Posted on: 31 mars 2021 Posted by: manonquenehen Comments: 0

Gare aux abus de langage. L’éruption, en cours depuis le 19 mars dans la péninsule de Reykjanes, n’est pas due au réveil supposé du Fagradalsfjall, mais à une fissure de la croûte terrestre.

Contrairement à ce que les vulcanologues attendaient, elle pourrait durer plusieurs jours, voire, selon certains, plusieurs semaines. En raison de la constance du flux de lave et après l’analyse des premiers échantillons de magma, l’hypothèse d’un phénomène plus long prend de l’ampleur.

L’Islande, une zone d’activité volcanique intense

Située sur une zone d’accrétion, l’Islande est très active d’un point de vue volcanique. Effectivement, sa situation géologique particulière, à la fois sur la dorsale médio-atlantique et sur un point chaud, fait que l’île subit chaque siècle plusieurs dizaines d’éruptions, dont certaines sont très puissantes.

Ce pays est donc très actif au niveau du volcanisme avec pas moins de 200 volcans. Il y a environ 20 à 25 éruptions par siècle, ce qui représente une éruption tous les 4 à 5 ans. Les quantités de magma émises sont aussi très conséquentes, avec environ 8 km3 par siècle et 1 ou 2 km3 de cendres.

Pour se faire une idée, les volcans islandais produisent environ deux fois plus de lave que ceux d’Hawaï ! Il y aurait aussi une épaisseur de 3000 mètres de lave au-dessus du plateau océanique sur lequel repose l’île !

Concernant les types de volcanisme que l’on trouve sur place, ils sont multiples avec des stratovolcans (multiples éruptions sur un même volcan), des failles éruptives, monogéniques, des volcans boucliers, en plateau ou sous-glaciaires. Même si la plupart des volcans sont de type rouge (éruption effusive), l’Islande compte aussi des spécimens qui provoquent des éruptions de type pyroclastique (éruption grise).

La majorité des éruptions islandaises sont donc magmatiques mafiques (roches volcaniques composées de magnésium et de fer), en représentant environ 91% du nombre total d’éruptions et du volume de matières émises. Cependant, un nombre conséquent d’éruptions siliciques d’Europe provient de cette zone.

L’activité sismique s’était intensifiée dans la région

Si l’Islande est la zone volcanique la plus vaste et la plus active d’Europe, jamais depuis le 13ème siècle la lave n’avait coulé dans la péninsule de Reykjanes. Un réveil volcanique dans le secteur après huit siècles de sommeil peut signifier une nouvelle période d’activité pendant des décennies ou plus, ont déjà prévenu les spécialistes. Voilà un peu plus d’un an qu’une activité sismique, qui s’était soudainement intensifiée depuis un mois, suggérait que le magma pointait son nez dans la péninsule, célèbre pour abriter les eaux chaudes et turquoise du Blue Lagoon.

À une dizaine de kilomètres de la petite ville la plus proche, le port de pêche de Grindavik, le site de l’éruption dans la vallée de Geldingadalur devient chaque jour plus spectaculaire. Les jours passant, le magma incandescent en retombant forme des monticules de lave refroidie et créant deux petits cratères appelés cônes de projection, dont le plus haut atteint 20 mètres. Le site, déjà visité par des milliers de personnes, est relativement sûr, même si les rejets toxiques du volcan sont sous surveillance.

Selon l’institut météorologique d’Islande, la concentration de dioxyde de soufre (SO2) peut dépasser 9 000 µg/m3, soit 450 fois la moyenne sur 24 heures recommandée par l’Organisation mondiale de la santé.

A quel phénomène l’Islande fait-elle face aujourd’hui ?

Comme le pensaient les volcanologues, au bout d’un cycle d’environ 800 ans, une éruption s’est produite dans la péninsule de Reykjanes. L’activité volcanique a débuté hier soir dans la région de la Fagradalsfjall, à environ 40 km de la capitale islandaise, Reykjavik.

Le Veðurstofa Íslands, ou Office météorologique islandais (OMI), l’organisme national météorologique, hydrologique, glaciologique, sismologique et volcanologique islandais se veut rassurant. L’activité volcanique est considérée comme mineure à ce stade, avec de petites fontaines de lave et des coulées qui ne constituent qu’un danger très local car occupant une zone inférieure à 1 km2.

Il s’agit d’une éruption fissurale sur de 500 à 700 m de long, sans production notable de cendres et de téphra. L’émission de gaz soufrés  à ce stade ne concerne que des personnes s’approchant du volcan. Bien que située à environ 10 km au sud-ouest, la ville côtière de Grindavík n’est pour le moment aucunement menacée et encore moins la capitale islandaise à environ 40 km. L’activité sismique dans la région de l’intrusion de magma a été plus faible ces derniers jours et il n’y a actuellement aucune sismicité intense dans la région explique l’OMI dans un communiqué.

Une éruption lente et progressive qui attire les curieux

Loin des redoutables éruptions explosives, le flot de lave relativement faible et paisible qui coule depuis vendredi soir fait le bonheur de milliers de curieux venus approcher ce spectacle sublime, même si l’accès est ponctuellement bloqué lorsque les gaz toxiques sont en excès ou en raison des conditions météo. Ici, le magma sort selon les calculs préliminaires à près de 1 190 degrés. Les spectateurs les plus inventifs tentent d’y faire griller des saucisses, du bacon ou des marshmallows mais la température n’est pas toujours facile à maîtriser.

L’étude scientifique de la pression de cette plus jeune roche basaltique d’Islande suggère que le magma provient d’une source très profonde, à près de 15 kilomètres sous la surface. Un magma dit primaire c’est-à-dire en provenance directement du manteau terrestre supérieur, du jamais vu dans cette région depuis des milliers d’années.

« La plupart des magmas se dirigent vers la croûte en créant leurs propres lignées et en évoluant. Ce magma monte tout droit », explique le vulcanologue Thorvaldur Thórdarson. Surtout, le flux de circulation souterraine est similaire à celui de sortie à la surface, ce qui accrédite l’idée d’un scénario plus long, explique-t-il à l’Agence France-Presse.

Avec de telles données, « à mon sens, cette éruption a le potentiel pour se maintenir assez longtemps », ajoute le spécialiste. Du fait de la configuration du site (une cuvette naturelle dans une zone inhabitée), une éruption longue au rythme actuel ne pose pas de menace significative pour les environs, selon les experts. Ils estiment qu’il faudrait par exemple des semaines avant que la lave atteigne la route la plus proche.

« Si les hommes ne dansaient pas sur les volcans, je me demande où et quand ils danseraient ; l’important est de bien savoir qu’on a le volcan sous les pieds afin de goûter son vrai plaisir d’homme libre » Jacques Perret (écrivain français)

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