Posted on: 4 mars 2021 Posted by: manonquenehen Comments: 0

Mercredi 3 mars, le procureur de la République de Reims, Matthieu Bourrette, a annoncé la mise en examen du principal suspect de l’agression du photojournaliste Christian Lantenois. Anes Saïd K., un Algérien de 21 ans qui réside à Reims depuis trois ans, a été mis en examen pour « tentative de meurtre aggravée » et placé en détention provisoire. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Un photojournaliste en activité

Ce jour-là, une collègue de Christian Lantenois apprend l’existence d’un rassemblement de jeunes en vue de préparer un affrontement avec un autre groupe. Ce que l’enquête a depuis confirmé. Le photoreporter propose de l’accompagner et les deux journalistes se rendent dans ce quartier avec deux véhicules distincts, Christian Lantenois devant se rendre sur un autre reportage plus tard. Ce dernier conduisait une voiture ciglée aux couleurs de L’Union, sa collègue une voiture banalisée. Sur place, ils se garent sur le parking de la médiathèque avant de se séparer.

A leur arrivée, les deux journalistes repèrent un « groupe d’individus cagoulés » opérant des « mouvements laissant penser à un rassemblement belliqueux ». Selon le procureur de la République, Christian Lantenois, repérant ce groupe tout en se tenant à distance, décide de réaliser quelques clichés.

« Il a été rapidement repéré par une partie de ce groupe », a expliqué Matthieu Bourrette. « Un premier individu fonçait alors sur lui. Christian Lantenois n’a pas eu le temps de rejoindre son véhicule », alors qu’il se trouvait à un mètre de ce dernier.

Une agression de 57 secondes et d’une violence inouïe

Cette agression ultra-violente s’est déroulée le samedi 27 février dans l’après-midi, en l’espace de 57 secondes, sur le parking de la médiathèque du quartier Croix Rouge, à Reims. Peu après 15 heures, alors que le photojournaliste de L’Union-L’Ardennais tentait de prendre des clichés d’un groupe de jeunes qui se préparaient manifestement à en découdre avec d’autres jeunes, il a été repéré par plusieurs individus.

Christian Lantenois a alors tenté de réintégrer l’habitacle de son véhicule, mais n’en a pas eu le temps. Un jeune s’est précipité vers lui, l’a frappé à coups de poing, puis avec son propre appareil photo. « Un second individu était vu en train d’asséner des coups de bâton en direction de la victime, mais il apparaît vraisemblable que ces coups ont été assénés au sol et non sur Christian Lantenois », a déclaré le procureur lors d’une conférence de presse.

Agressé en raison de sa profession

« Il est manifeste que la présence de Christian Lantenois gênait les individus qui se préparaient à commettre des violences, et qu’il a été agressé alors qu’il exerçait son métier de journaliste photographe et pour ce motif », a souligné Matthieu Bourrette, tout en rappelant que « cet élément n’est pas une circonstance aggravante sur un plan strictement juridique ».

«Il est probable que le groupe d’individus qui l’avait repéré voulait non seulement s’en prendre à lui, mais également récupérer la mémoire de son appareil photographique et les clichés pris», a continué le magistrat. Après les faits, l’appareil a d’ailleurs été retrouvé sans sa carte mémoire.

Le personnel de la médiathèque a porté assistance au blessé, avant que les secours n’arrivent sur les lieux peu avant 15h30. Le sexagénaire a été soigné sur place pendant une heure et demie avant d’être transféré au CHU. Son pronostic vital est aujourd’hui toujours engagé. Placé dans un coma artificiel, il souffre notamment d’un traumatisme crânien très sévère et d’une hémorragie cérébrale.

Un suspect connu des services de justice

Des « moyens considérables ont été mis en œuvre pour identifier et appréhender le ou les auteurs », a indiqué le procureur. Grâce à la vidéosurveillance, mais aussi à la connaissance du terrain par les policiers, un homme de 21 ans a été interpellé, suspecté d’être l’auteur des coups portés à Christian Lantenois.

Le jeune homme, suspecté d’avoir frappé le photojournaliste, a été identifié et interpellé le lundi 1er mars « sur la voie publique ». Placé en garde à vue, Anes Saïd K. a gardé « intégralement le silence ». « Aucune audition n’a pu être réalisée », a expliqué le procureur, qui a décrit « un individu passablement énervé ».

L’Algérien n’est pas un inconnu de la justice : « condamné à huit reprises entre 2018 et 2019, notamment pour des faits de vols avec effraction, usage de stupéfiants et violences en réunion, il a été incarcéré à Reims du 16 avril au 19 mai 2020 pour ne pas avoir effectué le travail d’intérêt général auquel il était astreint ».

Les investigations se poursuivent désormais afin d’identifier et d’interpeller les autres personnes impliquées dans cette agression qui a suscité un immense émoi, aussi bien localement que dans le monde des médias et chez de nombreux responsables politiques, jusqu’à l’Élysée. Le photojournaliste est, quant à lui, toujours entre la vie et la mort.

« Le journaliste est un interprète de la curiosité publique » Bernard Pivot (journaliste et écrivain français)

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