Posted on: 20 avril 2021 Posted by: manonquenehen Comments: 0

C’est une première. Des équipes de chercheurs ont réussi à créer des embryons chimériques mi-homme, mi-singe. Une avancée scientifique importante, mais qui soulève aussi des questions sur le plan éthique. Tentons d’y voir plus clair.

Une équipe de chercheurs français et une équipe sino-américaine ont réussi à créer de la vie en insérant dans un embryon de macaque des cellules souches humaines. Ces embryons pourraient constituer une avancée vers la guérison de certaines pathologies grâce à la régénérescence des cellules. Mais l’expérience divise. Petit récapitulatif.

Qu’est-ce qu’un embryon ?

Un embryon est un organisme en développement depuis la première division de l’œuf ou zygote jusqu’au stade où les principaux organes sont formés. L’embryologie est l’étude de la croissance d’un organisme durant toute la gestation, c’est-à-dire à la fois pendant la période embryonnaire et la période fœtale.

Pour rappel, Juridiquement, l’embryon, n’ayant ni sensibilité, ni personnalité n’est pas considéré comme une personne à part entière. En France et en Belgique, l’IVG est autorisée jusqu’à 14 semaines d’aménorrhée (12 semaines de grossesse), soit au-delà du stade de l’embryon. Le statut juridique du fœtus est incertain.

L’interruption volontaire de grossesse (IVG) est interdite dans certains pays en raison du statut juridique de l’embryon. Selon certains points de vue (notamment religieux et philosophique), le statut d’être humain est acquis dès la conception : selon cette interprétation, mettre fin à la vie de l’embryon équivaut à un assassinat.

En quoi consiste cette expérience ?

Les deux équipes de chercheurs ont cultivé en laboratoire pour une durée de trois à dix-neuf jours, des embryons de macaques, choisis pour leurs similitudes génétiques avec l’homme, dans lesquels ils ont injecté des cellules humaines. 

Les résultats de ces études ont été publiés dans la revue scientifique Stem Cell Reports courant janvier pour la première expérience et dans la revue Celle, le 15 avril, pour la seconde, rapporte Le Monde.

Quel est son but ?

Pierre Savatier est directeur de recherche à l’Inserm à Lyon et coordinateur de l’équipe de chercheurs français. Interrogé par France Info, il explique que le but d’une telle expérience est d’arriver à développer dans un premier temps nos connaissances.

Ensuite, ces compétences peuvent présenter un intérêt dans divers domaines. « Les premiers grands domaines qui pourront bénéficier de ces recherches sont la médecine de la procréation et la thérapie cellulaire, notamment utilisée dans la lutte contre la dégénérescence cellulaire », explique le chercheur.

Mais si l’on se projette davantage, il convient que ces avancées pourraient peut-être soulever « la question de la fabrication d’organes humains dans un objectif de transplantation ».

Quel encadrement législatif actuellement ?

C’est le sujet même de la révision de la loi bioéthique discutée actuellement et qui divise le Parlement. L’article 17 de cette révision entend réglementer justement la question des embryons chimériques.

Sur la question d’implanter des cellules humaines dans un embryon animal, les députés sont pour, les sénateurs sont contre pour faire bref, nous explique le Huffington Post.

Quels sont les risques qui entourent ces recherches ?

Il existe des risques, liés à ce genre d’expérience et le Conseil d’Etat les a listés, rapporte encore le Huffington Post.

Les trois principaux seraient donc les suivants : le risque de voir émerger de nouvelles maladies transmissibles à l’homme, le risque de représentation humaine chez l’animal, c’est à dire le risque de voir des aspects ou des attributs propres à l’humain se développer chez l’animal et le risque d’aller jusqu’à modifier la conscience animale. 

Pourquoi il est encore bien trop tôt pour s’inquiéter ?

Pas de panique, Pierre Savatier se veut rassurant, nous sommes encore loin de voir apparaître de « vraies » chimères et il existe aujourd’hui des moyens d’encadrer suffisamment ces essais pour éviter qu’ils ne dégénèrent. 

À propos des risques évoqués juste au-dessus, le chercheur interrogé par France Info tempère : « Il n’est pas question de faire n’importe quoi. On n’a pas encore réussi à développer suffisamment ces chimères pour qu’on puisse se poser ces questions. Mais on propose déjà des solutions pour ne pas se retrouver dans ces situations ».

Quant à l’imaginaire collectif, « on n’est pas en train d’imaginer des monstres délirants », rappelle le scientifique, qui attend donc beaucoup du débat législatif autour de ces embryons chimériques.

« Parce que la science nous balance sa science, science sans conscience égale science de l’inconscience » MC Solaar (rappeur français d’origine tchadienne)

Leave a Comment