Posted on: 27 avril 2021 Posted by: manonquenehen Comments: 0

Depuis plusieurs jours, le rebond soudain de l’épidémie a fait exploser le système de santé du pays, qui manque de matériel pour contenir la déferlante de morts et de contaminations.

Plusieurs pays dont les États-Unis, la France ou encore le Pakistan vont fournir une assistance à l’Inde, qui a enregistré ce dimanche un record mondial de près de 350 000 personnes contaminées en une seule journée.

Une situation « plus que déchirante »

Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déploré ce lundi la gravité sans précédent de la pandémie en Inde. « L’OMS fait tout ce qu’elle peut, en fournissant du matériel et des équipements essentiels, notamment des milliers de concentrateurs d’oxygène, des hôpitaux de campagne mobiles préfabriqués et du matériel de laboratoire », a assuré Tedros Adhanom Ghebreyesus en conférence de presse.

En quelques jours, le variant « indien » a plongé le pays de 1,3 milliard d’habitants dans le chaos, entraînant l’annonce d’une aide d’urgence par plusieurs pays. À New Delhi, des témoins décrivent des couloirs d’hôpitaux encombrés de lits et de brancards et des familles suppliant en vain qu’on leur fournisse de l’oxygène ou une place pour leurs proches. Certains meurent au seuil de l’hôpital.

Pendant ce temps, les premières cargaisons d’aide médicale britannique, dont 100 ventilateurs et 95 concentrateurs d’oxygène, sont arrivées, a annoncé le ministère des affaires étrangères indien. Son porte-parole, Arindam Bagchi, a tweeté des photos de ce matériel en train d’être déchargé d’un vol de la Lufthansa à Delhi, en saluant un exemple de coopération internationale.

New Delhi confinée pour une semaine supplémentaire

« Les ravages du coronavirus se poursuivent et il n’y a pas de répit », a déploré le chef du gouvernement de la capitale Arvind Kejriwal. New Delhi, l’agglomération indienne la plus touchée, est confinée pour une semaine supplémentaire. « L’OMS a redéployé plus de 2 600 personnels pour soutenir la réponse sur le terrain, pour apporter son soutien aux activités de surveillance, aux conseils techniques et aux efforts de vaccination », a souligné le Dr Tedros.

L’OMS a également indiqué dans un courriel à l’AFP qu’elle procédait à une analyse rapide de la situation dans les zones confrontées à une recrudescence des cas, formulait des recommandations et soutenait la mise en œuvre de ces mesures.

La responsable technique de la lutte contre le Covid-19 au sein de l’OMS, Maria Van Kerkhove, a appelé tous les pays à « ne pas baisser la garde » pour éviter de connaître une accélération de l’épidémie comme en Inde. « La situation est fragile au niveau mondial », a-t-elle dit. Globalement, « les cas ont maintenant augmenté pour la neuvième semaine consécutive et les décès ont augmenté pour la sixième semaine consécutive », s’est inquiété le chef de l’OMS. « Il y a eu presque autant de cas dans le monde la semaine dernière que durant les 5 premiers mois de la pandémie », a-t-il poursuivi.

Le variant « indien » circule rapidement

Le variant « indien », appelé par le nom de sa lignée, B.1.617, est qualifié de « double mutant » parce qu’il est notamment porteur de deux mutations préoccupantes au niveau de la protéine de pointe (« spike ») du virus Sars-CoV-2 qui est à l’origine de la pandémie de Covid-19. « Compte tenu de sa circulation importante et des préoccupations concernant sa propagation et sa neutralisation », l’OMS l’a classé comme « variant d’intérêt », mais l’organisation estime que des données supplémentaires sont nécessaires pour déterminer s’il s’agit d’un « variant préoccupant ».

L’OMS note également que l’on ne sait pas encore si « les rapports faisant état d’une mortalité élevée sont dus à la gravité accrue du variant, à la mise à rude épreuve des capacités du système de santé en raison de l’augmentation rapide du nombre de cas, ou aux deux ».

Un véritable cauchemar logistique

« Les réserves nationales d’oxygène s’épuiseront en seulement deux mois si elles sont intégralement utilisées pour combler la différence entre la production et la demande », a calculé le site indien d’investigation Scroll.in. Une estimation qui ne vaut, en outre, que si l’Inde réussit, par miracle, à stabiliser du jour au lendemain le nombre quotidien de nouveaux cas journaliers de contaminations et d’admissions à l’hôpital.

Mais « la production n’est qu’une partie du problème. Transporter l’oxygène depuis les usines de fabrication jusqu’aux lits d’hôpitaux est un défi encore plus grand », souligne Saket Tiku, directeur de l’All India Industrial Gases Manufacturers’ Association (l’union indienne des producteurs de gaz), interrogé par le quotidien The Indian Express.

D’abord parce que certaines des provinces les plus touchées par la pandémie, comme Delhi, Bihar ou Madhya Pradesh, n’ont que peu de capacités propres de production d’oxygène. Elles dépendent d’usines situées parfois à des milliers de kilomètres pour leur approvisionnement quotidien.

Et c’est là que le bât blesse. Le pays ne dispose, officiellement, que de 1 172 camions équipés pour acheminer l’oxygène liquide à bon port. C’était largement suffisant pour les besoins d’avant la pandémie, lorsque « la demande quotidienne d’oxygène médical plafonnait entre 300 et 400 tonnes, mais avec la hausse des besoins, le nombre de conteneurs doit être fortement revu à la hausse et ça ne se fait pas du jour au lendemain », affirme un industriel du secteur, sous couvert d’anonymat, au site Scroll.in.

Le gouvernement a commencé à reconvertir des camions utilisés pour transporter d’autres gaz, comme l’argon ou le nitrogène, afin de leur permettre d’acheminer de l’oxygène. Mais cela prend du temps. Et le temps est une denrée dont les hôpitaux manquent presque autant que d’oxygène.

Depuis le 22 avril, des trains – baptisés « Oxygen Express » – transportent également des conteneurs d’oxygène pour éviter les ralentissements liés à la circulation sur les routes indiennes. Des avions de l’armée ont aussi été mis à contribution pour transporter les camions vides et leur faire rejoindre au plus vite les sites de production d’oxygène, raconte la BBC.

Les États-Unis et l’Union Européenne proposent leur aide

Plusieurs pays ont proposé leur aide à l’Inde, à l’image des États-Unis. Le président américain Joe Biden a ainsi promis lundi au premier ministre indien Narendra Modi le « soutien sans faille de l’Amérique au peuple indien ».

Les États-Unis se sont également engagés à délivrer une aide d’urgence comprenant notamment des composants pour la production de vaccins. De son côté, Narendra Modi a évoqué dans un tweet un échange « fructueux » et précisé avoir remercié Joe Biden pour l’aide américaine.

L’Union européenne, où la détection du variant « indien » en Belgique, en Suisse et en Grèce inquiète, a promis une « assistance » à l’Inde. La Grande-Bretagne, l’un des nombreux pays à avoir annoncé l’envoi d’une aide alors que le système de santé indien est débordé par l’explosion des cas de Covid-19, déploie plus de 600 unités d’équipement médical vital. Au total, neuf conteneurs aériens chargés d’approvisionnement, dont 495 concentrateurs d’oxygène, 120 respirateurs non invasifs et 20 respirateurs manuels, seront envoyés cette semaine, selon le Haut-Commissariat britannique à New Delhi.

Même le Pakistan, son rival de toujours, lui a proposé des équipements médicaux.

L’aide française arrivera en fin de semaine

De son côté, la France a précisé la nature de son « opération de solidarité » qui doit arriver en Inde d’ici à la fin de la semaine. Il s’agira de huit unités de production d’oxygène médical par générateur, de conteneurs d’oxygène liquéfié – cinq seront acheminés dans un premier temps –, permettant d’alimenter en oxygène médical jusqu’à 10 000 patients sur une journée, ainsi que du matériel médical spécialisé contenant notamment 28 respirateurs, a précisé l’ambassade de France.

Les unités de production d’oxygène sont des installations pérennes qui « permettent de rendre autonome en oxygène un hôpital indien pendant une dizaine d’années », ont notamment expliqué les autorités françaises.

Un impact sur la vaccination dans le monde

La terrible situation épidémiologique que vit l’Inde n’est par ailleurs pas sans conséquence sur le programme Covax, un partenariat public-privé entre l’OMS, l’Alliance du Vaccin (Gavi) et la Cepi (Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies), qui doit notamment garantir une distribution équitable de vaccins anti-Covid en particulier à 92 pays pauvres. Soucieuse de vacciner sa population, l’Inde a bloqué les exportations du vaccin AstraZeneca fabriqué sur son sol par le Serum Institute of India (SII).

Ce qui signifie, a expliqué l’OMS, que les livraisons de 90 millions de doses de vaccins AstraZeneca/SII qui étaient prévues en mars et avril dans 60 pays n’ont pas pu avoir lieu. « Nous attendons la reprise des livraisons », s’est contenté d’indiquer le directeur exécutif de l’Alliance du vaccin, le Dr Seth Berkley, pendant la conférence de presse, tout en soulignant que l’organisation menait des discussions avec d’autres pays pour recevoir des dons de doses. Jusqu’à présent, 118 pays et territoires ont reçu plus de 40,8 millions de doses via Covax.

L’Inde se retrouve coupée du monde

Le pays avait, à tort, affirmé avoir vaincu l’épidémie, lorsque, à la fin de janvier, il comptait à peine 9 000 contaminations quotidiennes. Au début de février, avec le retour du printemps, il flottait un air de libération et d’insouciance. L’Inde ne consommait alors qu’un peu moins de 60 % de sa production journalière d’oxygène, qui s’élève à un peu plus de 7 200 tonnes, pour traiter les malades les plus gravement atteints par le Covid-19. Le pays disposait en outre d’un confortable filet de sécurité de 55 000 tonnes métriques de réserves d’oxygène, ajoutait le gouvernement. Il n’a fallu que quelques semaines entre mars et avril pour que le pays soit emporté par une véritable tempête.

Plusieurs pays ont suspendu leurs vols avec l’Inde. Mardi, l’Australie a décidé de suspendre jusqu’au 15 mai les vols en provenance d’Inde, justifiant cette décision par les « risques » que représentent les voyageurs venant de ce pays, parmi lesquels des milliers d’Australiens et des joueurs de cricket vedettes. La Belgique a également décidé, mardi, d’interdire l’entrée dans le pays des voyageurs en provenance d’Inde afin d’endiguer la propagation des variants locaux du coronavirus, ont annoncé les services du premier ministre Alexander De Croo. Le Canada, les Emirats arabes unis, le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande ont déjà suspendu ou restreint leurs liaisons aériennes.

« L’information et l’humanitaire sont le remède contre les douleurs extrêmes » Bernard Kouchner (médecin et homme politique français, cofondateur de Médecins sans frontières et de Médecins du monde)

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