Posted on: 22 avril 2021 Posted by: manonquenehen Comments: 0

Coupable. Après dix heures de délibération au tribunal de Minneapolis (Minnesota, États-Unis), les 12 jurés ont rendu leur verdict, mardi 20 avril dernier. Ils ont reconnu l’ancien policier blanc Derek Chauvin, âgé de 45 ans, coupable d’avoir tué George Floyd. Retour sur cette affaire qui a secoué l’Amérique.

Quels étaient les faits ?

La mort de George Floyd est une affaire de violence policière américaine lors de laquelle George Floyd, un homme noir, est mort à la suite de son interpellation par plusieurs policiers dont le policier blanc Derek Chauvin, le 25 mai 2020 à Minneapolis, dans le Minnesota aux États-Unis.

Alors qu’il est stationné dans sa voiture, George Floyd est interpellé par deux policiers à la suite d’un appel d’une épicerie signalant qu’il a utilisé un faux billet et qu’il refuse de le reprendre, ainsi qu’un état de forte alcoolisation et une intention affichée de reprendre le volant. Il est menotté puis assis sur le trottoir, avant d’être amené à une voiture de police, dans laquelle il refuse de monter, luttant avec les policiers et déclarant plusieurs fois qu’il est claustrophobe et ne peut pas respirer (« I can’t breathe  »), demandant d’être allongé au sol. Placé dans le véhicule, il en ressort peu après dans des circonstances floues et est alors plaqué au sol sur le ventre par trois policiers, dont Derek Chauvin qui l’immobilise en exerçant une pression du genou sur sa nuque.

Les policiers appellent une ambulance et George Floyd se plaint de nombreuses fois qu’il ne peut pas respirer, gémissant, appelant à l’aide avant de cesser de parler et de bouger, semblant avoir perdu connaissance. Le placage ventral, qui dure près de neuf minutes, les plaintes et la souffrance apparente de George Floyd sont filmés par des passants qui essaient d’intervenir, tentant de convaincre les policiers de le changer de position. L’ambulance arrive et les ambulanciers tentent de réanimer George Floyd, qui est déclaré mort moins d’une heure plus tard à l’hôpital. Les images filmées par les passants se propagent sur les réseaux sociaux, puis dans les médias et à l’international, provoquant de très vives réactions aux États-Unis et à travers le monde.

Une autopsie qui sème le doute

L’autopsie officielle, conduite par le médecin-légiste du comté de Hennepin et validée par le service médical des forces armées, conclut à un homicide à la suite des manœuvres des policiers pour le maîtriser et le contraindre, avec une contribution de sa maladie cardiovasculaire et de son intoxication à des drogues (dont une dose potentiellement mortelle de fentanyl). Ces éléments auraient conduit à un arrêt cardiopulmonaire, l’hypothèse de l’asphyxie n’étant pas retenue. Une autopsie est alors commandée par la famille de George Floyd. Cette dernière conclut également à un homicide et un arrêt cardiopulmonaire mais soutient la thèse de l’asphyxie.

Des sanctions immédiates à l’encontre des policiers

Les policiers présents sont licenciés de la police le lendemain et deux enquêtes sont ouvertes, dont l’une par le FBI, et Derek Chauvin est inculpé pour meurtre au troisième degré et homicide au second degré, puis pour meurtre au second degré. Une semaine plus tard, les trois autres policiers sont inculpés pour complicité de meurtre au second degré.

Une vague de soulèvement à travers le monde

Les circonstances entourant la mort de George Floyd conduisent à des manifestations et des émeutes contre le racisme et les violences policières dans l’agglomération de Minneapolis-Saint Paul, puis dans le reste du pays et dans le monde entier dans les jours suivants, ainsi qu’à de nombreuses réactions de protestations dans le monde politique, culturel et sportif.

Quels étaient les chefs d’inculpation à l’encontre de Derek Chauvin ?

Les charges qui pesaient sur lui étaient au nombre de trois : meurtre au second degré, meurtre au troisième degré, ainsi que coups mortels au second degré.

L’accusation avait ouvert le procès en diffusant la vidéo de l’agonie de George Floyd, devenu le symbole des brutalités policières contre les minorités aux Etats-Unis. Neuf minutes et 29 secondes au cours desquelles la phrase « Je ne peux pas respirer » est répétée 27 fois.

De nombreux témoignages allant dans le sens de l’accusation

Les audiences ont été rythmées par 38 témoignages parfois accablants côté accusation, contre sept seulement pour la défense.

L’adolescente qui a filmé toute la scène

Darnella Frazier, la jeune femme Afro-Américaine, auteure d’une vidéo qui a montré au monde entier la violence de cette scène, déclenchant une vague de protestations internationale inédite.

« J’ai entendu George Floyd dire : « Je ne peux pas respirer, s’il vous plaît, lâchez-moi ». Il a pleuré, a appelé sa mère, comme s’il savait que sa vie était finie. C’était absolument un appel au secours » a-t-elle expliqué pendant le procès.

La secouriste empêchée d’intervenir

Genevieve Hansen, 27 ans, pompière et secouriste, était de repos lorsqu’elle a vu George Floyd maintenu à terre par Derek Chauvin. Il avait le visage enflé, « comme écrasé sur le sol », a-t-elle dit à la barre.

Au tribunal, la secouriste assure s’être présentée « immédiatement » pour délivrer les premiers secours à George Floyd. « J’ai vu que son niveau de conscience était altéré », raconte-t-elle. Ce dernier « ne bougeait pas », « ne réagissait pas au stimulus douloureux » qu’était la pression exercée sur son cou. Derek Chauvin, lui, « semblait très à l’aise avec la majorité de son poids sur le cou de Monsieur Floyd ».

Genevieve Hansen a alors tenté d’intervenir, en vain. « Les policiers ne m’ont pas laissé passer », accuse-t-elle. « L’officier Tou Thao [l’un des agents impliqués] m’a dit que si j’étais vraiment une pompière de Minneapolis, je saurais qu’il valait mieux ne pas intervenir ».

Le légiste qui a conclu à un homicide

Son témoignage était primordial pour l’accusation, face aux arguments d’une mort par overdose ou liée à des faiblesses cardiaques portés par la défense. Andrew Baker, médecin légiste officiel du comté de Hennepin, est l’homme qui a autopsié George Floyd et conclu, une semaine après sa mort, à un « homicide ». Son « arrêt cardiaque », avait-il alors estimé, était la conséquence de la « pression » exercée sur son cou par Derek Chauvin.

George Floyd avait « un cœur hypertrophié » et souffrait « d’une maladie cardiaque très sévère », a convenu Andrew Baker. « Son cœur [avait] déjà besoin de plus d’oxygène du fait de sa taille », a développé le médecin légiste. Mais c’est son interpellation, le fait d’être plaqué au sol et « la douleur d’avoir sa joue contre le bitume » qui l’ont « fait basculer ».

Le chef de la police intransigeant

Il se souvient « presque mot pour mot » du message qui lui a été adressé le soir du 25 mai 2020, peu avant minuit. « Avez-vous vu la vidéo de votre agent étranglant et tuant cet homme ? ». Moins de 24 heures plus tard, Medaria Arradondo renvoyait Derek Chauvin et les trois autres policiers impliqués dans la mort de George Floyd. Un décès qu’il qualifie de « meurtre » le mois suivant. Le chef de la police de Minneapolis s’est exprimé avec la même intransigeance au tribunal, livrant un des rares témoignages de violences policières par un policier américain.

Selon lui, maintenir son genou sur le cou de George Floyd aurait pu être légitime « lors des premières secondes » de son interpellation. Jamais pendant 9 minutes et 29 secondes. À plusieurs reprises, d’une voix posée mais le ton ferme, l’ancien supérieur de Derek Chauvin a affirmé que le policier avait « violé » les règles.

Le procureur qui ne trouve « aucune excuse » à Derek Chauvin

À travers l’ultime charge de l’accusation : « C’était un meurtre, l’accusé est coupable des trois chefs d’accusation et il n’y a aucune excuse », a plaidé le procureur Steve Schleicher. « George Floyd a supplié jusqu’à ce qu’il ne puisse plus parler. Il fallait juste un peu de compassion et personne n’en a montrée ce jour-là ». Son collègue, Jerry Blackwell, a quant à lui défendu que le cœur trop grand de George Floyd n’était pas la cause de sa mort : « C’est le cœur trop petit de Derek Chauvin qui est la raison de la mort de George Floyd ».

Un verdict sans précédent dans l’histoire de la justice américaine

Coupable de « meurtre ». Coupable « d’homicide involontaire ». Coupable de « violences volontaires ayant entraîné la mort ». L’ex-agent de police, a été reconnu coupable pour les trois chefs d’inculpation, pour lesquels il était jugé depuis trois semaines. Après l’énoncé du verdict, le policier a été emmené menotté pour être incarcéré.

La peine sera connue ultérieurement, dans huit semaines. L’avocat de la famille de George Floyd a salué un verdict marquant un « tournant dans l’Histoire », alors qu’une explosion de joie a été constatée par des journalistes devant le tribunal. Il a engendré un sentiment de soulagement dans le pays et le président Joe Biden a qualifié ce dernier de « pas géant en avant », pour qui le racisme « entache » l’âme de l’Amérique. « Le verdict de culpabilité ne fera pas revenir George”, mais cette décision peut être le moment d’un “changement significatif », a-t-il ajouté, appelant l’Amérique à se rassembler.

« Aujourd’hui marque un jour de justice en Amérique », a déclaré Kamala Harris, première vice-présidente noire des États-Unis, lors du même appel. « Cela n’enlève toutefois pas la douleur. Les américains noirs, particulièrement les hommes noirs, ont été traités à travers ce pays comme s’ils n’étaient pas des hommes », a lancé l’ex-sénatrice. « Nous devons encore réformer le système ».

Peu après le verdict, tous deux avaient appelé par téléphone la famille Floyd. « Nous sommes tous tellement soulagés », leur avait confié le président. « J’aurais aimé être là pour vous prendre dans mes bras ».

Les anciens présidents appellent à poursuivre le combat

« Aujourd’hui, un jury à Minneapolis a fait ce qu’il fallait faire », a écrit l’ancien président Barack Obama, appelant à poursuivre « le combat » pour lutter contre le racisme et les violences policières. « Mais si nous sommes honnêtes, nous savons que la vraie justice va bien plus loin qu’un seul verdict dans un seul procès ». La « justice véritable requiert bien davantage », pour Barack Obama.

« La couleur de peau détermine encore bien trop souvent comment quelqu’un est traité dans presque toutes les sphères de la vie américaine », a souligné Bill Clinton. « Si le verdict ne nous ramènera pas George Floyd, il peut nous aider à empêcher d’autres morts insensées et nous rapprocher du jour où nous serons tous traités de la même manière », a ajouté l’ex-président démocrate.

Un soulagement et une satisfaction de courte durée

Moins d’une heure avant la condamnation de l’ex-policier Derek Chauvin pour le meurtre de George Floyd, une nouvelle affaire est venue nourrir l’indignation contre les brutalités policières et le racisme aux Etats-Unis.

Mardi 20 avril, une adolescente noire a été tuée par balle par la police à Columbus, dans l’Ohio (nord des Etats-Unis). Les faits se sont produits alors qu’elle semblait attaquer une autre personne avec un couteau. Des manifestations ont éclaté dans la ville après sa mort.

Selon le chef de la police de la ville, Michael Woods, des policiers ont répondu à un appel d’urgence mardi après-midi, vers 16 h 30 (20 h 30 GMT), d’une personne qui craignait de se faire attaquer à coups de couteau.

La police diffuse une vidéo de la scène

La police a également publié une partie de l’enregistrement de la caméra-piéton portée par le policier qui a abattu l’adolescente. Cette dernière a été identifiée comme Ma’Khia Bryant, âgée de 16 ans, par les services chargés de l’enfance du comté de Franklin à Columbus.

« Nous avons pensé qu’il était important de partager avec la communauté, d’être transparents sur cet incident, de les laisser avoir certaines réponses que nous pouvons fournir ce soir », a déclaré Michael Woods.

Les images vidéo montrent des policiers arrivant sur le lieu d’une bagarre, avec une petite foule de spectateurs. Une adolescente en attaque une autre au moyen de ce qui paraît être un couteau, des coups de feu sont entendus et la jeune fille s’effondre au sol. Le policier jette ensuite un couteau à l’écart de l’adolescente.

Le maire, Andrew Ginther, a qualifié de « situation horrible et bouleversante » la mort de la jeune fille, évoquant « un jour tragique pour la ville de Columbus » et demandant aux habitants de prier pour la famille de l’adolescente.

Selon le maire, le policier dont le nom n’a pas été rendu public « a agi pour protéger une autre jeune fille de notre communauté ». La mère de l’adolescente tuée, Paula Bryant, a déclaré à l’antenne locale de CBS que sa fille était « très aimante, paisible » et « défendait la paix ».

« Une injustice où qu’elle soit est une menace pour la justice partout. Nous sommes tous inéluctablement pris dans un réseau de relations mutuelles, liés par un destin commun. Tout ce qui affecte directement quelqu’un, nous affecte tous indirectement » Martin Luther King (pasteur, baptiste et militant non-violent afro-américain pour le mouvement américain des droits civiques, fervent militant pour la paix et contre la pauvreté)

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