Posted on: 15 mars 2021 Posted by: manonquenehen Comments: 0

Après une Florence Foresti très… courageuse l’année dernière, c’était au tour de Marina Foïs d’animer cette 46ème cérémonie des Césars. Après une cérémonie tendue du fait du « dossier » Polanski, c’est en plein contexte de pandémie que Marina Foïs a enfilé la tenue de maîtresse de cérémonie !

Une Marina Foïs… décapante !

Marina Foïs a livré un discours d’ouverture décapant. En ouverture de la soirée, ce vendredi 12 mars, la maîtresse de cérémonie a livré un monologue plein de sarcasme. L’actrice a débuté par une analyse globale de la gestion de la pandémie de coronavirus depuis un an, pointant évidemment la fermeture des salles de spectacle, des cinémas, ainsi que l’interdiction des concerts.

« Comme (la Covid) ça tue surtout les vieux, on a enfermé les jeunes, fermé les cinémas, les théâtres, les musées et interdit les concerts pour ouvrir les églises parce qu’on est un pays laïc. Pour que les vieux qui ont eu le droit de sortir de l’Ephad à Noël aillent à la messe puisqu’on est un pays laïc », a-t-elle lâché, faisant référence aux images de messes géantes organisées à Noël dans plusieurs communes en France.

La maîtresse de cérémonie a poursuivi en s’attaquant ensuite aux décisions de maintenir les grands magasins ouverts tout en laissant les lieux culturels fermés. « Comme Dieu merci les salles de spectacle étaient fermées, il y avait moins de flux de gens, donc on a pu organiser de gros flux dans les grands magasins et les centres commerciaux pour qu’on puisse s’offrir à Noël des trucs qu’on a déjà pour pouvoir les revendre le lendemain sur Ebay (…) tout ça pour soutenir le personnel soignant pour qu’il y ait du monde en réa. Parce que quoi de plus triste qu’un lit vide. C’est comme une salle vide pour un artiste, mais Dieu merci les salles de spectacle étaient fermées, donc elles ne risquaient pas d’être vides ou pas assez remplies parce que c’est vrai l’art, quand c’est pas rentable, ça fait chier ».

La suite a dû faire bondir de sa chaise la ministre Roselyne Bachelot, présente dans les coulisses de la salle. « Soyons justes. Le gouvernement n’a pas rien fait. Il y a des aides. Et la ministre non plus elle n’a pas rien fait. Madame Bachelot vous sortez un livre, en prévente sur Amazon, Ma vie en Rose dans lequel vous donnez votre recette de pâtes au gorgonzola. Vous avez vraiment des petits trucs pour donner du réconfort pour traverser les crises », a-t-elle ironisé avant de poursuivre sa tirade préparée avec ses co-auteurs pour la soirée, Blanche Gardin et Laurent Laffite. « Mais en interview chez Delahousse vous dites: « le gorgonzola, ça se râpe très bien ». Et là, je vous perds Madame la ministre et je perds confiance en vous. Le parmesan oui, le gorgonzola non ça ne se râpe pas. Et que faire lorsqu’on a plus confiance en son ministre de tutelle à l’heure où se joue l’avenir du cinéma et de l’exception culturelle française ? ».

Marina Foïs a conclu son discours de près de huit minutes en tentant d’expliquer pourquoi elle avait accepté d’être la maîtresse de cérémonie de la soirée alors qu’elle n’a jamais remporté le moindre César, malgré cinq nominations. « C’est quand même un peu sadique de proposer, c’est carrément maso d’accepter. C’est comme avoir une pharmacienne à la culture en pleine pandémie ».  Un décor planté dès le début de la soirée !

Une cérémonie qui est loin d’avoir fait l’unanimité

La 46ème cérémonie des César, retransmise sur Canal + en clair vendredi 12 mars 2021, a rassemblé 1,6 million de téléspectateurs (9,1 % de part d’audience), l’un de ses plus mauvais scores, selon des chiffres de Médiamétrie. La grande préoccupation de la soirée a évidemment été la crise sanitaire et la scène a servi à plusieurs reprises de tribune pour crier le désespoir du monde de la culture.

« No culture, no futur » sur le ventre, « Rends-nous l’art, Jean » sur le dos : la comédienne Corinne Masiero, alias capitaine Marleau sur le petit écran, a marqué les esprits en ôtant un costume de Peau d’Âne sanguinolent, se retrouvant entièrement nue sur la scène pour remettre le prix du meilleur costume.

« Ridicule », « à pleurer »… Dès samedi, un rapide tour sur les réseaux sociaux et dans les médias permettait de comprendre l’étendue des dégâts. L’historien Jean Garrigues a notamment estimé que la soirée avait atteint le « comble du ridicule » lors de l’intervention de Corinne Masiero. « Comme si Castex avait volé la culture !!! Mais comment peut-on être aussi stupide… ou malhonnête ? », a-t-il tempêté sur Twitter.

Sur RTL, Gérard Jugnot a quant à lui déploré le manque de « légèreté » de la cérémonie. « C’est vrai qu’on souffre, mais on n’est pas les seuls. Il ne faudrait pas faire croire aux gens qu’il n’y a que les artistes qui souffrent », a déclaré l’acteur, selon qui « ce n’est quand même pas que de la faute du gouvernement s’il y a un virus » dans le pays.

 « On attendait la cérémonie des César après cette éprouvante année pour le cinéma… La vulgarité et le manque de tenue au milieu de ces disparus prestigieux, était confondante. Comment être aussi médiocre quand il faut s’élever vers ce qui devrait faire la grandeur du 7ème art ? » s’est désolé Jérôme Clément, ancien directeur du CNC et fondateur de la chaîne Arte.

De son côté Ivan Rioufol, journaliste au Figaro a exprimé sa déception : la « vulgarité » des César « signe le naufrage du show-biz inclusif, genré, décolonial : oui, Adieu les cons ». Une référence au sacre de la comédie d’Albert Dupontel, qui a d’ailleurs brillé par son absence vendredi soir à l’Olympia. L’écrivain Henry-Jean Servat enfonce le clou : « Sans classe. Sans chic. Sans élégance. Sans humour. Sans tendresse. Sans passion. Sans retenue. Sans envie. Sans panache. Sans partage. Sans courage. Sans conscience. Sans fierté. Sans décence. Sans honneur. Sans rien. Sans nous. Sans moi ».

D’ailleurs, de nombreuses personnalités du cinéma français ont refusé de venir remettre des prix durant cette 46ème cérémonie, à l’image d’Adèle Haenel. « Elle a décliné, comme plein d’autres, pour des raisons qui lui appartiennent » a expliqué Marina Foïs. À noter que seuls les remettants et les nominés étant conviés pour des raisons sanitaires.

Albert Dupontel et « Adieu les cons », grands vainqueurs de cette cérémonie

Le film Adieu les cons, qui raconte les malheurs d’un obscur employé administratif capable de rater jusqu’à son propre suicide, a triomphé, lors de cette cérémonie des Césars en décrochant sept récompenses.

Albert Dupontel, 57 ans, le réalisateur et acteur principal de cette comédie grinçante, qui a vu son exploitation en salle brisée par le deuxième confinement après avoir rassemblé 700 000 spectateurs en une semaine, a remporté pour la première fois de sa carrière le César du meilleur film.

L’acteur et réalisateur, qui ne se rend plus à la cérémonie des Césars car il se dit « perplexe devant ce jugement intellectuel », a également décroché le César de meilleur réalisateur, récompense qu’il avait déjà obtenue en 2018 pour Au revoir là-haut.

François Ozon et Emmanuel Mouret encore une fois boudés par le jury

Été 85 et Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait partaient pourtant parmi les grands favoris de cette 46ème édition. Les votants de l’Académie en ont décidé autrement.

Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait d’Emmanuel Mouret : nommé treize fois. Été 85, de François Ozon : nommé douze fois. Le premier obtiendra un accessit : le César du meilleur second rôle féminin, couronnant la performance d’Émilie Dequenne. Le second repartira tout simplement bredouille, au bénéfice d’Adieu les cons, d’Albert Dupontel, sept fois récompensé.

Pourtant les deux productions partaient grandes favorites. Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, romance mélodramatique mettant en scène Niels Scheider et Camélia Jordana, délivre de délicieux dialogues. Les histoires d’amour relatées en appellent aux souvenirs du spectateur autant qu’à son désir d’aimer et d’être aimé. Le scénario est simple, les personnages complexes, la réalisation poétique.

De son côté, Été 85 évoque les premiers émois, la passion adolescente, l’engrenage de la dépendance, la volonté de faire souffrir l’être aimé, le tout enrobé d’une fougue brutale et cruelle. Félix Lefebvre et Benjamin Voisin campent de jeunes garçons hantés et fascinés par la mort, fous l’un de l’autre, dont les amours lasseront l’un et blesseront l’autre. Le film, adapté du roman La danse du coucou, roman lu par Ozon alors qu’il n’avait que dix-sept ans, a germé longtemps dans l’esprit du cinéaste, qui reste pourtant ici avec cette nouvelle histoire dans sa zone de confort.

La diversité au cœur de cette soirée

Est-ce la fin de l’entre-soi et le début d’une plus grande reconnaissance de l’apport de la diversité dans le cinéma ? La question mérite d’être posée alors que la place des acteurs noirs avait été soulevée, notamment, par Aïssa Maïga, actrice française d’origine sénégalo-malienne mais aussi une des autrices de l’ouvrage Noir n’est pas mon métier. Cette année il semble que nouveau le jury soit passé à l’action.

Jean-Pascal Zadi et Fathia Youssouf meilleurs espoirs

Principaux acteurs de Tout simplement noir, une comédie contre les clichés racistes, et de Mignonnes de Maïmouna Doucouré, un film sur l’adolescence à Paris, entre traditions, culture parisienne et réseaux sociaux, Jean-Pascal Zadi et Fathia Youssouf ont été sacrés meilleurs espoirs.

Jean-Pascal Zadi, meilleur espoir masculin, est aussi l’auteur et réalisateur, avec John Wax, de Tout simplement noir. Cet ovni cinématographique, qui, selon lui, parle « avant tout d’humanité », a cartonné sur les écrans entre les deux confinements. « Chaque génération doit trouver sa mission, l’accomplir ou la trahir », a déclaré Jean-Pascal Zadi en recevant son prix, citant le penseur du post-colonialisme Frantz Fanon.

Fathia Youssouf, meilleur espoir féminin, couronnée à seulement 14 ans, est la figure principale de Mignonnes, le film de Maïmouna Doucouré déjà remarqué et distingué tout au long de son parcours.

Sami Bouajila, meilleur acteur

Sami Bouajila, récompensé vendredi du césar du meilleur acteur pour son rôle de père déchiré dans Un fils, a réussi à sortir des rôles de « beur » grâce au cinéma d’auteur. « J’ai souvent l’impression que les rôles nous choisissent, plus qu’on ne les choisit », a déclaré l’acteur en recevant son prix des mains de Fanny Ardant. Avec une série de rôles d’envergure depuis trente ans, il a gagné la reconnaissance de ses pairs : prix d’interprétation à Cannes pour Indigènes de Rachid Bouchareb (2006), césar du meilleur second rôle pour Les Témoins d’André Téchiné (2007), et dernièrement une nouvelle distinction comme meilleur acteur dans une sélection de la Mostra de Venise pour Un fils. « Je ne me suis jamais senti dans la peau du beur de service. Ce sont des rôles qui font partie de moi. J’ai mis vingt ans à me défaire de toute étiquette, ce n’est pas pour en revendiquer une aujourd’hui », confiait-il à l’AFP en 2011 pour la sortie d’Omar m’a tuer. « Je me défends de devenir le porte-parole d’une communauté : je suis d’abord un acteur » avait-il ajouté à l’époque.

Retrouvez le palmarès complet de la cérémonie :

Meilleur film: Adieu les cons d’Albert Dupontel

Meilleure réalisation: Albert Dupontel pour Adieu les cons

Meilleure actrice: Laure Calamy dans Antoinette dans les Cévennes

Meilleur acteur: Sami Bouajila dans Un fils

Meilleure actrice dans un second rôle: Emilie Dequenne dans Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait

Meilleur acteur dans un second rôle: Nicolas Marié dans Adieu les cons

Meilleur espoir féminin: Fathia Youssouf dans Mignonnes

Meilleur espoir masculin: Jean-Pascal Zadi dans Tout simplement noir

Meilleur premier film: Deux de Filippo Meneghetti

Meilleur scénario original: Albert Dupontel pour Adieu les cons

Meilleure adaptation: Stéphane Demoustier pour La fille au bracelet

Meilleure musique originale: Rone pour La nuit venue

Meilleur film étranger: Drunk de Thomas Vinterberg

Meilleur film d’animation: Josep d’Aurel

Meilleur documentaire: Adolescentes de Sébastien Lifshitz

Meilleur décor: Carlos Conti pour Adieu les cons

Meilleur costume: Madeline Fontaine pour La bonne épouse

César des lycéens: Adieu les cons d’Albert Dupontel

« La cérémonie des César, ça m’a toujours fait chier » Gérard Depardieu (acteur)

Pour voir ou revoir le discours d’ouverture de Marina Foïs, c’est par ici

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