Posted on: 26 avril 2021 Posted by: manonquenehen Comments: 0

Repoussée de deux mois en raison de la Covid-19, la cérémonie des Oscars s’est déroulée dimanche 25 avril, principalement à Los Angeles, mais également dans une vingtaine de lieux du monde entier reliés par satellite. Retrouvez le palmarès complet de la nuit américaine qui a célébré le cinéma et consacré de nombreux français.

Qu’est-ce que les Oscars ?

Les Oscars du cinéma (Academy Awards) sont des récompenses cinématographiques américaines décernées chaque année depuis 1929 à Los Angeles et destinées à saluer l’excellence des productions américaines et internationales du cinéma. L’attribution de ces distinctions dans les domaines choisis pour représenter les métiers de la création cinématographique (réalisation, interprétation, scénario, technique) est organisée, gérée et dirigée par l’association professionnelle Academy of Motion Picture Arts and Sciences.

Les récompenses sont décernées aux films et aux personnes qui interviennent et contribuent, selon l’Académie, aux meilleures réalisations, ouvrages et travaux artistiques de l’année écoulée. Si cette compétition est ouverte aux films du monde entier à partir du moment où ceux-ci sont distribués dans le comté de Los Angeles l’année précédant la cérémonie, elle se veut avant tout une célébration de l’industrie hollywoodienne. En conséquence, elle met presque systématiquement à l’honneur des films américains. De plus, il n’existe un Oscar du meilleur film en langue étrangère que depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Avant 2020, on recense deux longs métrages, récompensés par l’Oscar du meilleur film, dont le financement n’est pas essentiellement américain : le film du réalisateur italien Bernardo Bertolucci Le Dernier Empereur en 1988 ; et le long métrage français réalisé par Michel Hazanavicius The Artist en 2012. En 2020, Parasite de Bong Joon-ho devient le premier long métrage non-anglophone (tourné en coréen) et totalement produit en dehors de tout lien avec les États-Unis à recevoir l’Oscar du meilleur film et le premier à remporter à la fois le trophée du meilleur film et celui du meilleur film international.

Officieusement, les Oscars ont aussi permis de définir des fourchettes salariales pour chaque corps de métier. Certaines revendications de la profession ont ainsi pu être contenues.

Les Academy Awards sont les plus anciennes récompenses dans le domaine des médias et du spectacle. Elles sont considérées comme les plus importantes de l’industrie du cinéma mondial. Leurs équivalents américains dans les domaines de la musique (Grammy Awards), de la télévision (Emmy Awards) et du théâtre (Tony Awards) ont été édifiés sur le même modèle.

Nomadland rafle la mise

Donné favori depuis des mois à Hollywood, Nomadland a tenu ses promesses, dimanche soir, en remportant trois Oscars : Meilleur film, meilleure réalisation et meilleure actrice. Ce « meilleur long-métrage » suit le parcours de nomades vivants dans des fourgonnettes dans une Amérique frappée par la récession.

Sa réalisatrice, Chloe Zhao est devenue la première femme d’origine asiatique à remporter l’Oscar de la meilleure réalisation. Une seule femme a obtenu ce prix auparavant. Il s’agit de la réalisatrice Kathryn Bigelow, récompensée pour Les Démineurs en 2010. Avant d’être sacrée meilleure réalisatrice aux Oscars, Chloe Zhao a remporté le Golden Globe le 1er mars dernier. Une distinction qu’aucune femme n’avait décrochée depuis Barbra Streisand en 1984.

L’actrice principale de Nomadland, Frances McDormand, a, elle, remporté la troisième statuette de sa carrière, dimanche, après ses prestations dans Fargo (1997) et Three Billboards (2018). À 63 ans, l’actrice rejoint ainsi un club très fermé, qui ne compte que sept membres, elle comprise.

La promesse de diversité et de mixité a été tenue

Dans une cérémonie étrange, organisée au cordeau par le réalisateur Steven Soderbergh, dans la gare principale de Los Angeles, et peuplée de films que bien peu de gens ont eu l’occasion de voir en salles, l’obligation de sortie à Los Angeles pour concourir avait été exceptionnellement levée en raison de la pandémie.

Au final, dans la compétition entre les plates-formes de streaming et le grand écran, Netflix, qui avait accumulé 36 nominations, un record, peut s’estimer heureux avec sept statuettes, un autre record pour un site de vidéo à la demande. Le géant californien a raflé des Oscars techniques (maquillage/coiffure et costumes pour Le Blues de Ma Rainey et décors et photographie pour Mank), le prix du documentaire (La Sagesse de la pieuvre) et enfin celui des meilleurs courts-métrages (animation et traditionnel). Il devance tous les studios traditionnels – mais il faut bien dire que ces derniers ont souvent opté pour un décalage des sorties de leurs films en attendant des temps meilleurs.

Après des années de polémique sur le manque d’ouverture aux femmes et aux minorités de l’académie des Oscars, la promesse de diversité et de mixité a été tenue, avec des femmes enfin récompensées (Chloé Zhao, donc, mais aussi la Britannique Emerald Fennell pour le scénario original de Promising Young Woman) et un défilé de stars du Black Hollywood sur scène pour remettre les prix (Regina King, Angela Bassett, Halle Berry, Zendaya…).

Malgré des déceptions dans les catégories phares, les nombreux films consacrés à l’histoire de la communauté afro-américaine n’ont pas été ignorés, notamment Judas and the Black Messiah (meilleur second rôle masculin pour Daniel Kaluuya, meilleure chanson), sur la vie et l’assassinat du leader des Black Panthers à Chicago Fred Hampton. L’acteur-réalisateur-producteur Tyler Perry a également été récompensé d’un prix honorifique pour son action humanitaire.

Quelques jours après le verdict dans le procès du meurtre de George Floyd, un Afro-Américain, par un policier blanc à Minneapolis, et après une année de manifestations contre le racisme aux Etats-Unis, les remises de prix ont été l’occasion de revenir sur ces événements qui déchirent l’Amérique – malgré les recommandations des producteurs de mettre la pédale douce sur les discours politiques, devenus omniprésents ces dernières années au risque de faire fuir les téléspectateurs.

Une soirée prolifique pour les Français

L’actrice et réalisatrice Regina King, à qui est revenue la difficile mission d’ouvrir la cérémonie, a résumé le paradoxe : « Si les choses s’étaient déroulées différemment la semaine dernière à Minneapolis, j’aurais peut-être échangé mes talons hauts contre des chaussures pour manifester. Je sais que beaucoup d’entre vous, à la maison, cherchent leur télécommande [pour changer de chaîne] lorsque vous avez l’impression qu’Hollywood vous fait la leçon. Mais en tant que mère d’un fils noir, je connais la peur avec laquelle tant de gens vivent et que la célébrité et l’argent ne changent pas. Mais ce soir, nous sommes ici pour célébrer. »

 « S’il vous plaît, ne soyez pas indifférent à notre douleur », a exhorté de son côté le comédien Travon Free, venu recevoir le prix du meilleur court-métrage pour Two Distant Strangers, l’histoire d’un dessinateur noir enfermé dans une boucle temporelle qui voit sa journée se terminer invariablement par son meurtre par un policier.

Autre gagnant de la soirée, The Father, l’adaptation de la pièce de Florian Zeller, pour laquelle le romancier français a obtenu le prix du meilleur scénario adapté et dont l’acteur principal, Anthony Hopkins, a été récompensé.

La soirée a été bonne pour les Français, avec un lauréat côté meilleur son (Nicolas Becker, Sound of Metal), un autre côté court-métrage documentaire, dont la productrice, Alice Doyard, a conclu son intervention d’un retentissant « vive la France » après avoir dédié le prix accordé au film Colette, sur une résistante française, « aux femmes du monde entier, de tous les âges, qui unissent leurs forces et luttent pour la justice ».

Drunk remporte la statuette du meilleur film étranger

Sans surprise, Thomas Vinterberg a remporté l’Oscar du meilleur film étranger pour Drunk, un long-métrage qui suit quatre amis de toujours, enseignants dans le même établissement à la vie monotone près de Copenhague. Martin, prof d’histoire dépressif en pleine crise de la quarantaine, joué par la star danoise Mads Mikkelsen.

La petite bande décide alors de s’inspirer d’une théorie attribuée au psychiatre norvégien Finn Skårderud – mais démentie par l’intéressé – selon laquelle l’homme serait né avec un léger déficit de taux d’alcool dans le sang. Ils boivent alors pour être en permanence à 0,5g d’alcool, du réveil jusqu’au dîner, et consignent scrupuleusement les effets de l’expérience.

En recevant son prix, le metteur en scène, en larmes, a évoqué sa fille, dont la mort au début du tournage a failli mettre un terme au projet. « Si vous voulez bien croire qu’elle est avec nous ce soir, vous pourrez la voir applaudir et crier avec nous », a déclaré le réalisateur de Festen. « Nous avons fini par faire ce film pour elle, comme son monument. Alors, Ida, c’est un miracle qui vient de se produire. Et tu fais partie de ce miracle. Peut-être as-tu tiré des ficelles quelque part. Je ne sais pas. Mais celui-ci est pour toi », a-t-il ajouté.

Le film d’animation Soul consacré

Tandis que Drunk se veut une ode à la vie, c’est une fable onirique sur le sens de la vie qui a reçu l’Oscar du meilleur film d’animation. Soul, dernier-né ambitieux et singulier des studios Pixar, raconte les tribulations entre la vie et la mort de Joe Gardner, modeste professeur de musique new-yorkais qui souhaite devenir jazzman auprès des plus grandes stars.

Une chute le précipite dans une interminable file d’attente céleste, antichambre de la mort, avant qu’il ne bascule par erreur dans le « Grand Au-delà », un monde avant la naissance où chaque « âme » humaine est censée acquérir sa personnalité, qualités et défauts, avant d’intégrer un corps humain.

Une soirée en demi-teinte

La cérémonie presque sans relief et sans humour, à l’exception d’un « twerk » improvisé par l’actrice Glenn Close, s’est terminée en queue de poisson. Le prix du meilleur acteur plutôt que celui du meilleur film, comme c’est l’habitude, a été attribué à un Anthony Hopkins absent, là où on attendait une séquence émotion autour de Chadwick Boseman, mort en 2020, et présent dans la catégorie.

Frances McDormand a exhorté les téléspectateurs à quitter, dès que possible, leur canapé : « Regardez notre film sur le plus grand écran possible. Et un jour, très, très bientôt, emmenez tout le monde, vous savez, dans un cinéma, côte à côte dans ce lieu sombre, et regardez tous les films qui sont représentés ici ce soir. »

Retrouvez le palmarès complet :

Film : Nomadland

Réalisateur : Chloé Zhao (Nomadland)

Actrice : Frances McDormand (Nomadland)

Acteur : Anthony Hopkins (The Father)

Second rôle féminin : Youn Yuh-jung (Minari)

Second rôle masculin : Daniel Kaluuya (Judas and the Black Messiah)

Scénario original : Emerald Fennell (Promising Young Woman)

Scénario (adaptation) : Christopher Hampton et Florian Zeller (The Father)

Musique originale : Trent Reznor, Atticus Ross et Jon Batiste (Soul)

Chanson originale : Fight for You (Judas and the Black Messiah ; musique de H.E.R. et Dernst Emile II ; paroles de H.E.R. et Tiara Thomas)

Film en langue étrangère : Drunk (Thomas Vinterberg)

Film d’animation : Soul

Documentaire : La Sagesse de la pieuvre

Maquillage et coiffure : Sergio Lopez-Rivera, Mia Neal et Jamika Wilson (Le Blues de Ma Rainey)

Costumes : Ann Roth (Le Blues de Ma Rainey)

Décors : Donald Graham Burt, Jan Pascale (Mank)

Photographie : Erik Messerschmidt (Mank)

Montage : Mikkel E. G. Nielsen (Sound of Metal)

Son : Nicolas Becker, Jaime Baksht, Michelle Couttolenc, Carlos Cortés et Phillip Bladh (Sound of Metal)

Effets spéciaux : Andrew Jackson, David Lee, Andrew Lockley et Scott Fisher (Tenet)

Court-métrage : Two Distant Strangers (Travon Free et Martin Desmond Roe)

Court-métrage d’animation : If Anything Happens I Love You (Will McCormack et Michael Govier)

Court-métrage documentaire : Colette (Anthony Giacchino et Alice Doyard)

« Oscars aux acteurs dont le corps, la figure, la voix, ne font pas l’effet d’être à eux, ne donnent pas la certitude qu’ils leur appartiennent » Robert Bresson (cinéaste français)

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