement Swechha India, ce désastre est un « sinistre rappel » des effets du changement climatique et du « développement incohérent des routes, des voies ferrées et des centrales électriques dans les zones écologiquement fragiles ». « Les militants et les habitants n’ont cessé de s’opposer aux grands projets dans la vallée de la rivière », a-t-il rappelé.

Cette situation ne peut d’ailleurs, qu’amèrement rappeler la catastrophe de Bhopal, l’accident chimique, survenu dans la nuit du 3 décembre 1984 à Bhopal, une ville du centre de l’Inde. Cette dernière était la conséquence de l’explosion d’une usine d’une filiale de la firme américaine Union Carbide produisant des pesticides et qui a dégagé quarante tonnes d’isocyanate de méthyle dans l’atmosphère de la ville.

Les réactions des autorités

Situé dans le massif de l’Himalaya, l’Uttarakhand est un État indien où le Gange prend sa source. La rivière Dhauliganga est un affluent du Gange. Les autorités ont donc vidé deux barrages pour empêcher les eaux en furie de gonfler le Gange dans les villes de Rishikesh et Haridwar. Elles ont également interdit aux habitants des deux villes de s’approcher des rives du fleuve sacré. Les villages dans les montagnes surplombant la rivière ont été évacués, mais le plus gros du danger est passé, ont-elles indiqué.

Le réchauffement climatique en cause

D’autres analystes relèvent que la hausse des températures a pu aussi contribuer à la catastrophe. En effet, la hausse des températures fait fondre les glaciers, diminuant à la longue l’alimentation en eau des rivières et augmentant les risques de glissements de terrain et d’inondations. Pour rappel, selon une vaste étude publiée en 2019 par l’université américaine de Columbia, les glaciers himalayens ont fondu à un rythme deux fois plus rapide depuis l’an 2000 qu’au cours des 25 années précédentes. Ils auraient perdu un quart de leur surface ces 40 dernières années.

« L’impact du changement climatique sur l’Himalaya est réel », note Benjamin P. Horton, directeur de l’Observatoire de la terre à Singapour. En plus des accidents, la fonte des glaciers prive les populations locales d’une source d’eau potable et pour l’agriculture, ajoute-t-il.

La région a déjà connu d’autres catastrophes liées aux cours d’eau. En 2013, quelques 6000 personnes avaient péri dans des crues subites et des glissements de terrain qui avaient emporté des villages entiers dans l’État d’Uttarakhand pendant la mousson.

Ces dernières années, les inondations se sont aggravées le long des principaux fleuves de Chine. L’an dernier, le Yangtze, le fleuve le plus long d’Asie, a connu des crues record qui ont submergé des milliers de maisons et tué des centaines d’habitants. Pour les défenseurs de l’environnement, pas de doute, c’est le signe de l’impact grandissant du changement climatique. La Chine a aussi construit un vaste réseau de barrages, même si les autorités affirment qu’ils aident aussi à gérer les flux d’eau. Comme en Inde, ces ouvrages sont controversés, et leur rôle est pointé du doigt dans les glissements de terrain.

Quatorze glaciers surplombent la rivière dans le parc national Nanda Devi. Ils font l’objet d’études scientifiques, à cause d’inquiétudes grandissantes concernant le changement climatique et la déforestation. « Les avalanches sont un phénomène courant dans la zone du bassin-versant », a expliqué à l’Agence France-Presse Monsieur P.S. Bisht, le directeur du Centre d’applications spatiales de l’Uttarakhand. « De gros glissements de terrain se produisent également couramment ».

Une catastrophe qui concerne l’ensemble de la planète

Le réchauffement climatique est un sujet qui concerne tous les acteurs de notre planète. Il est d’ailleurs flagrant que les crues en France font de plus en plus de dégâts chaque année. Ce mal qui ronge la terre ne pourra donc être combattu que dans un esprit collectif. La France doit donc observer avec attention ce qu’il vient de se produire en Inde. Dans l’esprit, la Convention citoyenne pour le climat (CCC) a inspiré le projet de loi climat, présenté en conseil des ministres ce mercredi.

En quoi cela consiste ?

Le projet de loi reprend six grands thèmes (consommer, produire et travailler, se déplacer, se loger, se nourrir, renforcer la protection judiciaire de l’environnement) sur lesquels ont travaillé pendant neuf mois les 150 citoyens tirés au sort. En parallèle un autre projet de loi adopté en janvier vise à inscrire la protection de l’environnement dans la Constitution. Et certaines dispositions de la CCC ont été englobées dans le plan de relance et le dernier projet de loi de Finances.

La loi, en quelques mots

Mieux isoler les bâtiments :

La Convention citoyenne pour le climat demandait la rénovation énergétique obligatoire des bâtiments d’ici à 2040. La ministre de la Transition écologique a retenu l’interdiction de la location des passoires thermiques (classées F et G) en 2028. L’idée est également de rendre obligatoires les audits énergétiques en cas de vente, de généraliser le diagnostic de performance énergétique pour les immeubles d’habitation collectifs et de clarifier le cadre juridique pour l’interdiction des terrasses chauffées. Dans ce domaine, en fonction des conclusions attendues en mars d’une mission lancée par le gouvernement, des amendements pourraient compléter le dispositif lors du débat parlementaire.

Encadrer la publicité :

La Convention recommandait l’interdiction de la publicité pour les produits les plus polluants (qui auraient, par exemple, inclus les SUV), une volonté qui n’a pas été totalement suivie. Le texte interdit, en revanche, celle pour les énergies fossiles. La Convention demandait aussi l’interdiction du dépôt de toute publicité dans les boîtes aux lettres à partir de janvier 2021. Cela devient, pour les collectivités volontaires, une expérimentation de 36 mois d’interdiction de cette distribution de prospectus, sauf en cas de mention les autorisant.

Limiter les transports polluants :

Les transports sont le premier secteur émetteur en France. Le projet de loi fixe un objectif de fin de vente des véhicules thermiques les plus émetteurs en 2030, soit cinq ans plus tard que les préconisations de la Convention. Le texte décale aussi de trois ans, à 2023, l’entrée en vigueur de la réduction de l’avantage fiscal sur le gazole pour les poids lourds, rapporte Le Monde. Le projet de loi instaure également l’obligation de mise en place de zones à faibles émissions aux agglomérations de plus 150 000 habitants, ce qui limiterait la circulation de certains véhicules, d’ici au 31 décembre 2024.

Concernant les trajets aériens, le gouvernement va « interdire les vols domestiques s’il y a une alternative possible en train en moins de deux heures et demie », avait annoncé Barbara Pompili dans une interview au Parisien en décembre. Les 150 citoyens membres de la Convention demandaient plus, avec « l’interdiction des trajets en avion à partir de quatre heures ».

Limiter l’artificialisation des sols :

Pour réduire l’étalement urbain qui se fait au détriment de terres agricoles et des espaces naturels, le projet de loi prévoit de diviser « par deux le rythme de l’artificialisation galopante des sols » et « souhaite interdire l’implantation de nouveaux centres commerciaux sur des espaces naturels avec une dérogation possible en dessous de 10 000 m2 », avait dévoilé Barbara Pompili dans son entretien avec Le Parisien mi-décembre. 

La Convention proposait pourtant d’interdire toute artificialisation des sols tant que des friches sont disponibles dans une zone et de « prendre immédiatement des mesures coercitives pour stopper les aménagements de zones commerciales périurbaines ». Il est aussi prévu d’inscrire dans la loi l’objectif de 30% d’aires protégées.

Favoriser une alimentation plus végétale :

La Convention souhaitait que l’ensemble de la restauration collective publique propose, dès janvier 2022, un choix végétarien quotidien. Cette proposition devient une expérimentation de deux ans sur la base du volontariat, à partir de la promulgation de la loi.

En revanche, aucune trace des chèques alimentaires pour aider les moins favorisés à se tourner vers une alimentation durable. Le Monde précise que « selon Matignon, cette mesure devrait passer par une modification de la loi de finances ».

Créer un crime d’écocide :

Cette appellation regroupe  deux délits. Le gouvernement veut d’abord créer un « délit général de pollution », dont les sanctions seront modulées selon le degré d’intentionnalité de l’auteur. Dans les cas les plus graves, d’une infraction intentionnelle ayant causé des dommages irréversibles à l’environnement, on parlera de « délit d’écocide ».  

L’exécutif souhaite également créer un « délit de mise en danger de l’environnement », qui vise à « pénaliser la mise en danger délibérée de l’environnement par des violations délibérées d’une obligation », explique le ministre de la Justice.

« La terre est le probable paradis perdu » Federico Garcia Lorca (écrivain espagnol)

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