Posted on: 19 mai 2021 Posted by: manonquenehen Comments: 0

Vous ne comprenez pas exactement les tenants et aboutissants de ce conflit qui dure depuis des décennies ? Les événements des derniers jours en Palestine vous semblent peu clairs ? L’actu de Manon revient aujourd’hui sur ce conflit sans fin et vous donne les clés pour mieux l’appréhender !

Un conflit territorial et religieux

Le conflit israélo-palestinien désigne le conflit qui oppose palestiniens et israéliens au Proche-Orient. Il oppose deux nationalismes (le nationalisme juif et le nationalisme arabe palestinien) et inclut une dimension religieuse importante, du fait qu’Israël est un État juif, à majorité juive et que les palestiniens sont majoritairement musulmans.

Un conflit puisant ses origines au lendemain de la seconde guerre mondiale  

L’opposition arabe au sionisme se marque dès le début du mandat britannique sur la Palestine, avec de nombreuses émeutes et massacres, ainsi qu’une révolte arabe entre 1936 et 1939. Après la Seconde Guerre mondiale, ce sont les Juifs qui se révoltent. Ne pouvant plus le gérer, les Britanniques transmettent le dossier à l’Organisation des Nations unies qui, fin 1947, vote le partage de la Palestine.

Le conflit israélo-arabe commence donc en 1948, sur la terre de Palestine auparavant sous mandat britannique. Trente ans après la Déclaration Balfour par laquelle le gouvernement britannique « envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un Foyer national pour le peuple juif », et alors que l’opinion occidentale découvre le génocide nazi des Juifs d’Europe, l’Assemblée générale des Nations unies adopte, le 29 novembre 1947, la résolution 181 qui prévoit un État juif sur 56 % de la terre de Palestine et un État arabe sur les 44 % restants.

Le 14 mai 1948, jour de la « déclaration d’indépendance » d’Israël, les forces juives ont déjà expulsé près de quatre cent mille Palestiniens du territoire prévu pour l’État juif et occupent la majorité de ses villes arabes. Les troupes des pays arabes entrent en Palestine le 15 mai 1948 et cela va marquer le début de la première guerre israélo-arabe.

En 1956, une seconde guerre éclate. Communément appelée crise du canal de Suez, elle opposa l’Égypte et une alliance secrète actée par le protocole de Sèvres, dont les entretiens se sont tenus du 21 au 24 octobre 1956, formée par la France, le Royaume-Uni et l’état d’Israël, à la suite de la nationalisation du canal de Suez par l’Égypte le 26 juillet 1956.

En 1967, lors de la guerre des Six Jours, Israël saisit par les armes la Cisjordanie et Jérusalem-Est, alors sous contrôle de la Jordanie, ainsi que la bande de Gaza, sous administration égyptienne.

En 1973, Israël affronte une nouvelle fois une coalition de pays arabes conduits par l’Egypte et la Syrie lors de la guerre du Kippour.

Et ce n’est pas fini ! Il faut également citer l’accord de paix israélo-égyptien (1978) ; les offensives et guerres israéliennes au Liban (1978, 1982, 1996, 2006) ; l’accord de paix israélo-jordanien (1994) ; ainsi que la proposition de paix arabe de 2002, rejetée par Israël.

Israël continue à occuper la Cisjordanie mais a évacué unilatéralement en 2005 la bande de Gaza, dont le mouvement islamiste palestinien Hamas a pris le contrôle par la force en 2007.

Les mouvements de populations ont débouché sur le problème des réfugiés palestiniens, qui sont près de 5 millions aujourd’hui. Israël présente aussi une minorité d’environ 2 millions d’Arabes israéliens.

Le conflit a donné lieu à de multiples tentatives de paix. La solution de référence de la communauté internationale étant la création d’un État palestinien qui coexisterait en paix et sécurité avec Israël.

Des discussions dans l’impasse 

Les palestiniens disent que les années de négociations bilatérales avec Israël n’ont servi à rien. Ils ont choisi d’internationaliser leur cause. Pour reparler au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président palestinien Mahmoud Abbas exige un arrêt de la colonisation dans les territoires palestiniens, parmi d’autres conditions. Netanyahu refuse toute condition préalable mais, dans le même temps, réclame que les palestiniens reconnaissent Israël comme un État juif.

Les palestiniens refusent de crainte de sacrifier le droit au retour des réfugiés. Pour les deux, des facteurs intérieurs rendent toute concession ardue. Netanyahu est à la tête d’un des gouvernements les plus à droite de l’histoire d’Israël. Certains membres sont ouvertement opposés à un État palestinien et défendent ardemment la colonisation. Abbas n’a lui aucun contrôle sur la bande de Gaza, où le Hamas refuse de reconnaître Israël. Il est également largement déconsidéré auprès des palestiniens.

La violence et les colonies 

Après des années de lutte armée palestinienne, deux soulèvements populaires (intifadas), plusieurs guerres dans la bande de Gaza, les territoires palestiniens, Jérusalem et Israël sont en proie depuis l’automne 2015 à un nouvel accès meurtrier de violences et à une succession d’attaques anti-israéliennes, le plus souvent par des jeunes isolés. Une semaine avant la conférence, un palestinien a tué quatre soldats israéliens à Jérusalem avant d’être abattu. Israël accuse l’Autorité palestinienne d’encourager la violence et affirme que la conférence de Paris fait « reculer la paix ».

Une grande partie de la communauté internationale redoute que la poursuite de la colonisation ne scelle le sort d’un éventuel État palestinien, tant ces implantations juives rongent le territoire occupé par Ies palestiniens. Environ 600 000 colons israéliens vivent en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Le conseil de sécurité de l’ONU adopte, le 23 décembre 2016, pour la première fois depuis 1979, une résolution condamnant la colonisation, grâce à l’exceptionnelle abstention américaine. 

Un conflit sans fin

Le règlement du conflit se heurte à des querelles qui paraissent de plus en plus insolubles pour certaines : la sécurité d’Israël, le tracé des frontières, le statut de Jérusalem, le droit au retour des réfugiés palestiniens ayant fui ou ayant été chassés de leurs terres. Une large part de la communauté internationale s’inquiète du fait que la solution à deux États ne soit plus qu’un souvenir.

Les Nations unies ont à ce jour émis près d’une centaine de résolutions par le Conseil de Sécurité et l’Assemblée générale, afin de résoudre le conflit. Plusieurs négociations et conférences de paix ont également eu lieu.

Pourquoi une escalade de violence ces dernières semaines ?

Israël et les palestiniens sont engagés depuis plus d’une semaine dans l’une des plus importantes escalades de violences de ces dernières années. Jérusalem a connu ses pires troubles du genre depuis 2017.

Éviction de palestiniens dans un quartier de Jérusalem-Est

Le 3 mai au soir, des heurts éclatent dans le quartier de Cheikh Jarrah, proche de la Vieille ville à Jérusalem-Est, en marge d’une manifestation de soutien à des familles palestiniennes menacées d’éviction au profit de colons juifs. En début d’année, le tribunal de district de Jérusalem avait donné raison aux familles juives revendiquant des droits de propriété dans ce quartier, déclenchant des manifestations.

La question de Jérusalem est l’un des principaux points de discorde entre Israël et les palestiniens. L’État hébreu estime que toute la ville est sa capitale « indivisible », et les seconds veulent faire de Jérusalem-Est la capitale de l’État auquel ils aspirent.

Des appels internationaux à Israël à mettre fin aux expulsions forcées de palestiniens de Jérusalem-Est

Le 6 mai, Paris, Berlin, Londres, Rome et Madrid demandent à Israël de mettre fin « à sa politique d’extension des colonies de peuplement dans les territoires palestiniens occupés » et de cesser les expulsions à Jérusalem-Est. Le lendemain, les Nations unies exhortent Israël à mettre fin à toute expulsion forcée de palestiniens, avertissant que ses actions pourraient constituer des « crimes de guerre ».

Heurts sur l’esplanade des Mosquées

Le même jour, des dizaines de milliers de fidèles se réunissent dans l’enceinte de l’esplanade des Mosquées (appelée Mont du Temple par les juifs) pour la dernière grande prière du vendredi avant la fin du mois de jeûne musulman du ramadan. Selon la police israélienne, des palestiniens ont lancé des projectiles sur les forces de sécurité qui répliquent avec des grenades assourdissantes et des balles en caoutchouc.

Le 8 mai, de nouveaux heurts ont lieu dans d’autres secteurs de Jérusalem-Est. Le lendemain, le secrétaire général de l’ONU exhorte Israël « à cesser les démolitions et les expulsions ».

Une audience clé de la justice israélienne sur le sort des familles palestiniennes menacées d’éviction est, quant à elle, reportée.

Lundi 10 mai, quelque 520 palestiniens et 32 policiers israéliens sont blessés dans des heurts, notamment sur l’esplanade des Mosquées. Ces accrochages coïncident avec la « Journée de Jérusalem », qui marque dans le calendrier hébraïque la conquête de Jérusalem-Est par Israël en 1967. Au total, plus de 900 palestiniens ont été blessés dans des heurts à Jérusalem-Est.

Affrontements meurtriers entre Israël et le Hamas

Le 10 mai au soir, Israël mène des frappes meurtrières dans la bande de Gaza, en riposte à des salves de roquettes tirées depuis l’enclave palestinienne, aux mains du Hamas.

Le 11 mai, le mouvement islamiste tire un barrage de roquettes vers Tel-Aviv après la destruction d’un immeuble d’une douzaine d’étages dans le centre de la ville de Gaza, dans lequel des ténors du mouvement avaient leurs bureaux. Amnesty International dénonce alors « un usage illégal de la force » par Israël à Jérusalem-Est.

Israël et le Hamas se dirigent vers une « guerre à grande échelle », prévient l’émissaire de l’ONU pour le Proche-Orient Tor Wennesland.

Les violences s’étendent à plusieurs localités mixtes. À Lod, qui jouxte l’aéroport international Ben Gourion où les vols sont temporairement suspendus, l’état d’urgence est décrété après que la police ait fait état d’émeutes par la minorité arabe.

Pluie de roquettes

Mercredi 12 mai au matin, l’armée israélienne précise que « plus de 1 000 roquettes » ont été tirées de Gaza depuis lundi soir. Au total, les frappes israéliennes sur l’enclave ont fait 65 morts, dont 16 enfants. Il y a également eu trois morts en Cisjordanie dans des incidents distincts avec l’armée.

Dans la soirée, un garçon de 6 ans est tué par un tir de roquette à Sdérot, ville israélienne jouxtant la bande de Gaza. Son décès porte à sept le nombre de personnes tuées (incluant un soldat) en Israël. Le Hamas avait annoncé avoir tiré 130 roquettes en riposte à des frappes ayant tué des commandants du groupe armé et détruit un troisième immeuble dans l’enclave.

L’Union européenne appelle à « l’arrêt immédiat » des violences pour « éviter un conflit plus large »

Washington annonce l’envoi d’un émissaire en Israël et dans les Territoires palestiniens pour exhorter à la « désescalade », appelant l’État hébreu à « éviter les victimes civiles ». Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken réitère ses appels à « mettre fin à la violence » lors d’une conversation téléphonique avec Benjamin Netanyahu.

Moscou appelle également à une réunion urgente du Quartette pour le Proche-Orient (Russie, États-Unis, ONU et UE).

L’impuissance et la division des Nations unies

Les membres du Conseil de sécurité de l’ONU ne sont pas parvenus, lundi 17 mai, à se mettre d’accord sur une déclaration commune concernant les violences entre israéliens et palestiniens. Si les États-Unis bloquent toute initiative onusienne, les autres membres permanents tentent, eux aussi, de ménager les deux camps.

Les États-Unis se sont opposés, pour la troisième fois en une semaine, à l’adoption d’une déclaration du Conseil de sécurité de l’ONU sur le conflit israélo-palestinien, qui appelait à « une cessation des violences » et à « la protection des civils, notamment les enfants », selon une source diplomatique.

La position américaine dans le dossier israélo-palestinien ne varie pas. Alliés historiques de l’État hébreux dans la région, les États-Unis défendent toujours « le droit d’Israël à se défendre ». « Depuis le début du conflit, les États-Unis ont opposé leur veto 42 fois », rappelle Bertrand Badie, professeur émérite de relations internationales à Science Po Paris. « Ils s’opposent à toute forme d’intervention multilatérale dans ce dossier ».

La Chine, qui préside le Conseil de sécurité des Nations unies ce mois-ci, a critiqué la position américaine. Le ministre chinois des affaires étrangères, Wang Yi, a regretté qu’en raison du blocage américain, le Conseil de sécurité « n’ait pas été capable de parler d’une seule voix » et a demandé à Washington « d’assumer ses responsabilités ».

« Pour Pékin, il s’agit d’un moyen facile de s’opposer aux États-Unis, analyse Bertrand Badie. C’est un coup diplomatique à moindres frais. » Dénoncer le blocage américain permet à la Chine de « réaffirmer son attachement au multilatéralisme », elle qui, par le passé, a souvent été critiquée pour ses nombreux veto bloquant l’action du Conseil, dans le dossier syrien notamment.

« La Chine s’intéresse de plus en plus au Moyen-Orient et souhaite se montrer », ajoute Bertrand Badie. L’exercice reste complexe car elle entretient de plus en plus de relations avec Israël, en particulier dans le domaine des nouvelles technologies et des infrastructures.

Vladimir Poutine s’est contenté, quant à lui, d’appeler « les parties à la désescalade », le 12 mai. « La Russie est la puissance qui va le plus loin dans son implication au Moyen-Orient, explique Bertrand Badie. Elle ne veut froisser personne. » Rallié à la cause palestinienne durant des décennies, le Kremlin est aujourd’hui en dialogue direct avec les autorités israéliennes. Les deux pays intensifient leur coopération dans les domaines militaires, économiques et énergétiques. La Russie est cependant contrainte de jouer les équilibristes : elle souhaite discuter avec tous les États de la région, dont l’Iran, pourtant grand ennemi d’Israël.

La France et le Royaume-Uni s’en tiennent eux aussi à des déclarations de principes appelant à la retenue. Or, « en langage diplomatique, appeler à la retenue signifie que l’on ne fera rien », décrypte le professeur de relations internationales, pour qui « ces pays ont compris que leur capacité d’influence dans ce dossier était très faible ». Israël constitue de surcroît un allié stratégique du Royaume-Uni dans la région.

De son côté, la France a abandonné sa tradition gaullienne de défense du peuple palestinien au profit d’une « posture pro israélienne reprise par tous les présidents de la République depuis le deuxième mandat de Chirac », rappelle Bertrand Badie. « Parmi les membres permanents du Conseil de sécurité, personne n’a de véritable intérêt à bouger ».

« Si j’étais un leader Arabe, je ne signerais jamais un accord avec Israël. C’est normal ; nous avons pris leur pays. Il est vrai que Dieu nous l’a promise, mais comment cela pourrait-il les concerner ? Notre dieu n’est pas le leur. Il y a eu l’antisémitisme, les Nazis, Hitler, Auschwitz, mais était-ce leur faute ? Ils ne voient qu’une seule chose : nous sommes venus et nous avons volé leurs terres. Pourquoi devraient-t-ils accepter cela ? » David Ben-Gourion (ancien Premier ministre d’Israël)

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