Posted on: 17 février 2021 Posted by: manonquenehen Comments: 0

Roselyne Bachelot, Ministre de la culture, dont les apparitions télévisées, pourtant nombreuses, ne permettent pas d’avoir une visibilité pour les acteurs du monde de la culture, a lancé un projet. Celui-ci consiste à organiser des concerts « tests » dans certaines grandes villes afin de déterminer s’ils sont, ou non, des clusters potentiels.

La ministre de la culture tente de trouver des solutions pour permettre aux professionnels du spectacle vivant de retrouver le chemin des salles et son public, après presque un an de fermetures ou de spectacles reportés. Pour se faire, elle a annoncé deux concerts tests, ainsi qu’un colloque scientifique. Une expérience déjà tentée chez nos voisins espagnols.

Une expérience concluante en Espagne qui inspire

En décembre 2020, le festival Primavera, à Barcelone, avait organisé un concert. L’expérience portait alors sur un public de 500 personnes. Ce concert debout, à l’intérieur, nécessitait un test antigénique à l’entrée. Le port du masque était obligatoire mais les protagonistes pouvaient l’enlever pour boire un verre. Il n’y avait pas d’obligation quant à la distanciation.  Résultat ? À l’issue du concert, le festival n’avait constaté aucune contamination.

Des tests qui arrivent en France

Roselyne Bachelot a annoncé que ces « expérimentations » seraient menées en mars et avril, à Marseille et Paris, pour des concerts « debout », afin de trouver un modèle permettant la réouverture des lieux de spectacle, et ce, malgré l’épidémie de Covid-19.

Deux concerts à Marseille

Pour Marseille, la salle du Dôme devrait accueillir deux concerts tests. Ce seront donc 2 000 spectateurs assis qui seront attendus fin mars. Les volontaires seront testés avant et après le concert. L’objectif étant de mesurer les effets du brassage. Le public sera « assis avec la possibilité de se lever ». Selon les dernières informations, 2 000 étudiants, sans pathologie ni comorbidités vont être sélectionnés pour participer à deux concerts du groupe IAM. Ils seront tous testés avant leur arrivée mais ceux qui présenteront un résultat positif pourront tout de même participer à la fête.

« Les cas positifs ne seraient pas filtrés parce qu’il faut se mettre dans une situation où il y a un brassage », explique Roselyne Bachelot, ajoutant que du « gel hydroalcoolique ou des masques seront tout de même distribués. Les tests réalisés quelques jours après permettront d’estimer la diffusion du virus ».

« Il s’agira d’un concert assis, mais ils auront le droit de se lever, de se trémousser, de chanter comme dans un concert normal », détaille le docteur Vincent Estornel, membre du collectif « Do3me » qui réunit professionnels de la musique, de l’événementiel et du monde médical à Marseille.

« Sous réserve d’une situation sanitaire catastrophique » et si les protocoles sont validés, deux concerts test auront lieu « dans la deuxième quinzaine de mars », selon la ministre.

« Cela permettra de savoir s’il y a risque ou absence de risque car, selon nous, à l’avenir, nous ne pourrons pas tester tout le monde à l’entrée, ce serait trop coûteux », commente auprès de l’AFP Aurélie Hannedouche, du SMA (Syndicat des musiques actuelles).

Cette expérience, supervisée par l’Inserm, est très attendue par le monde de la culture. « Tout ce qui peut permettre, comme tests et expérimentations, montrant qu’il n’y a pas plus de risques dans les salles de spectacles que les centres commerciaux ou dans les métros et les trains, puisse servir au niveau national à prendre une décision de réouverture », explique Jean-Marc Coppola, Adjoint au maire de Marseille, chargé de la culture.

Et pour Paris ?

À Paris, il se murmure, sans certitude aucune, que le groupe Indochine fêterait ses 40 ans de carrière avec un concert test en avril dans la salle de l’Accor-Arena, avec 5 000 spectateurs debout testés trois jours avant. Dans la capitale, le protocole sera différent. Les cas positifs seront recalés à l’entrée de l’AccorHotels Arena au mois d’avril, mais cette fois-ci, le concert se fera en « jauge debout » de 5 000 personnes, « masqués et non distanciés », détaille au Parisien Malika Séguineau, la directrice du Prodiss, syndicat des patrons de salles.

Des résultats croisés qui permettront une visibilité pour le monde du spectacle

Ces deux expérimentations, menées sous le contrôle de l’Inserm à Marseille et de l’AP-HP à Paris, seront ensuite discutées, sous réserve que la situation sanitaire ne se dégrade pas. Ces discussions auront lieu à l’occasion d’un colloque scientifique à Marseille le 8 avril, chargé d’établir un « modèle résilient » pour le monde du spectacle en vue des festivals prévus cet été. Roselyne Bachelot se dit « très optimiste pour les festivals assis (…). Pour les spectacles debout, c’est plus compliqué, c’est pour cela que je mène des expérimentations et ces expérimentations sont destinées à bien tester ce qui se passe ».

L’Allemagne et le Luxembourg ont déjà lancé le même type d’expérience

En août dernier, une série de concerts a eu lieu en Allemagne pour étudier les risques qui se présentent lors des événements intérieurs avec un nombre important de personnes.

Le premier des trois concerts avait pour but de simuler un show dans les mêmes conditions qu’avant la pandémie, sans mesures de sécurité renforcées. Le deuxième impliquait des normes d’hygiène, des gestes barrière et une distance limitée entre les participants. La troisième durcissait les dispositifs en divisant le nombre des personnes présentes par deux et en imposant une distance d’1,5 mètre entre chaque personne.

Les résultats ont eux aussi été encourageants, puisque les chercheurs ont constaté que le risque de contamination était très faible : « Le risque d’infecter quelqu’un dans un lieu par transmission d’aérosols peut être presque exclu, à condition que le lieu dispose d’un approvisionnement suffisant en air frais et que tous les participants portent des masques », selon eux.

La salle luxembourgeoise de la Rockhal a également annoncé qu’elle lancerait des concerts-tests. Ces événements seront organisés par la société Arena Resilience Alliance (ARA), qui tente de trouver des solutions pour un retour à la normale. ARA prévoit donc 8 concerts dans des genres allant de l’electro-house au metal, en formule assise avec la scène au centre de la salle et avec une capacité de 100 personnes. Celles-ci seront testées avant leur entrée et également 7 jours plus tard.

Robert Fitzpatrick, le co-fondateur de ARA, s’est exprimé sur le sujet à Sky News : « En tant que plate-forme d’aide aux arènes européennes, l’ARA est fière d’offrir à l’industrie l’opportunité de se réunir avec les principaux décideurs de l’UE pour se préparer à un retour aux événements en direct, tout en travaillant à protéger la santé et le bien-être de nos communautés et la durabilité de notre industrie, qui sera au cœur de la reprise économique et sociétale des pays européens ».

Trop tard pour les festivals d’été ?

Aurélie Hannedouche (SMA), estime que « les résultats des concerts de Marseille et Paris arriveront trop tard pour les festivals d’été qui doivent prendre leur décision maintenant ».

Une réunion est d’ailleurs prévue à ce sujet jeudi avec Madame Bachelot. « La ministre devra répondre a minima à deux questions pour les festivals d’été : oui ou non pour les concerts debout ; oui ou non pour les grandes jauges », souligne-telle.

Solidays, prévu en juin, a d’ores et déjà jeté l’éponge, pour la deuxième année consécutive. Ce festival de musique est organisé par l’association Solidarité Sida, depuis 1999 sur les pelouses de l’hippodrome de Paris Longchamp.

Face à l’incertitude et à l’incapacité de prévoir l’avenir du fait de la pandémie, le festival n’a pas attendu la prise de parole de la ministre de la Culture Roselyne Bachelot pour décider de ne pas se tenir. Initialement prévu du 19 au 21 juin, Solidays devient donc le premier grand évènement français à annuler face à la crise sanitaire.

En Angleterre, le festival Glastonbury a également abandonné pour cet été. Celui-ci, qui d’ordinaire rassemble des dizaines de milliers de spectateurs, est annulé pour la deuxième année consécutive en raison de la pandémie de coronavirus, ont annoncé ce jeudi 21 janvier les organisateurs.

« Malgré nos efforts pour remuer ciel et terre, le festival ne peut pas se tenir cette année », déplorent Michael et Emily Eavis dans un communiqué sur le compte Twitter du festival de musique et d’arts, dont l’édition 2021 était censée se tenir du 23 au 27 juin.

Organisé dans des champs du sud-ouest de l’Angleterre, le festival accueille habituellement plus de 200 000 personnes fin juin.

Reste à espérer que les « tests » en cours en France, pourront permettre de rapidement prendre les décisions nécessaires et de laisser le temps aux organisateurs de s’adapter pour les mois à venir. Il est, en effet, difficile d’imaginer un été de plus sans les festivals et le spectacle vivant en général !

« Contrairement à la peinture, à la sculpture ou à l’écriture, qui induisent une relation personnelle individuelle, entre l’artiste et l’amateur, la musique est destinée au concert » Françoise et Bertrand Ballarin (écrivaine et conférencier)

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