Posted on: 19 avril 2021 Posted by: manonquenehen Comments: 0

Plusieurs rassemblements pour la réouverture des lieux culturels et contre le confinement ont été organisés au son de « Danser encore ». Un succès qui étonne jusqu’à ses auteurs, le groupe HK & les Saltimbanks, déjà derrière le célèbre « On lâche rien ».

Au milieu des voyageurs dans le hall, quelques notes de trombone résonnent, bientôt rejointes par plusieurs chanteurs et danseurs éparpillés dans la foule. Le 8 avril dernier, gare de l’Est à Paris, une cinquantaine de personnes s’adonnent à un flashmob, comme on en a vu tant. Sauf que celui-ci se tient en pleine pandémie et entend justement dénoncer les restrictions sanitaires en cours. La plupart des participants ne portent d’ailleurs pas de masque et ne respectent pas les mesures de distanciation.

Les paroles sont on ne peut plus claires dans leurs revendications : « Et quand le soir à la télé, Monsieur le bon roi a parlé, venu annoncer la sentence, nous faisons preuve d’irrévérence mais toujours avec élégance ». « Auto-métro-boulot-conso, auto-attestation qu’on signe, absurdité sur ordonnance, et malheur à celui qui pense, et malheur à celui qui danse ». La chanson évoque aussi la « résistance » et dénonce des « mesures autoritaires » « Chaque relent sécuritaire voit s’envoler notre confiance, ils font preuve de tant d’insistance pour confiner notre conscience ».

Depuis quelques semaines, cette mélodie entraînante aux paroles engagées s’est érigée en véritable cri du cœur et s’est faite entendre de Marseille à Saint-Brieuc lors de mouvements de contestations face aux restrictions sanitaires. « Danser Encore » a su également fédérer les artistes et les intermittents du spectacle qui occupent, depuis mars, certains théâtres publics à travers la France.

Un flashmob c’est quoi ?

Un flashmob consiste en un rassemblement d’un groupe de personnes dans un lieu public pour y effectuer des actions convenues d’avance, avant de se disperser rapidement. Le rassemblement étant généralement organisé au moyen d’Internet, les participants ne se connaissent pas pour la plupart.

La caractéristique de ce phénomène est la convergence rapide d’individus à priori sans lien préalable, puis la dispersion tout aussi rapide des participants. L’impression d’improvisation et le facteur de surprise pour les spectateurs en sont les éléments clés. Sur internet, des sites permettent de s’inscrire, par ville, pour recevoir des instructions et participer à la prochaine « mobilisation éclair ».

On distingue le flash mob d’un rassemblement organisé par des sociétés de relations publiques ou pour une « cascade publicitaire ». Ce type de rassemblement organisé par des entreprises à des fins notamment promotionnelles ne sont pas des flashmobs à proprement parler. Les anglophones préfèrent les nommer smart mobs. Aussi n’est-il pas rare que des démonstrations promotionnelles, par exemple d’écoles de danse, soient indûment appelées flash mobs.

Des millions de vues

Il semblerait que chaque flashmob soit une initiative locale, mais la chanson reste la même, tout comme le modus operandi. Les performances sont filmées et postées sur les réseaux. Les réactions y sont pour moitié amusées, pour moitié choquées, mais ces images ont un succès foudroyant.

Certains flashmobs sont partagés des centaines de milliers de fois. L’auteur de la chanson, Kadour Hadadi, leader du groupe HK et les Saltimbanks (déjà responsable du titre « On lâche rien » en 2011), n’a jamais caché son militantisme à gauche et sa position quant aux mesures sanitaires : « Danser encore, elle est née pendant le deuxième confinement, avec ce débat autour d’essentiel et non-essentiel, dit-il à Libération. On avait un spectacle qu’on ne pouvait pas jouer, on ne pouvait pas faire notre métier alors qu’on juge que les artistes sont essentiels. Et ce morceau, c’était un exutoire. Dans la foulée, on a fait une vidéo, qui était toute buguée. On a balancé ça sans aucune prétention. Mais malgré ça, elle a tout de suite fait un million de vues, donc on a compris qu’il se passait un truc ».

Lors de la mise en ligne en décembre dernier sur YouTube, de « Danser Encore », ses interprètes originaires de Roubaix, étaient loin de se douter que le potentiel fédérateur du morceau allait atteindre celui de leur précédent titre « On lâche rien ». Une phrase devenue depuis hymne de toutes les manifestations, des retraites aux Gilets jaunes en passant par la loi Sécurité globale.

Désormais, le clip de Danser Encore comptabilise plus de 2 millions de vues sur YouTube et HK et les Saltimbanks ont été invités à venir jouer leur morceau, en guise de soutien, lors de nombreux rassemblements de protestation en France. Petit hic cependant : L’engouement est tel que chaque déplacement du groupe donne lieu à des attroupements. Dès lors, depuis les nouvelles restrictions prises par le gouvernement, début avril, le chanteur HK, a annoncé que ses prochains « concerts » prévus à Nantes, Bordeaux, Toulouse, ou encore Marseille seraient annulés, et ce au moins jusqu’à la fin du mois d’avril.

Mais que le groupe et les manifestants se rassurent, le succès du morceau n’est pas près de s’arrêter pour le moment. Après avoir été chanté à travers la France, c’est au tour de l’Allemagne, de l’Espagne ou encore de la Belgique de proposer des versions de la chanson mais surtout de continuer à « Danser encore ».

La musique pour réclamer la réouverture des lieux culturels

Le groupe prône la réouverture des lieux culturels. Dans un post Facebook, il dénonce un « état d’urgence culturel et social (…) Vous nous verrez sans doute dans les prochaines semaines continuer à chanter et à danser dans les rues ou sur les places publiquesCertain·es pourront considérer cela comme de la désobéissance, mais l’idée pour nous est avant tout d’être fidèles à notre nature profonde : nous sommes des saltimbanques, c’est ce que nous aimons faire, ce que nous savons faire, ce que nous pensons être essentiel. (…) Evidemment, lors de chacun de nos bals de rues, nous demandons aux gens de prendre soin d’eux, de leurs voisin·es en respectant les règles élémentaires et de bon sens ; chacun·e se montrant ensuite responsable pour soi-même ».

Une autre de ses chansons récentes s’intitule « Soigner encore » et appelle à « sauver l’hôpital public français ». « Il faut aussi comprendre que quand il y a des mesures autoritaires, prises par un président épidémiologiste, et plus de débat sur rien, avec des contradictions et des reniements, la confiance s’évapore, dit-il encore à Libération. Donc il y a des discours alternatifs qui émergent. La source de tout ça, c’est le manque de débat et de démocratie ».

Enfin, HK a donné trois conditions pour que sa chanson soit reprise pour des flashmobs et autre, « comme un socle de valeurs communes minimales pour pouvoir danser ensemble : les valeurs antiracistes, la non-violence et pas d’utilisation par les partis politiques ». Alors on danse (encore) ?

« Danser en temps de guerre, c’est comme cracher à la gueule du diable » Hafid Aggoune (écrivain français)

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