Posted on: 29 mars 2021 Posted by: manonquenehen Comments: 0

Les chaînes médias sont en boucle sur le sujet de la Covid-19. Confinement, déconfinement, vaccins, chiffres… Tout, tout, tout, vous saurez tout sur le virus ! Et pendant ce temps-là, dans l’indifférence générale, le monde continue de tourner et des centaines de français vont perdre leur emploi…

Le groupe Renault a annoncé jeudi qu’il cherchait un repreneur pour la Fonderie de Bretagne, son usine de Caudan (Morbihan), où travaillent 350 salariés selon la CGT. Après une revue stratégique concernant ce site de production, la direction du groupe a présenté jeudi au comité social et économique (CSE) de l’usine un projet de recherche d’un repreneur, « qui lui paraît plus à même de pérenniser les activités et les emplois et d’adapter l’outil industriel aux évolutions du secteur », explique le groupe dans un communiqué.

Dans le cadre de son plan d’économies, Renault a déjà fermé son usine de Choisy-le-Roi, transformé Flins, vendu les Fonderies du Poitou et s’apprête à céder ses parts (1,54 %) dans le groupe Daimler (Mercedes).

Un plan d’économies de plus de 2 milliards d’euros annoncé début 2020

En difficulté, le constructeur français avait annoncé début 2020 un plan d’économies de plus de deux milliards d’euros sur trois ans, qui prévoit 4 600 suppressions d’emplois dont 48 000 en France et plus de 10 000 hors de France. Le président de Renault Jean-Dominique Senard avait évoqué au printemps 2020 cette usine bretonne qui n’avait « pas vocation à rester dans le groupe Renault ».

Le losange, installé à Caudan depuis 1965, fabrique des pièces de sécurité et des pièces pour les moteurs et les boîtes de vitesses, qui équipent aussi des BMW. Le groupe avait déjà revendu l’usine en 1999 à Teksid-Fiat, avant de la reprendre en 2009.

« Se diversifier et poursuivre la réduction des coûts de production »

À l’été 2020, Renault avait lancé une revue stratégique de l’usine. « Cette analyse conclut que le site doit diversifier ses activités et poursuivre la réduction de ses coûts de production », a expliqué jeudi la direction de Renault, citant « les évolutions de l’automobile vers des véhicules plus légers, la concentration des acteurs dans le secteur des fonderies et le déploiement du plan d’économie du groupe ».

Renault s’est engagé à « poursuivre le dialogue avec les partenaires sociaux et les acteurs du territoire » pour identifier un repreneur « qui soit le plus à même d’assurer la pérennisation des activités et des emplois sur le site de Caudan ».

« Pas une surprise, mais une trahison » pour les syndicats

« Ce n’est pas une surprise mais c’est une trahison », a réagi le délégué CGT Maël Le Goff à la sortie du CSE. « Ce qui nous dégoûte dans cette histoire, c’est que les salariés ont tout fait pour reconstruire l’outil de travail », suite à un incendie en 2019, « et se sont démenés avec les changements de postes et changements d’horaires pour au final dire ‘on s’en va’ ». Le syndicaliste promet « des actions » pour dénoncer ces décisions.

Qui pour reprendre ?

La recherche d’un repreneur doit démarrer en mai 2021, à l’issue du processus de consultation. Selon la direction, FDB pourrait intéresser « compte tenu des savoir-faire et du potentiel du site, un industriel spécialisé dans la fonderie et doté d’une taille plus conséquente pour réaliser d’importants investissements ».

« Le groupe Renault s’engage à poursuivre le dialogue avec les partenaires sociaux et les acteurs du territoire », précise le constructeur, qui ne doute pas de la possibilité de trouver un repreneur.

Un prêt accordé par l’État en 2020

Un prêt garanti par l’État de 5 milliards d’euros avait été accordé par Bruno Le Maire, pour aider le constructeur automobile Renault à traverser la crise du coronavirus, apprenait-on auprès de Bercy en juin dernier.

Le gouvernement, qui avait jusqu’ici réservé sa signature, estimait alors avoir obtenu les garanties qu’il réclamait pour l’avenir des salariés de l’usine de Maubeuge (Nord), inquiets d’un projet de fusion avec le site de Douai, à 70 km de distance.

À l’époque, le ministre avait « demandé à ce que s’ouvre immédiatement un dialogue social et technique, pour mettre au point un projet industriel d’avenir (…) qui devra garantir à long terme, au-delà de 2023, l’emploi et le niveau d’activité industrielle sur le site de Maubeuge et son territoire ».

Dans le cadre d’un plan d’économies de 2 milliards d’euros, le groupe au losange envisageait alors de transférer la production des utilitaires électriques Kangoo de Maubeuge vers l’usine de Douai.

« Aucune décision ne sera prise sur des transferts d’activité tant qu’un tel projet d’avenir n’aura pas l’accord des parties », avait indiqué Bercy.

Un soutien précieux des élus

En clôture du conseil municipal d’Hennebont, les élus ont voté à l’unanimité un vœu en faveur de la Fonderie de Bretagne. Le maire, André Hartereau, a rappelé, comme les deux autres groupes d’opposition, l’engagement de longue date d’Hennebont aux côtés des salariés de la fonderie. Il a évoqué le vœu de 2008 où était déjà demandé que « les constructeurs français portent une attention particulière aux voitures économes en énergie et respectueuses de l’environnement pour garantir une activité durable à Caudan ».

L’édile a souhaité que ce soit le même texte que celui adopté par Lorient Agglomération pour « plus de force et une certaine cohérence pour les conseillers communautaires hennebontais ». Après l’intervention de Fabrice Lebreton d’Hennebont pour tous, et suite à sa demande, un alinéa a été ajouté, rappelant les références historiques des Forges et l’attachement particulier d’Hennebont envers cette usine. « Un vote unanime qui ne donnera que plus de poids à la délégation d’élus qui sera reçue par le ministre de l’économie », ajoutait Fabrice Lebreton. « C’est une belle image d’unité pour une cause qui vaut largement cette unité », conclut André Hartereau.

Des salariés décidés à être entendus

Plus de 1 000 personnes étaient rassemblées, mardi 23 mars dernier, en matinée, sur le parking de l’usine, à Caudan. Les salariés annoncent se battre pour rester dans le groupe Renault.

« Trahison », « abandon », « repreneur non » les inscriptions, façon Tour de France, sur le bitume qui mène à la Fonderie de Bretagne (FDB) à Caudan donnent le ton. La CGT, syndicat majoritaire de la Fonderie de Bretagne, avait appelé au rassemblement, sur le parking de l’usine pour marquer l’opposition à la vente du site annoncée par Renault. Plus de 1 000 personnes étaient alors réunies. Des syndicats à l’image de la CGT, Solidaires, FSU et FO ; des formations politiques comme le PCF, la France Insoumise, UDB, EELV, Génération.s et même des ouvriers d’autres fonderies françaises.

Renault ne veut plus de FDB. Pas assez rentable et sans avenir dans un monde au tout électrique. Inadmissible pour la CGT et Maël Le Goff, secrétaire : « En mai 2019, après l’incendie, De Los Mozos (directeur industriel du groupe Renault, NDLR) venait nous dire : patience et confiance. Comment a-t-on pu reconstruire, redémarrer un outil et dire trois mois après stop ? Quel business plan avait Renault pour FDB en 2009, en 2019 ? », s’interroge donc l’élu CGT sur un podium de fortune devant l’usine.

« Je suis très heureux d’avoir Monsieur Citroën comme concurrent, car il fait travailler et oblige à la lutte » Louis Renault (inventeur, pilote de course, chef d’entreprise français et fondateur de l’empire industriel Renault)

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