Posted on: 11 février 2021 Posted by: manonquenehen Comments: 0

Depuis plusieurs jours les médias n’ont qu’un sujet à la bouche : la vague de froid qui frappe la France. Pourtant, rien d’étonnant à ce qu’il fasse chaud en été et froid en hiver. Retour sur les pics de chaleur et les baisses de températures enregistrées depuis le début du siècle dernier.

Des différences de températures entre l’été et l’hiver

La France connaît trois climats : océanique sur la moitié ouest, méditerranéen dans le sud et continental dans le reste du pays. Malgré cette diversité, toutes les régions ont des températures clémentes en été, et plus rigoureuses l’hiver. Cela s’explique par l’inclinaison de l’axe de rotation de la Terre.

Si l’axe nord-sud de la Terre, autour duquel elle tourne, était perpendiculaire au plan de l’écliptique (son plan orbital), il n’y aurait pas de variabilité saisonnière. Le rayonnement solaire reçu à chaque latitude serait le même tout au long de l’année. Le rythme des saisons est imputable à l’inclinaison de l’axe de rotation de la Terre par rapport à son plan de rotation autour du soleil.

Les quatre saisons de l’hémisphère nord : la planète à gauche est en saison d’été (l’hémisphère nord, le plus près du Soleil), et celle de droite en hiver. La variation du rayonnement solaire reçu explique qu’il fasse plus chaud en été et plus froid en hiver chez nous.

La distinction été-hiver et la variation du rayonnement solaire

La trajectoire de la Terre autour du Soleil est une ellipse, dont l’astre est l’un des foyers. Au solstice de décembre, l’hémisphère nord est moins éclairé que l’hémisphère sud et la planète est plus proche du Soleil. En Europe, c’est l’hiver, tandis que c’est l’été en Australie. Au solstice de juin, c’est l’inverse. L’hémisphère nord reçoit plus d’énergie solaire, et il passe en saison d’été.

Dans l’hémisphère nord, l’été dure du 21 juin au 21 septembre. Cette région du globe reçoit alors plus de rayonnement solaire, principal facteur de l’augmentation de la température estivale. Mais la hausse des températures est à moduler en fonction de la distribution des zones climatiques. Celles-ci dépendent certes de la répartition de leur latitude, mais aussi de la répartition des océans et des continents, de la circulation atmosphérique, du relief, etc. Dans un climat continental, la température estivale moyenne est supérieure à 10 °C durant le mois plus chaud, tandis que pour un climat tropical, la moyenne annuelle est supérieure à 18 °C.

Des pics de chaleur enregistrés en été

En 1911, la France étouffe :

Pendant plus de deux mois, des températures exceptionnellement élevées sont relevées, sur une période particulièrement longue. Des conditions qui créent une hécatombe chez les enfants en bas-âge.

 « La chaleur bat nos murs, répand sur le pavé de Paris ses éclaboussures de feu, dessèche les gosiers, brûle les crânes et donne aux plus joyeux comme une envie de pleurer ». C’est ainsi qu’un journaliste du Figaro décrit -avec un lyrisme certain- la situation en France le 29 juillet 1911. Cette année-là, la France est frappée par une « vague de chaleur » inédite, qui dure plus de deux mois, de juillet à la mi-septembre.

Il fera plus de 30°C durant treize jours d’affilée à Paris.

La canicule de 1921 :

En juin, la sécheresse devient dramatique, aucune goutte de pluie n’est observée dans l’Oise, la Somme et le Languedoc-Roussillon. À Paris, c’est le mois de juin le plus sec depuis 1810, une vague de chaleur exceptionnelle se produit entre le 24 et le 28 juin. Le 28 juin, un orage de grêle ravage les Deux-Sèvres avec des grêlons de 125 grammes.

Un été caniculaire s’abat sur la Lorraine. Le déficit de pluie atteint des records. Les récoltes s’annoncent faibles ; les prés, pâturages et parcs sont « grillés » comme les arbres qui « se laissent déplumer » par le vent brûlant.

Juillet reste extrêmement sec, absolument sans pluie dans la Beauce, le pays de Caux et la Picardie. Du 22 mai au 11 juillet, il ne tombe que 2 mm à Paris.

Vague de chaleur de l’été 1947 :

Au cours de l’année 1947, les températures ont été constamment supérieures à la moyenne d’avril à début octobre.

Dans certains endroits comme la région parisienne, des records absolus sont observés : le 28 juillet 1947, les 40,4 °C sont atteints. Dans le sud de la France, le pic de la canicule est atteint les 2 et 3 août, avec 40 °C à Lyon et davantage encore plus au sud.

La fournaise de 76 :

De fin juin à la mi-juillet 1976, tous les records de chaleur sont battus. En termes d’impact sanitaire, une vingtaine de départements voient leur mortalité s’élever de près de 10%, selon Météo-France.

L’absence prolongée de pluie est désastreuse pour l’agriculture. L’indemnisation des victimes de la sécheresse est financée en partie par une majoration exceptionnelle de l’impôt sur le revenu, baptisée « l’impôt-sécheresse ».

1983 : chaleur intense :

Une vague de chaleur intense s’abat sur la France entre le 9 et le 31 juillet 1983. Des pics sont enregistrés le 11 juillet à Nantes, Cognac (36°) et Carcassonne (35°). À Paris, il fait 33°.

La surmortalité sur l’ensemble de la France s’élève à 4 700 cas pour juin et juillet dont 300 décès dans la seule région de Marseille, imputables directement ou indirectement à la chaleur.

2003 : été meurtrier :

La canicule fait 15 000 morts entre le 4 et le 18 août 2003, particulièrement dans la région Centre et en Ile-de-France. Sur l’ensemble de l’été, le nombre des morts causés par la chaleur atteint 19 490 en France, selon une étude bilan publiée en 2007 par l’Inserm.

L’été 2003 est le plus chaud jamais observé depuis le début de la mise en place d’un réseau d’observation en France. Des records sont enregistrés à Toulouse, Bordeaux, Limoges et Montauban, avec plus de 40 degrés le 4 août.

La chaleur met en évidence des dysfonctionnements des services de santé et l’isolement des personnes âgées, principales victimes de la canicule.

2006 : chaleur en juillet :

Une vague de chaleur frappe la France du 10 au 28 juillet : la basse vallée du Rhône est la plus affectée, la mer atteint 30 degrés à Marseille. La chaleur aurait entraîné une surmortalité de plus de 2 000 décès en France, selon Météo-France/Inserm.

2015 : trois épisodes :

Trois épisodes de canicule entre le 29 juin et le 9 août 2015 entraînent 3.300 décès supplémentaires par rapport à un été normal (chiffre de InVs aujourd’hui Santé Publique France).

2018, 1 500 morts :

La France connaît une vague de chaleur du 24 juillet au 8 août 2018 et l’été 2018 se classe en moyenne comme le deuxième plus chaud de l’histoire de France, derrière 2003, selon Météo-France. La canicule de 2018 provoque environ 1 500 morts de plus qu’un été normal.

Des pics de froid en hiver

1940, une vague de froid pendant la guerre :

A partir du 30 décembre 1939, une vague de froid accompagnée d’une tempête de neige déferle d’un seul coup sur l’Est et le Nord de la France, et l’on passe de -2° à -20° en 24h à Dijon et Nancy !

Le mois de janvier 1940 est le plus froid depuis l’année 1838… Au plus bas, le thermomètre descend jusqu’à -24° à Metz, -22° à Clermont-Ferrand, -21° à St Quentin, -20° à Valenciennes, -18° à Lyon, -17° à Rennes, -15° à Paris et –3° à Antibes. Durant 10 jours (du 16 au 27 janvier), la neige recouvre presque toute la France, et de nombreux cours d’eau sont gelés (Isère, Rhône à Tain-L’Hermitage).

« Hiver 54 », le solidaire :

«Une femme vient de mourir, gelée, cette nuit, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant-hier, on l’avait expulsée.» C’est par cette phrase que l’abbé Pierre débute son appel en faveur des « sans-logis », le 1er février 1954.

S’il n’égale pas les épisodes particulièrement extrêmes de 1956, 1963 et 1985, «l’hiver 54» est rendu célèbre par cette initiative et l’élan de solidarité qui s’en est suivi.

Février 1956 : le mois de tous les records :

C’est la vague de froid la plus intense et la plus longue que l’on ait connue depuis 1945 : 27 jours de météo glaciale avec les températures les plus faibles jamais enregistrées. En l’espace de deux jours, du 31 janvier au 2 février, la France perd 15 degrés et on trouve autant de centimètres de neige à Nice. Le 10, le thermomètre affiche -32,9°C au Pic du Midi. Le 21 février, on dénombre 181 morts liés au froid et aux chutes de neige. A Bordeaux, on s’accommode de 70 cm de neige en faisant du ski sur le Cours de l’Intendance. En région parisienne et dans les grandes villes, on fait face à une pénurie de légumes et à une montée des prix. Et à l’est du pays, on observe avec une certaine inquiétude l’arrivée des loups, chassés des forêts belges et allemandes par la persistance des grands froids.

1962-1963 : le pire des hivers :

Si février 1956 est bien le mois le plus froid jamais enregistré, il avait été précédé par deux mois de douceur. L’hiver 1963, lui, sera rude de bout en bout. Après un mois de décembre qui bat des records au niveau national, le froid se prolonge en janvier et en février, figeant certains cours d’eau. Il faut attendre début mars pour assister au dégel sur tout le territoire. Entre temps, le charbon, qui permet encore au pays de se chauffer, vient à manquer, tout comme le fuel, tandis que le gaz gèle. Aux Halles, on se réchauffe au brasero. A Clermont-Ferrand, on vit quatre semaines en dessous de zéro. Comme en 1954, une banquise se forme à Dunkerque

1985 : historique mois de janvier :

Bien que moins longue que les épisodes de 1956 et 1963, la vague de froid de janvier 1985 fût aussi intense. Durant deux semaines, des records vont être battus un peu partout en France. La journée du 16 janvier est la plus froide jamais enregistrée dans l’Hexagone, à égalité avec celle du 2 février 1956, selon Météo France. Ce jour-là, des plus bas historiques sont mesurés à Bordeaux (-16,4°C) et Montauban (-20°C). Le 20 janvier, on dénombre 150 victimes. Certaines tentatives désespérées pour se réchauffer conduisent à des incidents dramatiques : dans la Meuse, des agriculteurs ont mis le feu à leur ferme en réchauffant des canalisations avec un chalumeau. D’autres initiatives prêtent à sourire. Pour protester contre le froid dans les salles de classe, des professeurs du lycée professionnel de Pantin ont donné des cours… dans le métro !

1996-1997 : les fêtes gâchées :

Alors qu’ils s’apprêtent à fêter Noël, les Français voient, en 1996, le mercure plonger brutalement. Heureusement pour eux, les ostréiculteurs de La Rochelle ont expédié à temps leurs marchandises. Les claires de Marennes-Oléron restées dans le bassin ont été piégées par la glace. Début janvier, la France est coupée en deux. Alors que le thermomètre descend en dessous de -20°C dans l’Aube, il flirte au sud avec des normes quasi-printanières, respectivement 11°C et 14°C le 2 janvier à Marseille et Ajaccio. Le Sud n’est pas épargné pour autant par les fermetures d’autoroutes et la paralysie du trafic sur les grandes lignes TGV, provoquées par d’importantes chutes de neige. C’est cet hiver-là que Nancy connaît sa vague de froid la plus longue : 23 jours entiers sous le zéro.

Février 2012 : le vent et la neige, du Nord au Sud :

Le seul épisode de grand froid recensé au 21ème siècle s’est déroulé du 1er au 13 février 2012. « Durant cet épisode, des températures très basses (comprises entre -10 °C et -14 °C) ont été relevées, avec un vent souvent soutenu qui a considérablement accru la sensation de froid, ainsi que des chutes de neige jusqu’à basse altitude, n’épargnant pas même les régions méditerranéennes », explique Météo France sur son site. Dans le sud, il faut remonter à 1985 pour trouver un épisode comparable. Le 13 février, on dénombrait près de 14 décès liés au froid en France.

Une solidarité qui n’existe plus ? Les différentes vagues de chaleur ou de froid, ont été, tout au long de l’histoire, les témoins d’une vive solidarité. Peut-être est-ce cela qui manque cruellement dans la société actuelle. Les différences de températures ne seraient donc pas le problème majeur.

« Pour aider les pauvres on ne peut pas toujours rester dans la légalité. Je préfère avoir sur la conscience une porte fracturée qu’un SDF mort de froid »Charles Hoareau (syndicaliste)

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