Posted on: 12 avril 2021 Posted by: manonquenehen Comments: 0

Pour la quatrième fois en moins de deux ans, la population israélienne a été conviée à voter pour de nouvelles élections législatives, le 23 mars 2021 dernier. Pour rappel, les élections législatives sont un type d’élection visant à élire les membres d’un Parlement ou d’une de ses chambres.

Les élections législatives en Israël

Israël est doté d’un parlement unicaméral, la Knesset, dont les 120 sièges sont pourvus tous les quatre ans, au plus tard le troisième mardi du mois hébraïque de heshvan, au scrutin proportionnel plurinominal avec listes bloquées et seuil électoral de 3,25 % dans une seule circonscription nationale. Après décompte des voix, les sièges sont répartis à la proportionnelle aux candidats de tous les partis ayant franchi ce seuil, sur la base du quotient simple et de la méthode de la plus forte moyenne, dans l’ordre de leurs positions sur les listes.

Des élections en réponse à une dissolution

Le Parlement israélien s’est dissous mardi 22 décembre dernier, plongeant l’État hébreu dans sa quatrième campagne électorale en moins de deux ans, sur fond de tensions entre Benyamin Nétanyahou et son ex-rival Benny Gantz.

La campagne de vaccination contre la Covid-19 avait à peine commencé en Israël que déjà le gouvernement « d’unité et d’urgence », formé pour affronter la crise sanitaire, avait volé en éclats. Après trois scrutins les ayant placés au coude à coude, Nétanyahou et Gantz avaient provisoirement enterré la hache de guerre au printemps afin de former un gouvernement d’union qui prévoyait notamment une rotation pour le poste de Premier ministre et l’adoption d’un budget unique pour les années 2020 et 2021.

Mais, pour concrétiser cette rotation et permettre à Gantz d’accéder au poste de chef de gouvernement en 2021, les parlementaires auraient dû, au préalable, s’entendre sur le budget. Or, au cours des derniers mois, le Likoud de Benyamin Nétanyahou et la formation Bleu Blanc de Benny Gantz ne sont pas parvenus à se mettre d’accord. En effet, les parlementaires ont rejeté, par 49 voix contre 47, une proposition de compromis afin de l’adopter en deux temps.

En l’absence de ce compromis nécessaire à l’adoption du budget, de nouvelles élections ont alors été mises en place. Outre son échec, cette alliance a lourdement impacté l’image de Benny Gantz, qui a perdu une bonne partie de son soutien. Au pouvoir depuis 12 ans, le Premier ministre Benjamin Netanyahu était alors donné comme favori, avec, comme principal opposant Yaïr Lapid du mouvement Yesh Atid.

Lutte contre la Covid-19 et accusations de corruption

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a lancé, en décembre 2020, une intense campagne de vaccination contre la Covid-19, grâce à un accord avec la société pharmaceutique américaine Pfizer en échange de données biomédicales sur les effets du vaccin. Ainsi, près de la moitié de la population israélienne a reçu les deux doses du vaccin. Cette campagne a d’ailleurs été particulièrement mise en avant par Netanyahu afin de légitimer son action et d’atténuer les accusations de corruption à son égard.

En effet, le Premier ministre est poursuivi depuis quelques mois pour « corruption », « malversation » et « abus de pouvoir » dans trois affaires. Il est ainsi le premier chef de gouvernement de l’histoire d’Israël à être confronté à des accusations criminelles en cours de mandat. Ainsi, il est notamment mis en cause dans « l’affaire 4000 », où il aurait donné des faveurs gouvernementales en échange d’une bonne couverture médiatique à Shaul Elovitch alors dirigeant des télécoms Bezeq en Israël. En outre, dans « l’affaire 2000 » il aurait obtenu une publicité favorable dans le principal quotidien Israélien le Yediot Aharonot en échange de la possibilité d’instaurer une loi visant à limiter la diffusion de son principal concurrent, le quotidien Israel Hayom. Enfin, il est accusé dans « l’affaire 1000 » d’avoir reçu des cadeaux de luxe (pour plus de 175 000 euros) de la part de personnalités en échange de faveurs financières ou personnelles.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a nié toutes les charges retenues contre lui, mais ces accusations pourraient avoir un impact quant à son futur politique. Ainsi, un mouvement de manifestations s’est formé à travers le pays chaque samedi contre le Premier ministre en réaction à ces accusations.

Les résultats des élections

Les élections législatives israéliennes ont eu lieu le 23 mars 2021. Elles ont concerné environ 6,5 millions d’Israéliens. A l’issue du scrutin, le bloc de Netanyahu a obtenu 52 sièges contre 57 pour l’opposition. Cependant, le Likoud, parti du Premier ministre, a reçu le plus grand nombre de places avec 30 sièges. Il a en outre obtenu le soutien des partis ultra-orthodoxes et de la formation d’extrême-droite de Bezalel Smotrich.

Afin de se maintenir au pouvoir et prolonger ainsi ses 12 ans d’exercice, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a besoin du soutien d’au moins 61 députés. Selon la législation israélienne, le candidat désigné dispose en outre de 28 jours pour former un nouveau gouvernement. Ce délai peut être rallongé de 14 jours, mais en cas d’impossibilité de trouver un compromis pour former une coalition, de nouvelles élections seront nécessaires.

À la sortie du bureau de vote, son principal opposant Yaïr Lamid avait déclaré : « C’est le moment de vérité pour Israël (…), soit Yesh Atid est fort, soit nous avons un gouvernement des ténèbres, raciste et homophobe ». Pour autant, le Premier ministre Benjamin Netanyahu semble être sorti vainqueur du scrutin, comme en témoigne son tweet publié peu après les élections : « Citoyens d’Israël, merci ! Vous avez donné une immense victoire à la droite et au Likoud sous ma direction. (…) Il est évident qu’une majorité écrasante de citoyens israéliens sont de droite et veulent un gouvernement de droite, fort et stable ».

Certains analystes prévoyaient une baisse de la participation aux élections en raison de la « fatigue électorale ». Cette analyse est corroborée par les résultats publiés par la commission électorale qui montrent un taux de participation de 67,2%, soit une baisse de 4,3 points depuis le dernier scrutin. Les dernières élections ont d’ailleurs été marquées par un tir de roquette depuis la bande de Gaza et par des représailles Israéliennes.

Une impasse politique, malgré la désignation de Netanyahu par le Président ?

Le président israélien a désigné, mardi 6 avril, Benjamin Netanyahu pour former le prochain gouvernement, au lendemain de consultations avec les partis élus. En effet, le Premier ministre a été recommandé par 52 députés nouvellement élus contre 45 pour Yaïr Lapid et 7 pour Naftali Bennett.

Lors d’une déclaration télévisée, le président Reuven Rivlin a justifié sa position : « j’ai pris ma décision sur la base des recommandations (des partis), qui indiquent que le député Benjamin Netanyahu a une plus grande possibilité de former un gouvernement ». Il a en outre affirmé : « je connais la position que beaucoup partagent, selon laquelle le président ne devrait pas confier cette tâche à un candidat qui fait face à des accusations criminelles, mais selon la loi et la décision des tribunaux, un Premier ministre peut continuer à jouer son rôle même lorsqu’il est confronté à des accusations ». Réagissant à cette désignation, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé que « nous formerons un gouvernement fort, pas un gouvernement paralysé » et qu’il « ferait tout pour sortir Israël de la spirale des élections ».

Le parti Yamina de Naftali Bennett (7 sièges) et le parti Ra’am de Mansour Abbas (4 sièges) sont donc déterminants pour la formation d’un futur gouvernement. Naftali Bennett semble réticent à s’associer avec le parti de Yaïr Lapid, tout en ne donnant pas non plus son soutien à Benjamin Netanyahu. Il a ainsi déclaré que « nous comprenons que le poids de la responsabilité pèse sur nos épaules (…) Ce pouvoir que vous m’avez donné, je vais l’utiliser en suivant un seul principe : ce qui est bon pour Israël, ce qui est bon pour les citoyens d’Israël » tout en précisant que « le temps est venu de panser les plaies, de dépasser les clivages ».

De son côté, Mansour Abbas a affirmé qu’il ne voulait faire partie d’aucun bloc. Ainsi, en l’absence d’un compromis, le pays pourrait rester dans l’impasse et se tourner vers une 5ème élection.

« Israël est toujours le fils aîné de la promesse, comme il est aujourd’hui le fils aîné de la douleur » Paul Claudel (dramaturge, poète, essayiste et diplomate français)

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